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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
"Dieu nous rêve. S'il s'éveille, nous disparaissons à jamais."
"Nous trouverons un chemin... ou nous en créerons un."
"Le rêve de l'homme est semblable aux illusions de la mer."
"Il n’est pas de vent favorable, pour celui qui ne sait pas où il va…"
"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 Lazuriel

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MessageSujet: Lazuriel   Ven 18 Mai 2012, 19:11

Une étrange chanson tourne dans la tête de Lazuriel. Une musique sauvage, envoûtante, dont il n’arrive pas à saisir les paroles. Cette musique l’entoure, l’emplit, faisant battre son cœur au même rythme qu’elle. Son monde se réduit alors à cette mélodie. Il aurait pu passer sa vie à entendre ces quelques vers qui lavent son corps, son âme et sa mémoire de tout ce qui fait de lui un être vivant et qui le différencie de quelques notes de musique.
Soudain la chanson se fait plus violente, plus forte, sa caresse se transformant en invasion. Soudain il les entend, ces mots, appartenant à un autre monde, plus vrais et plus anciens que tout ce qu’il a entendu jusqu’alors. Même les plus vieux anges qu'il avait connus n’avaient jamais dégagés une telle aura de puissance.

Trois portes et trois salles fermeront le passage
De ceux qui descendent dans le puits profond
Là où la Bête laissa en jachère
Son corps, son âme et sa mémoire…


Il se réveilla.
Son esprit était vide.
Seule restait la mélodie entêtante, une intense sensation d’inachevé et, l’impression terrible d’avoir oublié quelque chose dont il aurait du se souvenir.
Avant même d’ouvrir les yeux, il sentit qu’en plus de son esprit rêveur, il y avait bien d’autres éléments inhabituels. Ses sens étaient plus aiguisés que ceux d’un humain, évidemment, mais jamais il n’avait eu une telle conscience de son corps. Le froid du sol sur lequel il était allongé en devenait presque insupportable. Il sentait chaque détail de la pierre sous la peau de sa joue. Son propre bras, retombant sur son torse, lui causait des frissons plus qu’improbables. N’y tenant plus, il ouvrit les yeux.

Le monde avait viré au rouge. Inquiet, Lazuriel frôla ses yeux de ses doigts, comme pour s’assurer qu’ils ne soient pas couverts de sang. Rassuré, il se résigna à accepter le fait qu’il se trouvait dans une pièce dont tout, du sol au plafond, était écarlate. Il se redressa avec calme, encore stupéfait des sensations qui l’assaillaient quand il faisait fonctionner ses muscles. Il parcourut la salle du regard, constatant avec dépit qu’elle ne comportait aucune issue.
Avec rage, il s’élança vers un mur dont il avait la ferme intention de tester la solidité. Mais à l’instant même où il l’effleura, il se couvrit de miroir de toutes tailles. Pas une parcelle de mur n’avait été épargnée. Lazuriel prit alors conscience qu’il était nu. Rien que ça. Son corps ne fonctionnait vraiment pas normalement pour qu’il ne l’ait pas senti et il était vraiment stupide de ne pas l’avoir remarqué plus tôt. Heureusement un pantalon blanc apparut, couvrant ses jambes musclées et mettant fin à sa gêne du même coup.
Grimaçant, il se dit que plus que son corps, c’était vraiment lui le fautif. Il n’avait pas vu qu’il était dévêtu, uniquement parce qu’il ne voulait pas le voir. La dernière fois qu’il l’avait été en dehors des fois où il se lavait c’était quand… Non, il ne voulait pas y penser. Et il n’y avait pas que cela qu’il n’était pas capable d’accepter. Se fixant dans la glace, il s’interdit de regarder les autres miroirs, ceux qui lui montreraient son dos. Il n’était pas prêt.

Alors il s’abandonna à la contemplation de son visage, en attendant qu’une échappatoire se présente à lui. N'étant pas certain de rêver, il ne voulait pas compter sur un hypothétique réveil. Ce qui l'entourait était si réel... Il ne s'agissait pas d'un rêve, Lazuriel en était presque sûr. Alors il attendrait que la salle se modifie pour lui permettre de partir. Ses yeux bleus l’interrompirent. Même lui, ils le surprenaient à chaque fois. Ce n’était pas tant leur couleur bleue presque lavande, que ce qu’il s’y lisait. Ils auraient du dégager la douceur et la chaleur d’un ciel d’été et pourtant… Ils étaient d’une froideur infinie. Pas comme un être cruel, comme un démon – Lazuriel avait déjà vu les yeux de ses êtres où il brulait une flamme froide pleine de haine – non, dans ses yeux à lui, le problème c’est qu’il n’y avait plus de flamme. Il avait un regard plus glaçant que n’importe quelle créature selon lui. Il avait un regard mort. Il ferma les yeux.

