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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
"Dieu nous rêve. S'il s'éveille, nous disparaissons à jamais."
"Nous trouverons un chemin... ou nous en créerons un."
"Le rêve de l'homme est semblable aux illusions de la mer."
"Il n’est pas de vent favorable, pour celui qui ne sait pas où il va…"
"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]

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MessageSujet: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Mar 08 Juin 2010, 04:40

La pluie tombait depuis la fin d’après-midi. Mais ce n’était que vers onze heures que le tonnerre s’était mis à résonner au-dessus de l’océan. Les vagues portaient l’écume au sommet de montagnes d’eau qui roulait sur le dos du continent liquide.
Et quelque part, perdu dans cet horizon dessiné par la tempête, une coque retournée portait sur elle la vie de dizaines de créatures paniquées. Le vent hurlant faisait claquer chaque toile ou cordage qui n’étaient pas solidement attaché au navire. Il dispersait les voix des marins qui faisaient pourtant vibrer leurs cordes vocales au plus fort.

A bord du bâtiment de bois, les vies ne tenaient qu’à un fil. Un mat avait cédé lorsqu’une vague plus haute que les autres avait traversée le pont de part en part, emportant de son bras traître trois hommes qui finissaient de plier la grande voile. Le capitaine ordonna que les voyageurs soient rassemblés dans la salle commune, et qu’on prépare les barques de secours.
Le cuisinier s’en chargea. Ce ne fut pas simple, la panique avait saisi le groupe. Sa carrure lui permettait de s’imposer. Cela faisait plus de six jours qu’ils étaient partis de Reilor et l’homme connaissait le visage se chacun d’entre eux. Il attrapa par l’épaule les imbéciles qui ne s’étaient pas d’eux-mêmes dirigés à l’intérieur. Le pont tanguait dangereusement, mais son pas était assuré. Il ne glissa pas une seule fois.
Ceux-là ramenés à l’intérieur. Il ferma la porte derrière lui et les poussa le long du couloir. Dans ce long tube rectangulaire, le petit groupe évoluait difficilement, portés par la houle sur la droite, la gauche… puis basculés en arrière par un rouleau qui venait frapper de front la coque du navire. Les jetant dans la salle commune, il regarda lesquels se trouvaient déjà là : deux groupes de marchands. Ils savaient comment régir dans ces situations de crises. Ils étaient adossés dans les angles, ne craignant pas que les meubles, attachés au sol, ne les heurtent.
Il y avait aussi cette créature, dont l’homme n’aurait su dire la race, qui se tenait contre le bar. Les bouteilles, et tout autre objet avaient étaient rangés. C’était la règle, comme une inscription dans le mur le rappelait : « enfermes-les comme des démons, ou bien attaches-les comme tu es attachés à la vie.
Le cuisinier, qui malgré la peur qui le saisissait au fur et à mesure que la colère de la nature s’abattait sur eux, continuait de regrouper les manquant à l’appel. Il en trouva deux dans le chambre, d’autres voyageurs, d’autres dans le réfectoire. S’il avait bien compté, et il comptait sur ses capacités en cas d’urgence pour ça, il avait tout le monde. Il fit le tour des couloirs, visita les appartements de l’équipage et descendit même en fond de cale. De là, il entendait le bois de toute l’embarcation craquer. Mais un bruit qui fit lui fit hérisser les poils résonna à ses oreilles. Le bruit de l’eau qui coule… Quelque chose avait craqué. Il se rappela le mat tombant sur le pont et l’imagina se briser contre l’angle du bord. Un rondin de bois retenu par leurs cordes les plus résistantes tombait à l’eau, l’effet de balancier entrainant le bélier marin contre la coque. Celle avait cédée.
L’homme trouva la fuite. Elle ne pouvait pas être réparée, mais le débit était assez faible pour qu’on puisse encore sauver le bateau… Mais ce n’était pas dans ces cordes de prendre les décisions dans ce cas. Il courra vers le pont, montant les marches de l’étroit escalier par grandes enjambées. Il traversa le couloir en s’appuyant sur les murs pour avancer plus vite, ouvrit la porte et hurla vers la capitaine, qui coupait les dernières cordes qui retenait le bout de mat pendant à la surface.

- Les passagers sont réunis ! Mais on a une fuite en fond de cale !

Le capitaine abattit la hache qu’il tenait sur la dernière corde et posa son regard sur le pont. L’immense mat en bois roulait au gré des vagues malgré les efforts de huit hommes pour l’attacher aux rebords. Trois autres clouaient des planches sur l’ouverture que la chute de la poutre avait déchirée dans le plancher, heureusement doublé et solide. Il fallait faire au plus urgent et surtout, prendre une décision vite.

- Marcus, Pris, Guerne ! Condamnez le fond de cale ! Helias, tu vas avec eux !
- Compris !

Ils se dirigèrent, avec le cuisinier, vers la porte et descendirent dans les entrailles ouvertes du navire. Le capitaine rejoint les hommes qui maintenaient le mat contre la rambarde à tribord. Il en manquait deux, dont les corps gisaient quelque mètre plus loin, frappés par le tronc taillé.
Une vague souleva le côté du bateau et lécha de son écume le pont. Les marins ne purent retenir le lourd rondin qu’ils poussaient de toutes leurs forces. Et ceux qui l’attachaient n’avaient pas eu le temps de finir leurs nœuds. Le mat roula sur les marins et brisa leurs corps. Le pont était devenu un champ de mort ou la faucheuse faisait danser une poutre sur le corps de ceux qui se tenaient en son centre.

