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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
"Dieu nous rêve. S'il s'éveille, nous disparaissons à jamais."
"Nous trouverons un chemin... ou nous en créerons un."
"Le rêve de l'homme est semblable aux illusions de la mer."
"Il n’est pas de vent favorable, pour celui qui ne sait pas où il va…"
"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter

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*Elfe*

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MessageSujet: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Jeu 05 Jan 2012, 02:33

- Je pars

Ma décision avait été sans appel, ma voix n’avait pas tremblé. Je m’étais rendue auprès de Kaplen au petit matin, droite comme un i, le menton tendu et fier, le visage décidé, une certitude absolue dans les yeux.

Le capitaine m’avait regardé arriver avec un air surpris et avait eu une moue d’incompréhension. Même si j’avais été de plus en plus pensive au cours des derniers jours, rien ne laissait supposer une telle décision. Il s’était lentement retourner vers moi, ses grands yeux foncés se plantant dans les miens.

- Que cherches-tu, Niüna ?

Acceptant son regard, j’avais répondu d’une voix limpide mais inflexible.

- Des réponses sur la vie, sur le fonctionnement de notre monde et des êtres qui y habitent. Nos possibilités d’actions sur cette terre, l’accomplissement de nos êtres, l’expression de nos facultés physiques et mentales, notre épanouissement. Je veux parcourir des terres inconnues et découvrir leurs moindres secrets, partager le quotidien des animaux et accroitre ma perception de notre environnement, chercher les autres peuples qui vivent ici et là et m’enrichir à leurs côtés.
Jouer avec le vent, discerner les limites de nos esprits et de la science pour mieux les repousser.
Déchiffrer tous les mystères qui règnent tout autour de nous, et me rendre maitre de mon existence…

Les yeux de Kaplen s’étaient perdus dans le vide.

- Je me rends au Pic de Rei Dên

Je m’étais retirée sans bruits, ombre parmi les ombres.

Il ne m’avait pas fallu longtemps pour rassembler mes maigres possessions. Je n’avais que très peu d’habits et mes fioles qui habituellement abritaient des herbes ou des essences possédant quelques vertus médicinales étaient quasiment toutes vides. Les temps avaient été durs et aucune escale n’avait eu lieu dans un environnement propice au ramassage des précieux végétaux. Pendant ce temps là, le bateau avait viré et filait à bonne vitesse vers l’île d’où nous nous étions échappés vivants d’extrême justesse quelques mois plus tôt. Je m’étais alors assise à la proue du navire, fermant les yeux et laissant mon corps danser avec le vent.

Au bout de quelques jours et grâce à de très bons vents, nous pûmes apercevoir les contours de Reilor. L’Opale avait alors décrit un large détour pour passer au nord de l’île. Kaplen s’était approché de moi et avait laissé ses yeux se perdre dans l’horizon.

- Je te suis. Nos buts sont dissemblables mais tu devras me supporter. Qui sait, peut-être arriveras-tu à apprendre deux ou trois choses en ma compagnie…

Un léger sourire flottait sur ses lèvres.

- Mais tu parles trop.

Il s’était éloigné calmement, me laissant à mes pensées.
Quelques heures plus tard, nous avions débarqué au niveau de la ceinture de Brendian. Après un dernier retard au navire qui s’éloignait sous la garde de Navid, un jeune pirate dont la volonté et la témérité atténueraient son manque d’expérience. Pampelune resta un long moment à la proue, Keinvor dans ses bras, avec des yeux pleins d’incompréhension et de tristesse.


Nous étions déjà au crépuscule, et nos ombres allongées nous précédaient dans notre ascension des montagnes. Le chemin était heurté mais j’étais tellement heureuse de retrouver le sol sous mes pieds que je ne m’en plaignais pas le moins du monde. Enfin, je n’étais plus restreinte aux limites d’un navire ! Le cœur en fête, je me délectais à la vue des cimes des arbres qui ondulaient gracieusement au gré du vent et savourais la sensibilité de mes pieds qui me permettait de sentir chaque minuscule caillou présent sur la route sans pour autant ressentir de douleur. A mes côtés, Kaplen avançait avec un air bougon, me jetant fréquemment des regards irrités. Je devais bien avouer que j’agissais de manière très puérile, virevoltant dans toutes les directions, faisant des acrobaties tous les dix mètres, profitant du moindre arbre pour y grimper et m’y suspendre.