La musique l’emplit à nouveau alors qu’il se tenait debout face au plus grand des miroirs, mais qu’il refusait de se regarder. De nouvelles paroles étaient chantées. Sans arriver à décrypter ses nouveaux vers, Lazuriel comprit qu’il s’agissait d’un ordre. Un ordre auquel il ne pouvait échapper. Il rouvrit les yeux.

D’une finesse irréelle, les traits délicats, son visage avait toutes les caractéristiques de ceux de sa race. Il avait un nez droit et fin, des pommettes hautes et un menton presque trop pointu. L’angle de sa mâchoire donnait à son visage la touche masculine qui manquait dans certains de ses traits. Ses lèvres fines étaient serrées en une moue agacée. La blancheur de sa peau reflétait la lumière rouge de la pièce. Jamais ses joues n’avaient été aussi colorées. Sa peau de marbre ne rougissait pas, ne bronzait jamais. C’était bien mieux ainsi. Avec exaspération Lazuriel pensa que cette lumière lui donnait la peau d’une jeune fille énamourée. C’était dégradant.
De longues mèches blondes encadraient son visage et de nombreuses mèches rebelles lui tombaient devant les yeux, cachant tour à tour différentes parties de sa figure. Il aimait bien ses cheveux. Aussi loin que remontait sa mémoire, ils avaient toujours été ainsi et n’avaient jamais changé. Au moment où il avait cette pensée, une jolie photographie apparut, coincée dans un coin du miroir.
C’était lui. Lui petit, quand il venait d’être créé. Le fond de l’image était blanc, elle datait d’avant la chute. Une vague de plaisir traversa son corps, manquant de le faire tomber : les douces sensations du paradis l’entouraient, éveillant en lui une nostalgie qu’il s’employait à museler. Cherchant à la fuir, Lazuriel se concentra. Le gamin, c’était lui, et effectivement il avait toujours eu les cheveux dans cet état. Il paraissait heureux. Ses grands yeux brillaient au milieu de son visage, paraissant encore plus grands que maintenant. Surement un effet de contraste avec la taille de son visage, pensa Lazuriel. Ce jeune ange était si plein d’amour et de joie qu’il en fût bouleversé. Et quand il vit à nouveau son reflet actuel, il ne pu retenir une plainte, heureusement presque inaudible.
Mais il y avait surtout… Oui, ce qui le tourmentait le plus… Il posa les yeux sur la photographie. Les quatre magnifiques ailes de cet enfant, elles étaient si belles… D’un geste souple, Lazuriel détacha l’image et la retourna avant de la coincer à nouveau, face cachée.

Repartant dans l’analyse du corps qu’il avait aujourd’hui, il caressa du regard, avec satisfaction, les muscles qui saillaient sous sa peau. L’entrainement qu’il s’était infligé pendant de si longues années avait porté ses fruits. Il contrôlait presque pleinement son pouvoir, celui du maniement de l’épée et donc l’art du combat d’une façon plus générale. Ses mouvements, souples et calculés, dégageaient une aura féline, non bien plus que féline. Un félin n’aurait eu aucune chance face à lui. Il était un ange, un ange combattant, et tout son corps le clamait. Ses muscles enlevaient un peu de la finesse habituelle de son peuple, mais n’enlevait rien à sa grâce. Il regretta de ne pas avoir son épée avec lui dans cette salle. Ces temps-ci il ne se sentait entier que lorsqu’il la tenait, devenant alors une parfaite extension de son bras, et c’est en faisait corps avec elle qu’il se battait.