Dans la salle commune, les rares vies qui tenaient encore en équilibre sur le fil tremblant de leur destin ignoraient ce qu’il se passait dehors. Et les marins ignoraient ce qu’il se passait ici…


Spoiler:
 

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Dernière édition par Balsa le Lun 14 Juin 2010, 01:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Mar 08 Juin 2010, 17:44

Il fait beau. Un ciel complètement dégagé s'étend à perte de vue. Au beau milieu de nulle part, suspendu dans les airs, un palais rouge. Ses remparts forment un cercle parfait parsemé de tourelles aux toits pointus. Au centre s'élève un donjon en forme de pagode à cinq étages au sommet du duquel tournoie une girouette qui ne ressemble à aucun animal connu. Aux portes du palais se trouve un seuil de marbre auquel sont accrochées de très longues cordelettes qui s'étendent vers l'extérieur de la bâtisse, dans toutes les directions. Sur l'une de celles-ci, telle une funambule, une jeune femme en robe noire marche vers le château vermillon. Elle n'a pas l'air effrayée de tomber et s'achemine avec une aisance surnaturelle.

― Vous voilà enfin, Majesté !

Surgit de nulle part, un petit homme grassouillet au long nez crochu se précipite vers elle, courant sur la même corde, dans le sens opposé. Il porte un monocle au verre teinté et une longue cape de plumes. Dans son dos, deux petites ailes de mouche battent rapidement. Lorsqu'il arrive à sa hauteur, il saute sur le côté et semble peiner à rester en l'air. Il respire fort et parle avec un ton urgent dans la voix.

― Content de vous revoir.


Raei sourit légèrement.

― Salut, Biblum.

Biblum Buck Babil est l'Intendant du pays d'Envers. Il est chargé de veiller sur le Royaume en l'absence de la Reine et de lui tenir un rapport à son retour. Rajustant son « monocle de soleil », il sort d'on ne sait où un rouleau de parchemin qu'il inspecte, son long nez effleurant le papier.

― Les Noils ont essayé d'attaquer le village des hommes-carpes. Mais je crois qu'ils se sont perdus et une bonne partie de leur armée a disparu dans les montagnes. Sir Galdaroc a voulu envoyer ses canonniers pour pilonner la région, au cas-où.
― Vous l'en avez empêché ?
― Il est enfermé dans un placard mais il n'arrête pas de hurler depuis ce matin. Personne ne parvient à le faire taire.

Raei et Biblum parviennent jusqu'aux portes et les franchissent. Ils traversent un jardin de plantes multicolores et entrent dans la salle du trône, le rez de chaussée du donjon. Les gardes présents s'inclinent sur leur passage et Raei leur répond d'un mouvement de tête. Elle se dirige vers un trône de bois à côté duquel est assise une vieille femme courbée, appuyée sur une canne de cristal. Celle-ci lui adresse un sourire bienveillante.

― Bonjour, Oma.
― Bonjour, mon enfant.

Raei prend place dans son siège royal.

― Faites venir le placard.

Aussitôt, un homme à l'imposante musculature et au crâne dégarni entre dans la salle avec une armoire sur le dos. Il la pose devant la Reine et s'incline. A l'intérieur du meuble, on entend les cris de protestation d'une voix surexcitée qui profère des menaces et réclame qu'on la libère.

― Ouvrez-lui.

Chose dite, chose faite. L'instant d'après, un petit homme maigrichon sort du placard, l'air furieux. Il porte une armure de chevalier trop grande pour lui et gesticule dans tous les sens, faisant tinter le métal.

― Ce n'est pas comme ça qu'on traite un Seigneur de Guerre ! Ma Reine, prenez donc vos responsabilités et faites exécuter tous ces idiots !

A peine a-t-il le temps de finir sa phrase qu'une violente secousse fait trembler toute la pièce. Plusieurs personnes tombent. Biblum, en se relevant, déclare :

― Olà, il doit y avoir du grabuge, de l'autre côté !

Raei soupire. Le petit chevalier se relève avec difficulté et s'apprête à crier de plus belle mais un nouveau choc le fait retomber.

― Vous devriez y aller ma Reine. Si nous sentons ces secousses, c'est que votre Portail se referme.
― Oui, je sais... Prenez soin de vous. Je reviendrai vite.
― Hé, attendez ! Ne croyez pas que vous pouvez partir comme ça ! Revenez ! Vous devez rendre justice !
― Gûma, assurez-vous qu'il n'attaque personne.

L'homme chauve s'incline de nouveau.

― Bien, ma Reine.

Tout devient flou. Les sujets disparaissent lentement, laissant place à des hommes terrifiés. La salle du trône devient une pièce humide et bondée. Ah oui, c'est vrai. Ce bateau.

Raei, l'esprit engourdi, comme sortant d'un somme, essaie de se souvenir. Elle était dans une chambre avant de partir. Que fait-elle ici ? On dirait qu'une violente tempête fait rage, à l'extérieur. Quelqu'un l'aurait transportée dans cette pièce ?
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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Lun 14 Juin 2010, 01:37

- Quelle merde…

Balsa se rongeait les ongles alors que la tempête mettait sa chambre sans dessus dessous. Elle se tenait là, assise sur son lit, les sourcils froncés et l’inquiétude dans son regard. Elle tenait fermement sa lance d’une main et de l’autre un sac de toile qui contenait quelques affaires. Mais son couteau et son or étaient sur elle. Elle ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre et affronter la nausée. Il lui semblait sentir ses organes suivre le mouvement des vagues dans son estomac. On frappa trois coups lourds et insistants à la porte. Balsa bondit et ouvrit comme si elle attendait le messie.

- Vous ! Suivez-moi dans la salle commune !

L’homme à la carrure impressionnante tenait le corps d’une femme inconsciente dans ses bras. Elle le reconnut : le cuisinier du bateau. On avait donc donné l’ordre de réunir tous les passagers. Elle prit le sac et suivit l’homme à grandes enjambées et se tenant toujours d’une main contre un mur pour ne pas tomber. Son équilibre avait beau être félin, la violence de la mer avait largement raison d’elle. Sentiment de faiblesse, difficulté à avancer. Doute. Allait-elle s’en sortir ?
Quand ils arrivèrent à destination, l’homme posa la femme évanouie sur le sol contre un mur et fit glisser doucement son regard sur l’ensemble des voyageurs. Il n’avait pas besoin de le dire : personne ne sortait d’ici. C’est du moins ce que Balsa compris.