Au bout d’un moment, les regards courroucés de Kaplen ne me firent plus ni chaud ni froid. Un immense sourire barrait mon visage et ma joie était inaltérable. Le jeune-homme s’en rendit compte et finit par s’arrêter.

- Stop. Je veux bien être gentil, mais là il y a des limites !
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*Humain*

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Sam 07 Jan 2012, 23:11

Kaplen avait beaucoup de mal à se remettre de ses blessures. L'infection avait prit beaucoup de ses forces et le reste de ses maigres réserves. Il avait du refaire des trous dans sa ceinture et ses chemises tombaient sur ses épaules comme jamais auparavant.
Il savait que si Niüna n'avait pas été là, il n'aurait certainement pas survécu et la septicémie l'aurait emporté. D'un certain coté, il se sentait extrêmement redevable envers la jeune elfe. C'était de sa faute s'il avait failli y passer et elle lui avait fait comprendre sans prendre de gants. De fait, il se savait incapable de la remercier. Il fallait dire qu'une telle chose ne lui serait même pas venue à l'esprit.
Le jeune homme avait mis plusieurs jours avant de pouvoir bouger de son lit, et plusieurs semaines avant de pouvoir marcher sur le pont sans avoir besoin de s'agripper aux cordages. Chaque changement de cap, chaque vague que l'Opales affrontait de front... Le déséquilibraient d'une façon qu'il n'aurait cru possible. Jamais il n'aurait cru le bordage du pont aussi traître.

Pampelune le traitait avec plus d'amour et de compassion que jamais, elle l'accompagnait lors de ses sorties sur le pont, faisant office de béquille les premiers jours. Et tandis que le jeune capitaine reprenait peu à peu des forces physiques, elle s'occupait de Keinvor. Niüna était d'une grande aide pour elle et les deux jeunes femmes restaient souvent entre elles, même si la jeune elfe semblait de plus en plus lunatique.
Même s'il restait faible physiquement, Kaplen pouvait continuer à gérer son équipage comme s'il ne s'était rien passé. Le faible nombre d'hommes n'était que criant sur le pont, et ils avaient rarement de quoi s'ennuyer. Le jeune homme avait rapidement fait le tour de son équipage et avait désigné le jeune Navid comme second. C'était un bon marin, très mature pour son âge, même s'il manquait d’expérience, mais il ne voyait personne d'autre à ce post désormais. Et puis il semblait bien s'entendre avec Unded qui restait rétif au travail, même si Kaplen l'avait posté à la timonerie à ses cotés. La mâture et la coque réparés, l'Opale voguait déjà beaucoup mieux. Elle gîtait moins lorsqu'il y avait un peu de mer et se manœuvrait avec plus de facilité, répondant beaucoup mieux aux commandes. Cependant les dégâts demeuraient présents et par gros temps, les manques se faisaient sentir.

Quelqu'un frappa à la porte de la cabine. Kaplen releva les yeux de ses cartes et de ses comptes puis se passa une main distraite sur le visage.
-Oui?
La porte s'ouvrit et laissa entrer Niüna. Il faisait nuit, et le jeune homme n'avait allumé qu'une simple lanterne si bien qu'il distingua plus qu'il ne vit entrer la jeune elfe. Ses longs cheveux blonds brillèrent un instant lorsqu'elle passa devant la lanterne puis disparurent dans la nuit.
-Je pars.
Pas un mot, pas un geste de plus. Je pars. Le jeune capitaine reposa doucement le parchemin qu'il tenait dans sa main et posa sur Niüna un regard emplis de surprise. Elle partait? Mais où, quand... Que voulait-elle dire par là?
Le jeune homme se rappela l'elfe qui découvrait les hommes et les bateaux sur la plage lorsqu'ils s'étaient échoué après la tempête. Il s'était passé beaucoup de choses depuis ce temps là. Il baissa le regard sur sa lanterne dans laquelle dansait une petite flamme excitée par ses propres mouvements puis releva la tête. Il connaissait désormais assez bien la jeune elfe pour savoir que quelque chose clochait.
-Que cherches-tu, Niüna ?
-Des réponses sur la vie, sur le fonctionnement de notre monde et des êtres qui y habitent. Nos possibilités d’actions sur cette terre, l’accomplissement de nos êtres, l’expression de nos facultés physiques et mentales, notre épanouissement. Je veux parcourir des terres inconnues et découvrir leurs moindres secrets, partager le quotidien des animaux et accroitre ma perception de notre environnement, chercher les autres peuples qui vivent ici et là et m’enrichir à leurs côtés.
Jouer avec le vent, discerner les limites de nos esprits et de la science pour mieux les repousser.
Déchiffrer tous les mystères qui règnent tout autour de nous, et me rendre maitre de mon existence…