Les miroirs se couvrirent de nouvelles images, glissées dans les coins, dans les bords, ou même fixées sur les cadres. Toutes ces images le montraient quand il s’entraînait. Lazuriel les contemplait avec joie. Abandonnant les couleurs pâles qu’affectionnent les siens, il portait la plupart du temps des tenues noires, tissées par les humains et parfaites pour le combat. D’ailleurs il préférait de loin ces tenues plutôt que le pantalon blanc dont on l’avait affublé en ce moment. Pris soudain d’un doute, il vérifia qu’il ne s’était pas volatilisé et marmonna que c’était mieux que d’être nu, pour que ceux qui contrôlaient tout ça ne se décident pas à lui enlever. Puis il songea que c’était surement lui qui contrôlait ce qu’il portait, mais qu’ici il ne pouvait pas mentir. Et s’il ne se mentait pas, le noir qui avait paré sa vie et son corps, commençait à lui peser. Il aimait ce qui était blanc. La blancheur des nuages, la blancheur du paradis. Ce qui était blanc lui rappelait ce qu’il aimait, ce qu’il était réellement. Soudain il se rendit compte que la pièce l’avait piégé. Ne réfléchissant pas aux raisons qui le poussaient à voir cette pièce comme une entité vivante, il fixait avec horreur son reflet dans un miroir. Il avait suivi des yeux les photographies, où il se voyait dans différentes positions, en garde, prêt à frapper, finissant un enchaînement complexe, fendu en avant pour transpercer un ennemi invisible… Mais en pivotant il avait oublié de se méfier. Et de biais, son regard avait capté le reflet d’un miroir, un miroir mal ou trop bien placé, et il devait maintenant affronter la réalité.
Ses ailes. Elles étaient…
Il le savait alors pourquoi était-ce si dur à admettre ?
Il ne les avait vues qu’une fois depuis.
Ses ailes, tranchées à leur base, n’étaient pas plus grandes que celles d’un vulgaire oiseau.
Que racontait-il ? Comment un oiseau pouvait-il être vulgaire ? Au moins il pouvait voler… Au moins ses ailes étaient complètes. Lui, Lazuriel, ce qui lui servait d’ailes n’étaient que des vestiges décharnés, dont les plumes toujours aussi blanches clamaient la beauté passée.
Lazuriel tenta de rester impassible, mais ses yeux criaient son horreur et sa douleur.
Même si ses semblables pouvaient à peine voler, ils pouvaient encore d’élever. Et leurs ailes… Il ne pouvait oublier la beauté des ailes d’un ange. Une magnifique photo se cala dans le coin du miroir qu’il fixait. Il était de dos. Jeune. Les ailes dépliées. Ses ailes supérieures étaient les plus grandes, plus longues que son corps. Celles du dessous étaient plus petites, mais leur beauté était sans pareille aux yeux de Lazuriel. Mais le reflet l’appela à nouveau.
Il ne supportait plus ce qu’il voyait, il ne pouvait plus… Lazuriel frappa le miroir de toutes ses forces. Il se brisa sous le choc. L’ange saignait. Son sang recouvrait le miroir et gouttait sur le sol, comme pour montrer qu’il n’y avait rien de plus rouge que le sang. Le reste n’était qu’une illusion.
Ignorant la douleur qui se répercutait dans son bras, Lazuriel saisit la photographie et la déchira. Les morceaux flottèrent jusqu’au sol, comme des plumes.
Il n’avait plus d’ailes. Etait-il encore un ange ? Il s’effondra sur le sol.

Depuis combien de temps n’a-t-il pas pleuré ? Des larmes brulantes coulent de ses yeux, sa peau ultrasensible sent chaque goutte qui coule et qui l’abandonne.
Pendant qu’il pleure, la musique revient et embrase son corps. Il ne veut pas voir, ce qu’il a vu lui fait déjà trop mal.

Hors de leur repos de pierre
Les miroirs seront rougis de sang
Les choses indésirées y trouveront reflets.
Ici seront exposées pour elles
La peau, les os et la chair ;
Ici seront l’abandon physique et l’acceptation.


Furieux contre lui-même, Lazuriel se redressa brusquement. Il n’avait pas peur de son corps, il se connaissait trop bien maintenant. Le regard vide, il observa les nouvelles images qui ornaient la salle.
Lui jeune qui riait, il dégageait une telle joie de vivre quand il riait. Il se demanda furtivement si ce serait toujours le cas s’il trouvait une raison de rire.
Lui qui quittait les siens, une expression d’intense détermination sur le visage. Il aimait cette expression, c’était une des rares que le temps ne lui avait pas pris.
Lui qui étudiait un gros livre, un pli concentré entre les yeux. Cette fois, il du se retenir de sourire. Tiens, se retenir de sourire ? Il avait pris cette habitude alors… C’était vrai qu’il souriait peu, il le savait, mais il n’avait pas remarqué qu’il en était arrivé à ce point là. Il ne souriait plus.
Comme pour lui donner raison, la prochaine image était en fait double. Il venait d’échouer en voulant accomplir un mouvement particulièrement complexe. Sauf que sur l’une des photographies il en souriait avec un amusement visible, c’était avant ; sur l’autre, il était impassible, le regard dur et avec cette moue pincée qu’il arborait à chaque fois que quelque chose le contrariait, c’était après.

Lazuriel soupira et se figea devant la photographie suivante. Sur celle-là, il n’était pas seul. Il était dans ses bras. Dans ses bras à elle. Il avait l’air heureux. Si heureux… Les ailes étendues, son corps tendu, son bonheur le rendait encore plus beau. Encore une caractéristique des anges, celle d’être capables de rayonner et de transmettre leurs émotions. Cela voulait-il dire qu’aujourd’hui il déprimait tous ceux qu’il rencontrait ? Il regarda à nouveau cette prise indiscrète, et plus particulièrement la femme qu’il tenait contre lui. Elle était si belle... Il posa doucement sa main sur ce qu’il ne voulait plus voir.