La salle commune n’avait ni envers ni endroit. Un côté de la pièce se souleva soudainement et les voyageurs furent projetés contre le mur. Le tonnerre gronda sèchement en ce moment précis. Apocalypse dans le navire. Le sac de Balsa roula vers le comptoir quand un nouvelle vague souleva le bateau par l’avant. Elle bondit vers lui, ne cherchant pas à cacher la longue queue qui prolongeait son mouvement. Après tout, une autre chimère bien moins discrète était à bord… Elle reprit le petit paquetage et le passa en bandoulière. Sa lance était restée dans sa chambre et elle s’inquiéta un instant de savoir dans quel état elle la retrouverait. Mais à quoi bon ? que pouvait-elle faire face à la tempête ?
Les entrailles de la chimère dansaient dans son ventre, son équilibre était totalement faussé et ses sens en alertes ne détectaient qu’une peur dramatique. La peur sur les visages autour, le désespoir parfois. Chacun cherchait sans trouver comment se calmer. La tension était à son comble. Balsa réalisa qu’elle se trouvait sur un frêle navire au beau milieu de l’océan… Ils étaient peut-être perdus loin de toute côte.
L’eau et le vent attaquèrent le navire par l’arrière, le sol pencha dangereusement… La porte d’entrée, à présent tout en bas, s’ouvrit à la volée. Le capitaine, accroché d’une main à la poignée, de l’autre à l’encadrement en bois, luttait de toutes ses forces pour ne pas glisser en arrière dans le long couloir.

- On évacue le navire !

Les pupilles de la chimère se dilatèrent de peur. Où en étaient les dommages pour qu’un tel ordre soit donné ? La coque était foutue ? L’eau s’engouffrait dans les cales ?... toutes ces questions, elle aurait voulu les crier mais sa voix n’aurait jamais porté dans le tumulte de l’orage. Alors elle serra les dents. Et ses mains sur son sac de toile.
Puis, alors que le bateau retrouvait une stabilité éphémère, elle se décida. Courant vers la porte, elle savait que sa seule chance de survie était de faire confiance au capitaine. Qui était mieux placé que lui pour les sauver ? La chimère atteint l’entrée du couloir et jeta un coup d’œil derrière elle. Eux. Les autres. Avec elle, ils jouaient ensemble leur vie. Leurs destins s’entremêlaient. Et s’ils survivaient ? tous ?

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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Mar 15 Juin 2010, 13:33

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Encore toute engourdie de son escapade onirique, Raei observe la scène, allongée dans son coin de pièce. La lumière lui fait mal aux rétines et les formes sont encore un peu floues. La jeune femme cligne des yeux pour se réhabituer au monde réel ; elle se passe une main sur le front, enfonce ses poings dans ses orbites et se redresse tant bien que mal.

La sinistre pièce est envahie de terreur. Tous ces hommes, toutes ces femmes, Raei les voit se cramponner à tout ce qui leur passe sous la main. Ils respirent fort, il disent qu'ils vont mourir, ils s'agitent et rendent l'atmosphère de plus en plus intenable. A quoi peut bien servir la peur ? On dit qu'elle nous rend plus fort, plus rapide, qu'elle nous donne des ailes, mais tous ces passagers terrifiés ont l'air d'une belle bande de godiches. Alors qu'une poignée d'hommes se vouent corps et âme à lutter à l'extérieur pour ramener les gens à l'abri, cet essaim de puces excitées ne font que se ronger les sangs en attendant la mort. Avec le recul, on dirait une communauté de fous en quarantaine. Raei ne cède pas facilement à la peur, et même si il est évident que la situation n'a rien de réjouissant, elle préfère attendre ; de toute façon, elle est encore trop faible pour s'agiter dans tous les sens. Tous les bateaux qui se perdent en tempête ne disparaissent pas. Après tout, l'équipage connaît sont métier, n'est-ce pas ?

Affalée dans un coin, la jeune femme se laisse porter par le mouvement du navire, se cognant parfois contre un mur ou sur le sol froid. Les secousses sont imprévisibles et de plus en plus violentes. Raei se sent nauséeuse. Les quelques fois où elle a pris le bateau se sont toujours bien déroulées, elle n'a jamais été confrontée à ce qu'on l'on appelle le mal de mer ; mais quand on est prise en plein milieu d'une tempête, à peine remise d'un délire hallucinogène dans une pièce bondée de gens affolés qui hurlent contre un orage encore plus bruyant, on peut s'autoriser une légère défaillance.

Brusquement, le navire se penche, faisant tomber une bonne partie des passagers. Raei ne fait pas exception et est projetée en avant. Sa tête heurte violemment le sol et elle glisse sur quelques mètres. La jeune femme en robe noire décolle son visage du plancher et constate qu'elle saigne du nez. La porte de la pièce s'ouvre sur le capitaine du bateau qui peine à rester debout.

― On évacue le navire !

Bon, d'accord. Là, ça craint. Les gens s'agitent encore plus ; une femme tout près de Raei se met à hurler. Ils se précipitent tous vers la sortie sans prendre la peine de regarder où il marchent. Plusieurs hommes la piétinent sans esquisser le moindre signe de gêne. Ils n'ont plus qu'un objectif : sauver leur peau. Peu importe ; Raei n'a jamais connu autre chose que le mépris à son égard. Elle tente de se redresser mais quelqu'un la bouscule et elle est repoussée contre un mur. Sa nausée gagne du terrain. Elle se souvient qu'elle est à jeun.

Deuxième tentative. Cette fois-ci, la jeune femme s'aide de la paroi de la salle pour progresser vers la sortie. Elle avance lentement et essayant de faire abstraction de la panique générale. Elle sent la sueur sur sa peau. Elle sent la sang affluer de son nez. Elle sent son corps trembler. Prise de vertiges, elle essaie de s'appuyer davantage sur le mur pour ne pas tomber. Une nouvelle secousse se fait sentir, celle de trop. Raei vomit sa bile et s'écroule une nouvelle fois ; la dernière. Elle ne sent plus ses membres ; s'efforçant tant bien que mal de rester consciente, elle commence ressentir la peur. Alors, elle espère. Et si au final, la tempête se calmait ? Et si le bateau allait se naufrager sur Ghurol ? Et si son corps inconscient allait s'échouer sur une plage d'Aïklando ?