Long discours. Kaplen avait tout écouté... Mais pas vraiment tout saisi. C'était bien présomptueux de sa part de vouloir autant de chose, mais d'un autre coté, il sentait que cela était inhérent de la façon de vivre et de la culture de Niüna. Il songea un instant que jamais il n'aurait pensé comme cela quelques années en arrière, voilà qu'il devenait philosophe! Un mince sourire étira ses lèvres avant que la jeune elfe ne le coupe dans sa rêverie.
-Je me rends au Pic de Rei Dên
Lan rei, les montagnes. Ainsi elle voulait qu'il fasse demi-tour et retourne sur cette île maudite?

-Et maintenant que tu me donnes des ordres. Peut-être veux-tu aussi ma place?
Mais il n'y avait plus personne devant le bureau. Plongé dans ses propres réflexions, le jeune capitaine n'avait pas entendu Niüna partir. Pourquoi cherchait-elle à retourner à Lan rei? Et par quel miracle avait-elle apprit l'existence de ces montagnes?
Montagnes.... Montagnes! Mais bien sur! Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt? Où seraient-ils le plus en sécurité sinon non loin de Reilor mais cachés, protégés par ces grandes chaines rocheuses qui filtraient les hommes et les nouvelles?
Ils pourraient ainsi faire relâche quelques temps histoire de faire de l'eau, de finir les réparations et de se reposer. Oui, ce n'était pas une si mauvaise idée finalement.

La décision était prise, et le jeune homme avait donné ses ordres à son équipage qui s'était exécuté sans l'ombre d'une hésitation. L'Opale avait changé de cap et était repartie en direction du nord-est. Ils avaient contourné Lan rei de très loin, invisibles depuis la côte, et n'empruntant que des routes maritimes désertées. L'invisibilité se payait, et il fallait pour cela slalomer entre les écueils.

Kaplen se redressa en poussant un petit grognement de douleur. Sa blessure s'était transformée en cicatrice, mais il savait que les réparations n'étaient encore que superficielles et qu'il ne suffirait pas de grand chose pour que la plaie se rouvre. Les tisons de la jeune elfe avaient aidé à ses tissus de rester sains, mais ils avaient tiré sa peau si bien qu'à chacun de ses mouvements il avait l'impression que le trait rougi qui défigurait sa poitrine allait se déchirer.
Il venait de faire un brin de toilette, bien conscient qu'il devait plus que jamais faire attention à sa propre hygiène tant qu'il n'était pas certain que la blessure n'était plus qu'un affreux souvenir. Le jeune homme avait attaché ses cheveux épais et sombres en queue de cheval et avait tenté de se tailler la barbe. Mais voyant le résultat, il avait prit son courage à deux mains et avait décidé de se raser complètement. C'était long, mais nécessaire il s'en rendait compte désormais.
Ce que lui renvoya le miroir n'était pas très flatteur. Kaplen semblait avoir prit dix ans et avoir retrouvé sa silhouette d'adolescent décharné, tout en bras et en jambes. L'infection ne l'avait vraiment pas épargné et il fallait absolument qu'il trouve un moyen de se remuscler. Moyen qui ne manquait pas sur le pont... Mais il y avait encore et toujours cette blessure! Ah qu'il avait été bête de se laisser aller! Il le regrettait réellement.

Le jeune capitaine avait retrouvé Niüna sur le pont qui se tenait à la proue du bateau, les mains posées sur le bastingage.
-Ok c'est bon... On va aller là où tu veux, même si tu ne m'as ni demandé si j'étais d'accord, ni demandé rien d'autre d'ailleurs... Et je te suis. J'ai besoin d'un peu d'exercice et je pense que marcher me fera du bien. En puis s'il m'arrive quelque chose... Je t'aurais toujours sous la main pour me réparer!
Il esquissa un sourire avant de reprendre:
-Mais tu parles trop.