- Ca suffit. Je me vois tel que je suis. Je n’ai pas besoin de me rappeler de ça.

Les miroirs et les images disparurent. Et sous ses doigts, une porte plus noire que la nuit se dessina. Avec un sourire, il tourna la poignée. Enfin cette histoire était terminée.


Dernière édition par Lazuriel Sayan le Sam 26 Mai 2012, 15:42, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Lazuriel   Ven 18 Mai 2012, 19:46






Encore un corps à examiner. Tapis derrière le miroir, Nous attendons qu'il s'éveille, prêts à Nous jeter sur sa carcasse comme des vautours. Car Nous ne Nous en lassons pas.

D'abord il y a l'odeur... Sur les chairs s'exaltent les parfums de la vie, Nous retrouvons la route de Notre invité parmi les fleurs de son île en le respirant. Quelles forêts a-t-il croisées? Touche-t-il au cuir, au bois, trouvons-Nous un arôme de vernis dans cette petite note piquante?

Ensuite, le toucher. Pas trop, juste un effleurement. Comme un fichu de soie aurait glissé sur la peau, Nous testons sa douceur. Rude et tannée par le travail, comme Nous l'aimons, ou plus souple et agréable comme chez le rêveur. Sans omettre les cheveux, fin ou emmêlés, bouclés, aux effluves fruitées ou sauvages. Nous aimons à Nous entrelacer dans les mèches, tels l'ombre d'un ruban, pour taquiner le voyageur de son allure négligée.

Quand la coiffure ne ressemble plus qu'à un épais buisson de ronce, Nous descendons coller Notre oreille à son coeur. Le battement sourd, et apaisant. Toum... Ta! Toum... Ta! Nous le reprenons en choeur...

Et enfin, enfin! Surpris par Nos voix, il s'éveille. Alors l'enveloppe charnelle prend vie, et Nous voyons. Dans une étreinte muette, Nous lui donnons la clef pour continuer. Le rouge se fait noir...









[Bonsoir, et avant toute chose, soit le bienvenue parmi nous, j'espère vraiment que tu te plairas ici Smile

Tout d'abord, ta première salle fut très agréable à lire, tu as bien pris en compte toutes les demandes et tu t'es accaparé les descriptifs, en utilisant le poème notamment, c'est très très chouette, j'ai adoré Smile

Ensuite donc, j'en profite pour te donner quelques indications, car nous paufinons les races au fur et à mesure, et il y a quelques infos pour les anges que nous n'avons pas encore mis dans la Bibliothèque.

Donc tout d'abord, au début de ton texte, tu parles du père de ton personnage, hors les anges ne donnent pas réellement naissance à des enfants. Pour faire simple, à Paradis, les nouveaux anges "apparaissaient" simplement là-bas, et des anges plus anciens les prenaient sous leurs ailes (ahah), devenant une sorte de famille d'adoption, mais il n'y a donc pas vraiment de lien de sang, plutôt l'idée d'une grande famille. Et c'est justement un des points d'angoisse de la race, car depuis la Chute, il n'y a plus de nouveaux anges, ils craignent donc pour leur espèce Wink

Ensuite, il y a sans doute d'autres points à détailler, j'imagine que tu sais déjà au moins les grandes lignes de ton histoire, donc si tu veux, tu peux m'en parler en MP, pour qu'éventuellement je te guide, qu'on discute ensemble pour éventuellement raccorder certains points Wink


Ah et j'allais oublier, je voulais te demander, ton avatar, c'est volontaire qu'il soit à cette taille, ou c'est en le mettant dans le profil qu'il a été redimensionné? Si c'est ça, je t'indiquerais comment procéder pour qu'il s'affiche en grand Smile

Quoi qu'il en soit, n'hésite pas, je suis à ta disposition ♥ ]

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MessageSujet: Re: Lazuriel   Sam 19 Mai 2012, 01:06

Avec horreur Lazuriel ne découvrit que trop tard que la sortie n’en était pas une et qu’il était à présent dans une nouvelle salle. Une salle si ténébreuse qu’elle lui donnait envie de fuir. Il se retourna vivement dans l’espoir de retenir la porte et de sortir, mais celle-ci se ferma. Bien trop rapide pour qu’il ne l’intercepte. Bien trop chargée de cette puissance antique que Lazuriel ressentait, pour qu’il n’ait eu ne serait-ce qu’une chance de l’effleurer. L’ange se retrouva dans le noir. Décidément, il commençait à ne plus voir cette couleur sous un jour positif. Mais il n’avait pas peur du noir, ou alors seulement de ce qui pouvait s’y cacher, mais de toute évidence cette pièce était vide. Il n’y avait que lui. Il se mit à tâtonner dans l’obscurité pour chercher la porte. Il se heurta à un mur froid, plus lisse que le métal. Il n’y avait rien. Ni poignée ni fissure. Il était seul et enfermé.