Ne pas sombrer. Raei sait qu'il ne faut pas s'évanouir si on veut survivre. Elle a beau être indifférente à sa propre existence, il ne faut pas qu'elle meure. Comment son Royaume pourrait-il survivre sans elle ? Mourir c'est condamner un monde tout entier.

Ne pas sombrer...
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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Ven 18 Juin 2010, 03:18

_ On évacue le Navire !

C'était la forte voix du capitaine qui venait de résonner non loin de l'endroit d'où je me trouvais. Comme tant d'autre en même temps que moi, je me précipitai au dehors, pour ne pas avoir à crever ici, étouffée dans cette mare que Mataro et moi détestions tant ! Bousculée de toute part, je me retrouvai dehors plus vite que prévu, ayant perdu ma comparse Balsa de vue, et éjectée de l'endroit où je me trouvais par une première trombe d'eau malheureuse contre ce qui se trouva être le mat principal !

Accrochée comme je le pouvais à cette bouée de sauvetage, si on put dire ainsi, qui risquait à tout instant de lâcher comme l'avait fait l'autre, quelques instants plus tôt - ... quelques instants ou bien quelques interminables heures - je me mis à implorer quelque chose là haut qui pourrait nous sauver tous... j'ignorais bien depuis combien de temps le ciel faisait son caprice au dessus de notre modeste moyen de transport ! Agrippée à cette chose glissante comme une arapède à son rocher - pour donner une image océane à cette situation qui l'était tout autant - je serrais les dents et fermais aussi fort que je le pouvais mes pauvres petits yeux, piqués, brûlés, arrachés littéralement de leurs orbites par le sel terrible de la mer qui m'arrivait par gerbes entières sur le visage, le rongeant par la même occasion ! A l'intérieur, tout au fond de mon être, Mataro pestait... il n'avait pas tord du reste !
*La prochaine fois, écoute-moi quand je te dis que je sens pas quelque chose !*
*Je pouvais pas savoir qu'il se passerait ce qu'il se passe !*
*Mais si on n'était pas venus, on n'aurait pas à subir ça !*
*Tu me feras la morale plus tard, d'accord ?*
*Que dalle ! J'aime pas l'eau et tu le sais parfaitement en plus ! Tu veux me tuer, c'est ça ?*
*Mais ouais, bien sur ! J'ai que ça à faire, vouloir te tuer !*
Utilisant toutes mes forces pour me retenir comme je le pouvais à cette dernière chose qui me reliait à la vie, je savais que je n'allais pas tenir très longtemps, et qu'il fallait vite trouver quelque chose pour m'en sortir parce que mes muscles se secouaient déjà de quelques petits spasmes, pour l'instant encore faibles, mais qui n'allaient pas tarder à devenir de plus en plus douloureux et difficiles à maîtriser. *

A mes oreilles vibrait la grande voile du bateau, battaient les cordes, claquaient les seules parties de mes vêtements qui n'arrivaient pas, à cause du vent, à coller à ma peau, ma queue renarde s'entortillait de peur autour de ma jambe et mes ailes tentaient de tenir le choc du vent qui s'engouffraient dans leurs espaces à leur insu... j'tais glacée jusqu'au sang !
Et c'est là que je pensai au pire : Je me souvins avoir laissé Balsa quelque part dans cette cohue d'étrangers, sans pouvoir faire autre chose que m'accrocher comme une lâche à cette chose ! Peut-être était-elle tombée à l'eau comme ces trois malheureux que j'avais vu se faire happer par les vagues vengeresses de l'océan plus tôt ?! Non, impossible ! Pas Balsa ! C'était mon signe ! Je ne pouvais la perdre !

Ouvrant les yeux, comme piquée par un aiguillon fort douloureux, je me mis à crier dans le vent qui couvrait même pour moi le bruit de ma propre voix :

_ Balsaaaaaaaaa !
Rien que le vent qui me hurlait de me taire ! Je n'étais pas prête à accéder à sa requête :
_ Balsaa ! BALSAAAAAAAAAAAAAA
Rien ne répondit... puis enfin, j'entendis donc la fameuse voix du capitaine qui hurlait aux passagers qui avaient pu, contrairement à moi, fuir le cauchemar que je vivais là, qui hurlait encore d'évacuer les lieux ! J'eus bien voulu le rejoindre mais j'étais tétanisée, tellement que je ne pouvais même lâcher cette maudite chose qu'on appelait Mat principal malgré les douleur qui me montaient dans les bras, les jambes, le ventre... tout en moi se crispait, je désespérais à l'idée de devoir rester accrochée là et de couler avec toute cette masse qui m'emporterait au fond de l'océan !
Mataro eut un rire étouffé.

*tu as trop d'imagination, ma chère !*
*C'est pas le moment de te moquer de moi !*
*Imagines, quand dans cinq mille ans, des milliers de gens viendront ici voir notre cadavre soudé à la coque de ce bateau, on parlera de nous comme d'une légende...*
*Je ne veux pas être une légende ! Je veux vivre !*
*Bien dis, je te retrouve, ma poule !*