Le jeune homme avait parfaitement calculé la route. Les écueils et Reilor n'étaient plus que de vieux souvenirs et les immenses pics blancs de la ceinture de Brendian s'élevaient désormais devant eux. Si le pic de Rei Dên ressemblait à une canine géante et effilée, les autres montagnes, plus âgées, promenaient leurs silhouettes massives comme une couronne immaculée. Kaplen avait laissé les rênes de l'Opale à Navid et s'en était allé avec Niüna.

Le jeune elfe débordait d'énergie. Kaplen lui avait montré le chemin à suivre pour atteindre le pic. Il lui avait expliqué qu'ils mettraient certainement plusieurs jours pour atteindre simplement le pied de la montagne, mais cela n'avait pas semblé perturber Niüna. Le jeune elfe marchait d'un pas vif et Kaplen l'avait tout d'abord laissé faire. Il avait perdu beaucoup de souffle mais cela reviendrait il le savait. Puis lorsque cette dernière s'était mise à faire des bonds devant et autour de lui, à sauter sur les arbres alentours, à virevolter dans toutes les directions comme un singe, il avait rapidement mis un terme à ses sauts de joie.
-Stop. Je veux bien être gentil, mais là il y a des limites !
Niüna s'était arrêté à coté de lui. Tandis qu'il tentait de reprendre sa respiration, elle ne semblait même pas essoufflée de tous ses sauts de cabri. Le petit sourire qu'elle gardait plaqué sur ses lèvres était peut être le plus agaçant.
-ça se voit que tu es contente de sortir, parfait. Mais calmes-toi! De un, je ne peux pas te suivre à une allure pareil. Tu devrais le savoir pourtant, tu te dis guérisseuse! De deux, franchement, c'est chiant de te voir sauter comme un mouton de tous les cotés. Si ça te manquait tellement de faire le singe, pourquoi est-ce que tu ne te suspendait pas aux cordages? Courir et escalader la mâture revient au même. Et puis merde! Tu n'es plus une gamine si? Peut être ai-je trop présumé de toi finalement...
Le sourire de Niüna avait disparu de son visage et était remplacé par une moue d'incompréhension. Il faisait nuit désormais, et le chemin disparaissait sous les taillis de plus en plus fournis. Le jeune homme lança un regard autour de lui. La température baissait et baisserait de plus en plus qu'ils s'approcheraient de la montagne. Il se retourna pour essayer de calculer la distance parcourue.

-Montons le bivouac ici. Nous continuerons demain. Je suis fatigué et j'ai faim.
Et voila comment s'était terminée la soirée. Assurément pas comme Niüna l'aurait voulu visiblement. La jeune elfe ne prononça pas un mot de la soirée, s'enfermant dans une attitude puérile qui agaça rapidement Kaplen. Mais qu'avait-elle depuis qu'elle était descendue du bateau? Elle se comportait comme une enfant alors qu'il avait l'impression d'être enfermé dans le corps d'un vieillard. L'après-midi de marche avait tiré sur la cicatrice et il mesurait chacun de ses gestes. Il sentait que ses muscles allaient le tirer le lendemain matin.

Et il ne se trompa pas. Lorsqu'il se réveilla, le soleil n'était pas encore levé. Il faisait frais, mais ce n'était pas un froid mordant. Niüna était déjà debout et cuisinait tranquillement. Elle n'adressa pas un regard à Kaplen qui se leva doucement et se dirigea à pas comptés dans sa direction.
-Bonjour. Lança t-il, conscient qu'il avait peut être été un peu dur la veille au soir.
Il se servit de l'eau chaude et l'accompagna des plantes à tisane que la jeune elfe avait cueillies quelques temps plus tôt. Le breuvage brûlant lui fit beaucoup de bien et réchauffa ses muscles raidis par le sommeil et l'inactivité. Il sortit un morceau de poisson séché de son paquetage et l'avala sans rien dire. Niüna finissait des petits biscuits au miel. Le jeune homme rangea rapidement ses affaires et passa une veste fourrée par-dessus sa chemise. Il sortit également une paire de gants et un bonnet qu'il passa. Lorsque la jeune elfe fut également prête, ils repartirent sans un mot sous le soleil levant.
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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Dim 08 Jan 2012, 02:52

-ça se voit que tu es contente de sortir, parfait. Mais calmes-toi! De un, je ne peux pas te suivre à une allure pareil. Tu devrais le savoir pourtant, tu te dis guérisseuse! De deux, franchement, c'est chiant de te voir sauter comme un mouton de tous les cotés. Si ça te manquait tellement de faire le singe, pourquoi est-ce que tu ne te suspendait pas aux cordages? Courir et escalader la mâture revient au même. Et puis merde! Tu n'es plus une gamine si? Peut être ai-je trop présumé de toi finalement...