Des pensées sombres l’assaillaient pendant qu’il attendait dans les ténèbres.
Il était dans un tombeau. Il était mort. Et l’obscurité serait sa compagne pour l’éternité.
Il se retint de hurler. Puis lentement, il commença à se reprendre. Il n’était pas mort, car s’il mourait il irait au paradis, rejoindre enfin son vrai monde. Et il n’était pas au paradis, c’était une certitude.

- Tu pourrais être en enfer…

La voix venait de partout. Elle sema un doute dans l’esprit de Lazuriel. Une petite musique parvint à son oreille. Elle lui rappelait une chanson qu’il avait déjà entendue. Mais elle était si différente… La voix était aigüe, inquiétante, presque menaçante. Chaque note se transformait en supplice. Il était sûrement en enfer. Le noir et la douleur le prouvaient. Peut être avait-il cédé, peut être l’avait-il fait. Il s’était donné la mort et c’était pour le punir de son acte qu’il en était là, dans cette pièce remplie de souffrances.

- Enfer… Enfer… Enfer…

Ce mot résonnait dans le noir. Comment un seul mot pouvait avoir autant d’effet ? Lazuriel s’accroupit, terrassé par la honte. Il avait voulu mourir à une époque. Il s’était laissé dépérir, refusant de s’alimenter, refusant de donner à son corps ce dont il avait besoin pour vivre. Seule son incroyable constitution l’avait gardé en vie. Voulant mettre un terme net à sa souffrance, il avait pris son épée et d’un geste souple, avait posé le tranchant argenté contre son cou. D’un seul mouvement, il pouvait trancher l’artère qui pulsait là et se tuer par la même occasion.

- Mais je ne l’ai pas fait ! hurla-t-il à la nuit.

Non, il ne l’avait pas fait. Ni cette fois, ni toutes les autres fois où la funeste tentation l’avait envahi. Il ne s’était jamais donné ce droit. Déjà, il craignait de se retrouver dans le territoire des démons, promis à tous les tourments qu’ils inventeraient. Ensuite, il ne s’autorisait pas un tel acte… Abandonner… Il n’était pas faible. Il ne devait pas céder.

- Trop faible pour te tuer…

- Non ! Ce qui est faible c’est de se donner la mort ! C’est de ne pas avoir la force de vivre ! Pas l’inverse !

Oui, il avait fui sa douleur. Il avait tenté d’oublier, il avait eu si mal qu’il avait faillit se tuer. Mais il ne l’avait pas fait. Il s’accrocha à cette certitude comme à une bouée. Et il était temps, car la voix reprit, plus sifflante et accusatrice que la première fois. Plus forte aussi, comme si elle se repaissait de sa souffrance et de ses doutes.

- Pas assez fort pour sauver tes ailes ! Pas assez fort pour la sauver elle !

Ailes. Elle. Ailes. Elle.
Il avait tout perdu. Sa raison de vivre et ce qui faisait de lui un ange. Du même coup. De toute façon il avait failli. Déjà en tombant amoureux d’elle. Les anges sont faits pour inspirer l’amour, la joie de vivre. Pas pour s’enticher d’une humaine et que celle-ci devienne la seule chose qui leur donne envie de vivre. Mais les années sur terre, les années passées à côtoyer des êtres aussi remplis de sentiments et de pulsions que ceux qui peuplaient l’archipel, les avaient rendus… sensibles. De nombreux anges avaient trahi leur nature profonde, étaient devenus… les déchus.

- Ni ange, ni homme… Tu es un ange déchu ?

Il se souvenait du paradis. Il n’était pas un ange déchu, il ne laisserait pas cette voix le faire douter. Il n’avait jamais tué un être innocent. Jamais il n’avait pris plaisir à tuer. Il avait juste…

- Tu l’as laissé mourir. Elle est morte à cause de toi.

- C’est faux ! J’étais prêt à mourir pour elle !

Il cria si fort que sa gorge le brûla. Ou peut être était-ce seulement l’envie de pleurer qui s’emparait de lui. Il n’était rien sans elle… Et le poids de la culpabilité le rongerait toujours.
La musique monta, lancinante.

- Mais tu l’as trompée. Elle s’est suicidée par ta faute. Tu n’avais pas le droit de l’aimer, de la priver de son avenir.