Étrangement, cette saute d'humeur, ce passage soudain de la léthargie à la violence de cette envie de survivre me fit de nouveau bouger, je pus doucement décoller mes mains du mat pour me retourner vers l'endroit d'où parlait le capitaine. C'est là que je la vis, Balsa ! Elle était en vie ! J'en eu presque les larmes aux yeux tellement j'étais heureuse de la voir vivante !
Mais à peine ai-je eu le temps de penser cela qu'une nouvelle bourrasque de vent, aidée par une onde aquatique, me délogea de ma dernière bouée de secours qui me reliait à la réalité des lieux. Sans pouvoir faire quoi que ce fut, je me retrouvai emportée par la mer et ses assauts qui auraient finalement raison de moi...
Je fus moi-même étonnée d'y penser, mais je n'avais pas peur. Au contraire, j'éprouvais une certaine forme de tranquillité, de plénitude à mourir ainsi, j'avais le sentiment de ne plus être de ce monde, déjà... peut-être était-ce ça, l'Aïklando, une île perdue dans les dernières pensées que s'offre l'esprit avant de rejoindre l'éternel écho du vide ? Je me sentis doucement aspirée, comme rentrée dans mon propre corps... et je compris enfin : Mataro, qui ne voulait pas mourir, qui gardait cette étincelle animale que j'avais du mal à allumer en ma propre âme, avait décidé de se battre pour nous deux, de survivre. Il s'accrocha à l'une des dernières barrières qui tenaient encore debout, seul espoir de rester en vie, seul espoir pour lui, pour moi. Pour nous deux.
Il jeta un regard à Balsa, et vit tout un tas d'autres êtres qui se précipitaient au dehors... Tous allaient mourir s'ils restaient là alors que la tempête n'allait que redoubler ses efforts pour tous nous avaler dans ses méandres infinis !


_ Pas maintenant ! Allez vous réfugier à l'intérieur !
Personne ne l'écoutait, évidemment ! Ne l'entendait même ! Un véritable cauchemar, personne ne nous voyait, alors que Mataro et moi allions sombrer avec le navire, personne ne semblait non plus voir la nouvelle vague, immense, puissante, qui n'allait pas tarder à déverser une de ses plus grosses fureurs sur le petit groupe perdu...
Rassemblant ses forces, et comme il en avait bien plus que moi, il parvint à battre des ailes assez fort pur pouvoir s'envoler et arriver à la hauteur des étrangers. Côté bâbord, le vide commençait à s'installer. Côté tribord, la vague... et tous les passagers. Mataro s'adressa à eux aussi fort qu'il le put :


_ Que tout le monde se colle contre les barrières du côté tribord, tout de suite !

Et alliant les gestes à la parole, il poussa le plus de monde contre ladite barrière, plus près de l'immense onde aqueuse que jamais ! Avec un dernier regard à Balsa, il aida les autres passagers.
*Elle s'en sortira !*
*Je l'espère pour toi !*

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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Sam 19 Juin 2010, 15:39

Les quatre hommes qui tentaient de réparer les entrailles déchiquetées du navire remontèrent. Helias, le cuisinier, passa par la salle commune avec Marcus. Ils trouvèrent la jeune femme inconsciente, sa fine silhouette malmenées par les remous de la tempête. Helias la prit dans ses bras et se dirigea vers la sortie. Marcus l’aidait à progresser en le retenant quand son équilibre était mis à mal par l’océan en colère.


- Pas maintenant ! Allez vous réfugier à l'intérieur !
Au milieu du tumulte, alors que le tonnerre résonnait au-dessus d’elle, Balsa reconnut cette voix. Celle de Mataro. Iburo lui avait laissé prendre les commandes ? Ou avait-il temporairement l’avantage sur elle ? Quoiqu’il en soit, il se montrait autoritaire :
- Que tout le monde se colle contre les barrières du côté tribord, tout de suite !
Balsa vit la vague et compris. La peur l’envahit. Elle ne voulait pas mourir ! Mais la mort venait si souvent à elle qu’elle la redoutait de plus en plus. Perdue, elle balaya du regard l’attroupement qui se mouvait bon gré mal gré à tribord. Balsa poussa les gens devant elle et bondit vers Ibruo. Enfin Mataro.

- Qu’est-ce que tu comptes faire avec quelques kilos en plus face à la tempête ?
Elle reprit son souffle et planta son regard dans les pupilles rouges de Mataro.
- Il faut qu’on s’en sorte !
Balsa, accrochée à la rambarde, montra les bouées qui étaient fixées par des cordes au navire. La chimère sortit son couteau de chasse et coupa les cordes alors qu’elle attrapait la bouée. Elle tendit la bouée à Mataro et répéta ses gestes pour attraper une autre bouée. Le navire commençait à pencher. Balsa passa la bouée en bandoulière par-dessus son sac. Elle vérifia que ce dernier était fermé et se glissa vers l’homme le plus proche d’elle.
Toujours agrippée d’une main à la barrière qui se levait dangereusement, elle coupait de l’autre les cordages. L’homme passa sa bouée comme elle. Balsa leva les yeux vers le groupe. Elle remarqua que les membres de l’équipage avaient eu les mêmes gestes qu’elle. La femme inconsciente était elle-même équipée, toujours dans les bras du cuisinier.

Balsa se tourna vers Mataro, la peur dans les yeux. La vague s’abattit sur le navire. L’eau emporta le corps de la chimère par-dessus bord. Le liquide lourd l’emporta à plusieurs mètres de profondeur. Et là, loin sous la surface, une autre dimension s’ouvrait.
Silencieux et grondant à la fois, l’endroit semblait doux à l’inverse de ce qu’il se passait au-dessus. Le temps semblait déformé aussi, allongé, étiré à l’infini. Les bulles d’air blanches portée avec le corps remontaient en sautillant à la surface. Tout autour, l’obscurité se fit. Insondable, infinie. Une expérience du vide à donner le vertige. La bouée suivait doucement les remous en portant avec elle la chimère.
Choquée par la vague, la chimère mit du temps à réagir vraiment. Lorsqu’elle commença à manquer d’air, elle nagea vers la surface. Ses poumons étaient brulants, ses yeux piquaient, ses muscles manquaient d’oxygène. Mais elle brassa vigoureusement.
En arrivant près de la surface en mouvement, elle remarqua qu’un énorme rondin flottait. Elle le contourna et put enfin sortir la tête de l’eau. De l’air ! Enfin ! Le son de l'orage fit à nouveau vibrer ses tympans. Mais à peine avait elle respiré qu’une vague brisait son échine sur elle. Retour sous l’eau, mais avec plus de réflexes. Balsa remonta à la surface et chercha le navire des yeux. Elle ne le trouva pas. Mais le mat était toujours là. Elle nagea péniblement jusqu’à lui pour s’y accrocher.