Non mais pour qui se prenait-il ?! Je stoppais net, saisie. Personne ne lui avait demandé de m’accompagner ! Il s’était invité tout seul, m’imposant sa présence, et à présent il voulait contrôler mes gestes ! Pinçant les lèvres, je décidais de rester silencieuse… pour le moment. D’ailleurs, il faisait nuit noire et nous n’allions pas pouvoir continuer notre ascension pendant longtemps…

-Montons le bivouac ici. Nous continuerons demain. Je suis fatigué et j'ai faim.

Un sourire ironique sur les lèvres, je posais mes effets au pied d’un arbre et partais à la recherche de quelques baies comestibles, laissant le soin à mon « guide » ronchon de ramasser du bois pour allumer un feu. En revenant quelques minutes plus tard, je constatais qu’il n’avait pas bougé, se contentant de m’attendre. Sans mot dire, je lui tendis donc sa part et montais me percher dans un arbre pour la nuit. Si le jeune-homme avait décidé d’être insupportable, qu’il le reste mais tout seul ! Ses blessures étaient assez bien refermées pour résister aux efforts physiques, et bien que je soupçonnais que ses cicatrices tirent quelque peu, ce n’était en rien une raison pour adopter un tel comportement. De toute manière, il était grand temps que le jeune homme remuscle son corps : sa maladie l’avait laissé cadavérique et il n’avait plus aucune condition physique. Toujours était-il qu’il avait décidé de se joindre à elle et qu’il n’avait qu’à assumer les conséquences de ses décisions. Il était hors de question que je me compose une mine malheureuse dans un semblant de compassion ! Dans tous les cas, se complaire dans sa douleur n’était sûrement pas la solution. Et puis j’avais un tel sentiment de liberté, d’irréprimables fourmis dans les jambes… hors de question que je les ignore !

Le lendemain matin, je me réveillai avant Kaplen et en profitai pour allumer un petit feu et cuisiner les œufs que j’avais trouvés la veille. Lorsque le jeune homme s’éveilla, il s’étira avec précautions avant de se diriger en clauquediquant vers moi. Sa démarche était raide et la dureté du sol n’avait pas arrangé ses courbatures de la veille. Cela n’allait pas arranger son humeur… la journée s’annonçait bien longue !

-Bonjour.

Je ne répondis rien et le laissai se servir de l’eau et se concocter une tisane. Le breuvage sembla lui faire du bien, et je sentis avec plaisir ses muscles se décontracter peu à peu. Après s’être restauré, il revêtit un bonnet et des gants pour mieux se protéger contre la brise glaciale insidieuse qui nous harcelait depuis quelques heures.

Nous nous mîmes rapidement en route sans prononcer le moindre mot. Le soleil monta progressivement dans le ciel et réchauffa quel que peu l’air ambiant. J’observais avec plaisir ses rayons se refléter sur mes bras et scintiller sur les feuilles. La nature était magnifique, mais le silence maussade de Kaplen me pesait énormément. Aux alentours de midi, nous ralentîmes d’un accord tacite afin de se restaurer. Kaplen en profita pour s’assoir et étendre ses jambes avec un soupir de satisfaction. Il gardait toutefois un regard fuyant et buté et la bouche close. A la fin du repas, n’y tenant plus, je décidais de prendre le taureau par les cornes et prit une voix calme mais implacable.

- Lorsque je t’ai annoncé mon départ, je ne t’ai rien imposé. Tu pouvais me déposer où tu voulais, même dans une barque quelconque et je me serais débrouillée. Tu n’es pas le propriétaire du seul navire qui navigue ici. Non, tu as décidé de m’imposer ta présence et de m’accompagner. Soit, après tout pourquoi pas. Mais je n’ai pas quitté l’Opale pour me déplacer en compagnie de quelqu'un qui boude et noircit l’atmosphère. Je perçois ta douleur physique. Mais ce n’est pas une raison pour te montrer désagréable, tu es le seul responsable de ce qui arrive. Alors nos chemins se séparent ici. Avance à ton rythme, prends le temps qu’il te faut, vas où tu veux. Mais ne reportes pas ta mauvaise humeur sur moi, et surtout ne m’impose pas tes choix. Je ne suis pas sous tes ordres.