Lazuriel se laissa tomber au sol. Il avait si mal. Aucune larme ne coula. Et c’était pire. Elles demeuraient toutes dans son corps, telles de petites bulles de souffrance, lui meurtrissant le cœur, envoyant des vagues de douleur dans ses membres. Il était fidèle. Il l’aimait réellement. Il n’avait pas voulu ça. Il avait été piégé. Mais c’était sa faute, aveuglé par son amour, il n’avait rien vu. Lui, un ange, avait été dupé tel un faible humain.

- Tu n’as rien d’un ange. Tu n’as pas d’ailes, tu as tourné le dos à ta mission. Tu n’es pas un déchu, mais cela ne saurait tarder. Même ton passé prouve que tu n’es pas plus fort qu’un humain. Et pire que cela, tu es fier, trop fier, de quelque chose que tu n’es pas ! Tu méprises les humains et les autres créatures qui ne sont pas angéliques. Tu te crois mieux que les autres alors que tu te morfonds et que tu t’accables. Que d’orgueil, que d’hypocrisie. Ta souffrance est faible, cela fait si longtemps que tu aurais du te remettre ! Tu ne cherches même pas à te venger. Tu as lâché prise depuis si longtemps et tu te targues de vivre ! Alors que tu ne fais que survivre…

Et si la voix avait raison ? S’il se complaisait dans la souffrance ? Il l’avait pourtant affirmé, ne pas avoir la force de vivre, c’était être faible. Et lui, Lazuriel, ne vivait plus. Il n’était pas mort, mais il ne vivait pas. Il était une épave. Ses yeux le clamaient. Mais il était fort, il pouvait se battre ! Il possédait sa force angélique qui prouvait son origine. Il était un ange, un ange du chœur des puissances. Il ne se laisserait pas dominer par une voix !
Mais… Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas utilisé ses dons pour aider ceux qui en avaient besoin. Reclus, loin des autres, il s’était entraîné. Pourquoi ? Pour ne plus jamais être impuissant… Mais il n’allait plus vers les autres. Dans ces conditions son entrainement ne servait à rien. Et la voix avait raison, il finirait comme les déchus, et sa souffrance se transformerait en folie, et il tuerait pour se laver de son mal dans le sang.

- Tu la sens… Cette rage qui te prend au ventre. Cette envie… que les autres ressentent enfin ce que tu ressens.

Lazuriel écarquilla les yeux dans la pénombre. Oui, il la sentait. A l’orée de sa conscience, la folie le guettait. Détruire pour se venger. Détruire pour montrer sa peine. Détruire pour se sentir vivre. Ou simplement, pour survivre. Les autres, les non-anges, ils étaient tous si faibles ou si cruels. Remplir ce monde si futile de douleur, c’était si tentant.

- Un ange formé au combat qui virerait meurtrier… Les autres ne méritent pas la vie, ils jouent avec sans comprendre, c’est bien cela que tu penses petit ange ?

Lazuriel frappa le sol de son poing. L’étrange matière lisse produisit un son doux, aigu, presque déchirant, ressemblant étrangement à la petite voix qui chantait sa chanson lugubre, quelque part dans le noir.

- Je ne laisserai pas une voix me dicter mes pensées…

Il avait chuchoté. Il se fichait d’être entendu. Cette chose qui jouait avec lui, n’avait pas besoin d’oreille pour écouter. Oh non, elle écoutait bien plus que ses mots. Elle écoutait son âme se tordre dans l’obscurité. Elle exultait comme un scientifique sinistre disséquant un corps d’une espèce inconnue. Elle se riait de ses efforts pour se cacher, pour protéger ce qui restait de son âme mise à nu. Mais de son ongle crochu, l’entité grattait son esprit à la recherche de nouveaux aveux, de nouvelles pensées coupables.
S’accrochant à ce qui lui restait de lucidité, Lazuriel se justifia. Il ne méprisait pas les autres. Il connaissait les races qui vivaient sur l’archipel, et à part les succubes et les démons pour lesquels il entretenait une franche haine, il devait reconnaître qu’il respectait chacune de ces races. Même s’il ne comprenait pas grand-chose aux coutumes guerrières des orcs et autres créatures belliqueuses. Seulement, c’était tellement plus simple de se contenter de voir les autres comme des êtres inférieurs. Ainsi, il ne s’attachait pas, il ne cherchait à sauver personne, et il se protégeait.

- Si tu n’es pas prétentieux, tu es donc égoïste.

C’était peut être vrai. Avec le temps, Lazuriel ne pensait qu’à lui et aux moyens de ne pas souffrir. Il avait tant à faire avec sa propre souffrance, qu’il ne tentait plus d’alléger celle des autres. C’était un tort qu’il ne pouvait pas nier. Et pourtant… Il avait quand même quelque chose à dire pour sa défense.