- Iburo ! Mataro !
Sa voix portait peu sous la colère des éléments, mais elle espérait, scrutait l’eau en mouvement tout autour. Ou était le bateau ? Déjà loin ou coulé ? Dans les deux cas, elle ne pouvait compter que sur les débris flottant pour se servir de radeau.
D’autres qu’elle était dans l’eau. De toutes ses forces, elle nagea en poussant le mat brisé vers deux hommes qui n’avaient pas de bouée. Ils s’accrochèrent au morceau de bois. L’horreur dans leurs yeux, ils ne pouvaient que remercier la chimère. C’était bien la première fois qu’elle voulait autant sauver les vies autour d’elle. Par peur d’être seule tout simplement, ou alors parce qu’elle changeait. Elle avait quitté Lan Rei pour ça. Refaire sa vie en mettant de côté ses différences.

- OOOOOH ! LA-BAS !
C’était un membre de l’équipage qui les appelait depuis un autre radeau de fortune. Il y avait avec lui le cuisinier et la femme inconsciente.
- PAR ICI !!!
Les deux groupes se rejoignirent et Balsa laissa le mat pour monter sur la barque retournée dont l’air emprisonné sous elle servait de flotteur. Elle aida l’un des hommes avec elle, un peu sonné et choqué, à monter à son tour. L’autre se débrouilla seul. Ils étaient à présent six. Où étaient les autres ?

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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Lun 21 Juin 2010, 15:50

Raei a finit par céder à l'évanouissement. Alors que la pièce commune se vide, la jeune humaine reste là, étendue sur le plancher. Les voix affolées disparaissent petit à petit, et ses forces mises en réserve l'abandonnent. Ses paupières s'abattent d'un coup sur ses yeux noirs et elle se sent toute fébrile. Curieusement, elle perçoit encore les bruits de l'extérieur sans être capable de réagir. Mais pourquoi était-elle montée sur ce bateau ?

Une voix s'élève.

― Cela devrait aller, ma Reine.

Ces paroles sont celles de Biblum. Même si elle ne le voit pas, Raei sait qu'il n'est pas très loin. Sa présence, bien que matériellement inutile, la rassure.

La jeune femme ressent une nouvelle secousse de l'extérieur et se sent entraînée par quelque chose. Le bateau aurait chaviré ? Non, ce n'est pas ça...

― Il semblerait que quelqu'un fasse cas de votre existence, là où vous êtes.

Incapable de répondre aux affirmations de Buck Babil, Raei essaie de comprendre ce qui lui arrive. Son intendant a sûrement raison, pourtant c'est difficile à croire. Qui serait prêt à risquer sa propre vie pour une personne comme elle ? La jeune femme croit entendre deux hommes près d'elle. Les bruits des deux mondes se mélangent.

― Elle respire encore.
― Y'en a qu'on vraiment pas le pied marin.

― Vous allez survivre, Majesté.
― M'est avis que c'est pas qu'un mal de mer.

Elle sent des bourrasques de vent.

― Ouvrez les yeux, suggère Biblum.

Raei ne perçoit plus les voix de l'extérieur qui sont couvertes par les hurlements du vent et de la mer. Pendant un temps indéfini, elle se sent trimbalée dans toutes les directions, arrachées plusieurs fois à son sauveur par une mer possessive. Submergée à trois reprises par les flots, Raei ne parvient plus à comprendre ce qui lui arrive. Et puis, elle entend un cri.

― OOOOOH ! LA-BAS !
― Réveillez-vous, ma Reine.
― PAR ICI !!!
― Vous devez survivre !

Raei finit par revenir à elle. Le décor a changé. Elle est étendue dans les bras d'un homme qu'elle ne connaît pas, sur un radeau de fortune, en compagnie de trois autres hommes et d'une femme. Sont-ils les seuls survivants ? Finalement, il y avait de quoi s'inquiéter...

Les yeux mi-clos, la frêle créature pose son regard sur chacun des cinq autres rescapés, sans chercher à dire un mot. Elle finit par l'homme qui semble l'avoir amenée jusqu'ici. Elle est vraiment reconnaissante ; dans un murmure, elle essaie de lui souffler un remerciement qui se perd dans la tempête.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Jeu 24 Juin 2010, 01:09

Spoiler:
 

Morte de peur à l'idée de mourir, sans doute un sentiment que Mataro m'avait donné en me transmettant son instinct qui lui intimait de survivre contre vents et marées, je le laissai faire sans pouvoir l'aider en quoi que ce fut. Lorsque Balsa s'approcha de lui pour lui demander s'il parviendrait à supporter le poids de la tempête plus que moi, Mat ne répondit pas mais lui fit le plus beau sourire qu'il put malgré cette sordide idée qu'il pourrait crever là comme un chien, qui lui tailladait le ventre. Comme réponse, elle ajouta :

_ Il faut qu'on s'en sorte !
*T'en fais pas ! On va s'en sortir ! Je serai capable de supporter plus de chocs que ma double. *
*Ouais, t'as plutôt intérêt !*

Tandis que notre compagne de fortune tranchait une corde pour s'emparer d'une bouée, Mataro et moi étant d'accord sur le fait que c'était une excellente idée, il fit exactement la même chose et passa toutes les bouées qu'il trouvait, dont il tranchait les cordages grâce à notre couteau, aux passagers accrochés contre les barreaux grinçant de façon mauvaise et mal assurée.
L'habitacle pencha dangereusement et Mataro faillit glisser sur le bois mouillé par les vagues passées précédemment, avant de se raccrocher de justesse à une des barres, entre deux malheureuses femmes apeurées mais non moins fermement accrochées à leur seul moyen de survivre à cette furie dévastatrice. Battant des ailes pour se débarrasser de l'eau qui lui glissait sur tout le corps, il tenait bon, mais je sentais que ses bras glissaient de leur perchoir malheureux. Il ne put alors plus tenir que par ses mains fermes mais impuissantes face à ce liquide qui rendait notre barreau plus glissant que jamais...

*Tiens bon, Mat ! Lâche pas !*
*Facile à dire !*

Je sentais qu'il peinait à tenir, que ses doigts noueux commençaient à sentir exactement la même douleur qui m'avait parcouru tout le corps lorsque je m'étais tenue au grand mât avec ma petite force désespérée. Il ferma les yeux et serra les dents, je les entendis grincer avant que ne sorte un long cri rauque de sa gorge, sous cette souffrance terrible qu'il devait supporter pour nous deux. Il rouvrit les yeux et lança un regard à Balsa, pour voir si elle tenait bon. Elle semblait paniquée, au même titre que tous les autres. Hurler n'aurait été qu'une perte de temps et d'énergie, alors Mataro ne dit rien et se concentra de nouveau sur la force qu'il devait mettre dans sa poigne.
Le navire se retrouva presque à la verticale pendant quelques instants, comme si le temps s'était arrêté, puis ce fut le choc. Ce dernier fut tellement violent que mon double, lui-même vacillant à presque un mètre de la coque du bateau, vit Balsa lâcher prise, emportée par les flots carnassiers, et ne put s'empêcher de crier son nom qui se perdit dans la danse des multitudes d'ondes aquatiques et aériennes qui brisaient chaque son autre que leurs vagissements sordides.
C'est là que le bateau se retourna. Lentement, il vira jusqu'à ce que ce qui devait être le plancher devienne le nouveau plafond tandis que l'eau se mutait elle-même en plancher mouvant et absorbant. Mataro ne tint plus, il lâche prise et nous fûmes pris dans les vents tourbillonnant comme aspirés par cette espèce de colère divine qui s'acharnait sur nous. Tout tourna au ralenti : le bateau qui nous fonçait dessus, l'eau qui n'allait pas tarder à nous happer, les milliers de gouttes qui se collaient à chaque seconde au pelage devenu quasiment lisse de mon double ; lui-même sembla perdre de l'altitude à la vitesse d'un escargot, tandis que nos deux âmes, que nous sentions finalement collées, fusionnées l'une à l'autre, étaient tirées en arrière par une sorte de main démoniaque plus vite encore qu'un éclair ! Nous allions mourir !
Pendant quelques instants, tout ceci parut être un rêve, un cauchemar qui allait bientôt se terminer, avec le choc de notre corps contre l'eau, puis du navire gigantesque sur notre frêle personne... mais tout redevint net, rapide et brutal : Mataro tomba sur le dos dans les monstres qu'avait formé l'océan furibond et l'appareil chuta sur lui sans qu'il put faire quoi que ce fut. Pris ainsi en sandwish, Mataro ressentit l'onde de choc se propager dans tout son corps tandis que la masse énorme nous poussait vers le fond de la mer en coulant comme elle le faisait...


*Mat !*
Pas de réponse.
*Mat, fais quelque chose ! Je veux pas crever ici ! N'oublie pas Balsa !*
*Je...*
*Mataro ! Je t'en prie ! M'abandonne pas !*
*Je...*
*Bats des ailes pour avancer, griffe le sol, je sais pas ! Arrache-toi de là bon sang !*

Comme si c'était un signe, il ouvrit les yeux et vit les bulles surgir du fond des abysses remonter... Une main après l'autre, malgré la force qui le plaquait contre les planches de bois de ce bateau de malheur, battant des ailes pour l'aider dans sa progression sous l'eau, il parvint enfin à un bord ! L'air commençait à manquer.
En quelques battements d'aile, il put remonter à la surface tandis que j'avais, sans doute comme lui, l'impression que ma tête allait exploser sous la pression, et une fois libéré de l'eau, il prit une immense bouffée d'air frais avant de se laisser mollement retomber sur la bouée qui nous sauvait la vie. Il n'avait plus la force de se battre. Pour une fois, l'ennemi avait été le plus fort. Moi-même, j'étais lessivée de ce combat perdu d'avance mais je n'avais pas envie de périr au beau milieu de nulle part ! Il fallait que le reprenne les rennes... Je n'eus pas le temps de lui en parler. Ma faiblesse était telle que je me sentis transportée vers l'arrière, une fois de plus, comme poussée par une vague pareille à celles qui nous faisaient subir mille sévices, et me retrouvai à voir le noir prendre petit à petit la place des milliers de nuages et d'éclairs sous mes yeux. Puis je sentis comme un manque ; tout au fond de mon âme. J'allais mourir...
C'est là que je me perdis dans les méandres de la mort. Il me semble que Mataro ne resta pas conscient plus longtemps que moi... Son corps resta inerte, sauvé par la bouée qui, seule, tenait le coup.

La bouée que Balsa nous avait lancée avant que tout ne bascule...

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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Dim 11 Juil 2010, 01:31

- MATARO ! IBURO !

Balsa s’égosillait en vain dans le tumulte du vent et de la pluie. Une vague vint s’écraser sur le frêle radeau. Mais celui-ci ne se retournerait pas si facilement. Seulement, il était dur de tenir à son bord. La chimère sentit une main sur son épaule. Elle se retourna sur le cuisinier, qui tenta de la raisonner.

- Ca ne sert à rien de crier ! La bête ne l’entendra pas !

La bête ? Comment parlait-il de la chimère ?! Balsa dégagea la main posée sur elle. Elle cria de nouveau mais seuls les cris de l’orage lui répondaient. Elle rageait intérieurement, ses doigts se crispaient sur la coque humide de la barque retournée. Rage contre les éléments, rage contre sa folle idée de prendre la mer. Rage contre ses humains avec lesquels elle s’accrochait tant bien que mal à la vie.