- Tu n’as jamais aimé. Tu ne sais pas ce que ça fait de perdre quelqu’un qu’on aime. Et même si tu me tourmente, satanée voix, je ne te souhaite pas une telle chose.

Un rire éclate dans les ténèbres.
Comme pour le punir de s’être rebellé, la chanson s’amplifie, et telle une lame qui s’insinue dans son esprit, la voix aigüe scande :

Sorti des abîmes d’onyx,
Les remords couleront dans l’encre
Les tares inavouées se verront exposées.
Ici seront plongés dans le noir
L’esprit et le cœur cachés.
Ici seront l’aveu et les pêchés.


Doucement, la chanson reflue, comme un tortionnaire qui comprend qu’il va trop loin. Étendu contre le sol, Lazuriel respire.

Les reproches fusent dans l’esprit de Lazuriel, il ne sait plus qui de lui-même et de la voix l’accuse. Il erre dans le monde de ses pensées, captant et analysant le moindre de ses sentiments passés ou présents.

Le remord. Comme une plaie infectée, ton âme en est parcourue. Peut-on vivre avec une telle culpabilité ?

Le doute. Tu doutes de toi-même, de ce que tu es, de ce que tu as fait. Et pourtant tu parais si sûr de toi. Et tu as une telle volonté… Ambivalent. Tu présentes autant de confiance que de doute.

Et la luxure ? Venant d’un ange ce serait si amusant. Mais non, trop amoureux, trop sensible. Même si ce qui t’a perdu, c’est d’être dans les bras d’une femme, ce n’est vraiment pas par amour du sexe que tu t’y es retrouvé. Tu serais presque trop sage ! Rire. Je suis déçu, un ange sulfureux, ça aurait été amusant.

A cet instant Lazuriel fût persuadé que la précédente pensée n’était pas de lui. Mais cet éclair de lucidité fût instantanément balayé par une nouvelle vague d’accusations.

Trop dur, trop exigent. Envers toi-même et envers les autres. Tu n’es qu’un ange, tu n’as pas à juger. Pourtant tu clames que tu ne juges personne. Quelle est ta preuve ? Un démon ? Il avait des yeux si… innocents, dis-tu. Et tu l’as tué, il t’a demandé de l’épargner et tu l’as tué.

- Mais il venait de tenter de me tuer ! Il jouait la comédie pour me perdre !

Cette fois Lazuriel avait réussi à parler. Le son de sa voix le réconforta. Mais il sombra à nouveau dans cette litanie de reproches.

Si sûr de toi… Malgré la culpabilité qui t’assomme tu ne regrettes presque rien. Tu es si sûr d’être sur le bon chemin et quand tu t’en écartes, tu te trouves milles excuses. Mais tu as peur… Peur de te tromper définitivement. Peur de devenir un déchu et de te perdre dans un noir bien plus profond que celui qui enserre ta vie pour l’instant.

Si peur… Serais-tu donc lâche Lazuriel ? Tu as peur maintenant. Du noir peut être ? Non, tu as peur de te livrer, peur de te donner à moi. Rire. Mais tu ne donnes rien, ce n’est qu’un examen. Alors, tu as peur face aux autres, tu ne veux plus t’attacher ni donner une partie de toi. Ca fait trop mal d’être trahi. Tu l’as vécu. Et tu l’as vu dans les yeux de cette jeune femme que ton amour a détruite. N’es-tu pas un monstre toi aussi ? Tu l’as vue, elle t’a plu et tu l’as prise. Comment aurait-elle pu résister à un ange ?

- Je ne suis pas un monstre !

Lazuriel avait hurlé. Et la force de sa voix l’avait définitivement sorti de sa torpeur. Cette emprise était trop forte pour lui. S’il continuait de tolérer d’être mis en pièce aussi violemment, il ne pourrait jamais se reconstruire.
Cette femme, il l’avait aimée, dès le premier regard. C’est bête à dire mais ça s’était vraiment passé aussi simplement. Il l’avait ensuite séduite, et elle, charmée par cet ange rayonnant, l’avait aimé à peine moins vite que lui. Il n’avait pourtant pas décidé à sa place. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de se dire, que s’il ne l’avait jamais vue, ou du moins s’il l’avait laissée tranquille, elle aurait eu une vie longue et heureuse. Elle aurait eu un mari. Lazuriel frémit à cette idée. Et eut un rictus sarcastique en se rendant compte qu’il venait de mettre au jour un nouveau défaut. De toute évidence, il était jaloux. Réussissant à rejeter cette réflexion avant que l’entité ne cherche plus loin, il se concentra sur celle qu’il avait aimée. Elle aurait eu des enfants. Plein d’enfants. Nouveau frémissement, non pas de déplaisir cette fois, mais d’envie. Lazuriel aurait aimé avoir des enfants. Mais même diminué, il restait un ange, et gardait tous les inconvénients de sa race. Les anges ne se reproduisent pas.

- Mais ils ont des ailes…

Rageant que la voix revienne sur un sujet déjà abordé, l’ange allait s’indigner quand il comprit. Il avait envie. Il était jaloux des ailes de ses semblables. Pire, il les voulait. Comment pourrait-il rejoindre ceux de sa race, les voir, avec leurs ailes scintillantes étendues dans leur dos. Il ne le supporterait jamais.

Il était seul. Seul maintenant dans le noir et pour toujours dans sa vie. Il ne pouvait s’approcher des autres. Tous ses défauts se combinaient pour le retrancher, seul dans sa peine et sa solitude. Envieux des uns, haineux envers les autres, et pire, compatissant envers tous. Le moindre rapport avec qui que se soit, serait s’exposer à la douleur, donner une occasion à quelqu’un de le faire souffrir.
Il n’en pouvait plus de souffrir. Mais il n’en pouvait plus d’être seul. Malgré tout ce que cela signifiait, il devait s’extirper de sa solitude. Cette voix lui avait au moins permis de ne plus se mentir. Il était prêt. Prêt à risquer de subir de nouvelles déceptions, de nouveaux supplices. Prêt à risquer d’être heureux. Ou du moins, il était enfin prêt à risquer de vivre à nouveau.

Lazuriel se mit à parler d’une voix rauque.

- Tu sais… Je n’ai pas que des défauts. Je me cache, coupé du monde que je crains. Mais tu n’as rien compris. Ce n’est pas ma propre douleur, celle que les autres pourraient m’infliger que je crains, non… C’est la leur. Je ne serai jamais assez fort pour aider tous ceux qui souffrent. Et c’est ça qui me tue jour après jour… Mais grâce à toi, je sais maintenant que je peux essayer. Que ce que je ferai n’aura beau n’être toujours qu’une goutte de pluie dans le désert brûlant, cela sera mieux que rien.

Lazuriel éclata de rire.

- Tu ne dois pas avoir l’habitude, triste voix, d’apprendre quelque chose à ceux que tu étudies.

L’ange se concentra pour capter toutes ses qualités et tous ses défauts d’une seule pensée. Il était lui. Fidèle, aimant et sensible. Brisé, coupable et malheureux. Curieux, secret et intéressé. Peureux, envieux et haineux. Mais toujours derrière son masque, fermé, dur et menteur. Pour ne pas les laisser s’approcher de trop près. Pour ne pas les laisser voir, que tous, ils le touchaient, que tous, il les plaignait, que tous, d’un mot, le blessaient.

- Je me ressens enfin tel que je suis. Laisse-moi partir.

Comme à regret, une porte s’ouvre déversant un flot de lumière dans la pièce. Ébloui, Lazuriel ne cherche pas à contempler les murs qui l’ont retenu, il avance vers la lumière, cherchant la libération. Pourtant quelque chose lui souffle que ce n’est pas encore terminé. Peut être est-ce à cause de la voix profonde qui se met à chanter un air familier.


Dernière édition par Lazuriel Sayan le Sam 26 Mai 2012, 16:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lazuriel   Dim 20 Mai 2012, 00:06



Le voilà enfin. Il s’avance de quelques pas, ose braver les ténèbres qui nous constituent. Mais il n’a pas la prétention de ces prédécesseurs. Non, il admet la peur qui le ronge. Nos voix s’élèvent pour l’accueillir : bienvenue dans notre univers.

Dans nos paroles, nous nions tout notre savoir. Nous mentons. Nous posons les questions dont nous connaissons déjà les réponses, pour le simple plaisir de l’entendre nous le dire. Nous l’interrogeons, puis nous mimons la colère et le mépris. Qu’il nous montre donc la profondeur de sa conviction ! Qu’il nous montre ses doutes et ses craintes ! Qu’il ait le courage d’affronter les abysses qui creusent l'esprit !

Lorsque chacune de ces émotions effleurent sa conscience, nos voix fusent, le transpercent de leurs accusations. Tour à tour alliés et ennemis, nous lui reprochons sa violence pour mieux blâmer son inaction. Nous jouons avec lui, nous rions de sa douleur et de sa confusion, de ses protestations et de ses interrogations. Le son de nos voix se déploie tout autour de lui pour mieux le piéger dans le filet des mots.

Mais soudain, le filet se déchire. De nouveaux mots le remplacent : les siens. Ses paroles se tissent peu à peu, pour former le tissu de ses certitudes. Nous cherchons un instant un défaut dans la trame, nous aimerions en déchirer les fibres...

Puis nous nous retirons. Nous n’avons plus aucune attaque à lui porter, plus rien à briser en lui. La vie s’en chargera pour nous.




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