- Bawa !
Balsa, assise sur le haut-pont à la poupe du bateau (termes qu’elle avait appris depuis peu), se tourna vers son étrange amie. Le hasard les avait rassemblées sur ce bateau et elles étaient restées naturellement ensemble. C’était souvent comme ce soir-là, à l’heure où le soleil venait de disparaître sous l’eau et que la nuit emplissait le ciel.
- Bubu !
Elles se retinrent de rire, Iburo s’assis à côté et soupira :
- Ya vraiment rien à faire sur ce rafiot !
- Ah… j’ai en trop marre de rester immobile…
- A plus de 10 nœuds ?
- Sérieux…
- Ouais je vois, moi aussi ça me manque le voyage à terre.
- Je pensais pas que ce serait si long.
- Comment tuer le temps ?...
Balsa aurait aimé aller courir dans la forêt. S’offrir une partie de chasse. Manger enfin une viande fraiche. Un fruit. Puis reprendre la route, franchir des contrées, des rivière, des montagnes.
- On peut bouger.
- Aller où ?
- Ben, nulle part, sur le bateau. Tant qu’on reste à l’arrière, personne ne viendra nous regarder de travers.
- C’est moi qu’ils regardent de travers, pas toi.
Balsa remua la queue qu’elle avait prit l’habitude de sortir depuis son embarquement.
- Pas quand ils me connaissent !
- Je serais toi, je pense que je la cacherais…
Balsa ne releva pas. Elle réfléchissait à une idée d’entrainement pour leur passer le temps. C’est en plongeant dans ses souvenirs d’adolescente qu’elle trouva une idée.
Elle dénoua le foulard qui retenait ses cheveux et attira l’attention de Iburo.
- Sans arme et sans violence, essaie de l’attraper.
- T’as peur que je te blesse ?
- Non, c’est pour que ça ne finisse pas en bain de sang. Et puis, c’est un bon exercice d’agilité.
- Pfff…
Iburo haussa les épaules et fit mine de regarder l’horizon. Puis, dans une détente fulgurante, elle se jeta sur le bout de tissu. Balsa esquiva et engagea une course poursuite. Elles restèrent plusieurs heures à se dérober le foulard à tour de rôle. Iburo jouait avec le vent et s’envolait souvent. Mais cela ne donnait aucun intérêt au jeu. Balsa bondissait, ses muscles félins avait la puissance du lycan et propulsait la chimère à plusieurs mètres. Le tout était de retomber ensuite sur le navire.
Finalement à bout de souffle, elles s’étaient assises derrière la cabine. Les hommes en charge des gardes avaient eu beau les réprimander, la peur de ces « démons » les retenait d’intervenir.
- C’était un jeu de Akin.
- Akin ?
- Celui qui m’a élevée.
- C’est dur n’est-ce pas ?
- De quoi ?
- De grandir avec un homme.
- Akin était un anubite...
Balsa passa ses mains derrière la tête et bascula en arrière, s’allongeant sur le pont tranquille.
- Je n’échangerais ces moments de ma vie pour rien au monde. Mais forcément ça finit mal.
- Mal ? Comment ça ?
- Il est partit. Je savais qu’il partirait. Sans moi. Et toi ? Comment s’appelait-il ?
- Zanack. Mataro voulait sa mort…



Mais plus les minutes passaient et plus Balsa perdait espoir. Elle avait beau chercher du regard à la surface déchainée de l’océan et dans les airs : rien. Pouvait-elle mourir si facilement ? La chimère se forçait à ne pas le croire.
Les naufragés à la dérive s’accrochaient, s’échangeaient des regards apeurés, tremblaient blottis les uns contre les autres. C’était du moins ce que voyais Balsa. Elle avait sortit sa queue dans une vive volonté de marquer sa différence. Elle ne voulait pas parler. Juste survivre. Tenir jusqu’à l’approche d’un navire qui les sauverait ou d’une côté.

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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Mer 21 Juil 2010, 23:39

Les vagues se déchaînent. A chaque retombée, Raei espère que c'est la dernière, mais à chaque fois leur radeau est un peu plus bousculé. Finalement, ils vont mourir. Il vont finir noyés ou échoués sur une plage. Une nouvelle vague vient frapper leur flotteur et Raei boit la tasse. Elle tousse et essaie de se pencher sur le côté pour recracher le liquide tiède et salé qui lui envahit la gorge et les naseaux. Sa tête lui fait mal. Elle a soif. Elle a faim.

C'est alors qu'une immense vague, supérieure en taille à toutes les autres vient s'abattre sur leur radeau. Raei, les yeux mi-clos, la le temps de la voir grandir et retomber sur le morceau de bois qui se brise sous son poids. Elle se sent alors glisser des bras de l'homme qu'il l'avait secourue pour se livrer à la volonté de la mer enragée. Elle plonge un instant dans l'immensité du monde marin plongé dans l'obscurité ; elle distingue des ombres à la surface, elle sent les mouvements dans l'eau qui la malmènent et la propulsent dans tous les sens. Puis elle remonte. En sortant la tête, elle tente de prendre une bouffée d'air mais avale un nouveau bol d'eau tiède. Elle tousse, crache, suffoque. Des cris lointains s'élèvent autour d'elle.

Soudain, une voix nasillarde résonne dans sa tête.

― Courage.
― Biblum ?

Surprise par cette intervention, Raei ne peut s'empêcher de parler à voix haute. De toute façon, personne ne peut l'entendre. C'est la première fois qu'un être d'Envers lui parle hors d'un rêve ou d'un délire. Une hallucination ? C'était possible... Biblum reprit.

― Voulez-vous que je...
― Si jamais tu fais ça, je te fais exécuter ! Et je ne plaisante pas !

Alors qu'elle hurle cette phrase au vent, elle aperçoit un corps non loin du sien. Il lui semble qu'il s'agit de la femme qui était à bord du radeau. Prise d'un réflexe, qui est une chose inhabituelle chez elle, Raei attrape ce qu'elle prend d'abord pour un long pend de ceinture. La peur surpasse les capacités de son corps et lui donnent une énergie instinctive. Se regrouper. Ne pas lâcher prise. Ne pas mourir...
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MessageSujet: Re: Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]   Mar 24 Aoû 2010, 20:59

[Pardon pour cette longue absence... j'espère que tu as poursuivit ton voyage ailleurs. Pour ma part, je n'ai plus l'inpiration pour ce RP et préfère en ouvrir un nouveau sur la terre ferme. Désolée si tu es déçue, c'était quand même intéressant de te lire.]

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Par une nuit chaude où la tempête faisait rage [libre]

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