Je me levais d’un bond et le regardai droit dans les yeux, d’un air amical.

- J’ai été ravie de te connaitre. Peut-être nos chemins se recroiseront-ils… Bonne route, Kaplen !

Avant qu’il ne puisse ouvrir la bouche, j’empoignais mon sac et bondis vers l’arbre le plus proche. Je l’escaladais vivement et disparus rapidement dans les feuillages, enfin seule avec moi-même, en parfaite communion avec la nature. Je connaissais la direction à prendre et avançais assez vite, tantôt dans les airs tantôt sur la terre. Leiko me rejoignit assez vite, ravi de se retrouver de nouveau avec moi et nous nous lançâmes dans un jeu qui pouvait paraitre puéril mais qui n’était que communion et partage. Un large sourire me barrait le visage et je pus retrouver tout le plaisir de nos courses poursuites de branches en branches. Cela faisait si longtemps que j’avais été restreinte à un simple mat de bateau…

Au bout de quelques heures, je ralentis quelque peu et repris une progression calme. Attentive aux moindres bruits, je me déplaçais autant que possible à couvert et profitais de mes moments au sol pour détendre mes jambes. La nuit arriva trop vite à mon goût et je décidais de poursuivre mon chemin à la lueur de la lune.
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*Humain*

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Lun 09 Jan 2012, 00:33

-J’ai été ravie de te connaitre. Peut-être nos chemins se recroiseront-ils… Bonne route, Kaplen !

Hey bien! Au moins ça avait le mérite d'être clair. Le jeune homme n'eut même pas le temps d'imaginer une réponse que Niüna avait disparu.
-Bon débarras... Murmura t-il en se mettant en route.
Il grimaça en se rendant compte à quel point il était raide. Il marcha à son rythme toute la journée, se demandant souvent s'il ne valait pas mieux pour lui de faire demi-tour. La région n'était pas particulièrement agréable et tranquille, et il savait que pour le moment, son sabre accroché à sa ceinture servait plus de décoration qu'autre chose. Mais non, il continuait.

Rapidement, la température chuta si bien qu'il enfonça son bonnet sur sa tête et souleva le col de son manteau. La neige ne tarda pas à apparaître. Elle tapissait le sol de façon irrégulière, laissant voir des parterres d'herbes et de petits buissons rabougris et brûlés par le froid.
A un moment, Kaplen se demanda ce que pouvait bien faire Niüna. Puis il esquissa un sourire. Faire le singe bien sur! Doucement, tandis qu'il réfléchissait, il se rendit compte que'il avait laissé de coté le fait que la jeune elfe était bien plus jeune que lui. Et pas seulement en âge, car c'était une elfe, et chez les elfes, avoir 19 ans était un petit peu comme avoir 10 ans chez les humains. Elle était en train de découvrir le monde qui l'entourait, et voilà comment il l'a traitait.
Une gamine, rien d'autre. Une gamine super intelligente et super suffisante. Ha qu'aurait-il donné pour pouvoir retourner quelques années en arrière, lorsqu'il était seul capitaine de son navire avec son équipage entier, son second en vie, qu'il traitait tranquillement grâce aux accords de son père adoptif, et qu'il se faisait plaisir. Filles, drogues, alcool, argent... Tout cela était terminé et enterré. Et voila que Niüna l'avait rembarré sans remords et s'était enfuie comme une gamine.

Le jeune homme soupira et décida de s'arrêter. Le soleil était en train de passer par dessus la montagne qui ne tarderait pas à baigner toute la vallée de son ombre. Kaplen s'installa tant bien que mal dans la neige. Il chercha du petit bois pour allumer un feu qui, il l’espérait, le réchaufferait, et finit ses dernières provisions. Bien sur, il n'avait même pas assez à manger! Pas d'argent et rien à manger... Rien à boire non plus se dit-il lorsqu'il sortit sa gourde de son sac. L'eau était gelée et il décida de la faire chauffer et de l'accompagner des herbes à tisane que Niüna avait cueillies le matin même et dont il s'était servi lorsqu'elle était partit.
-Il faudra chasser demain... Se dit-il à lui même en soupirant. Ses muscles étaient beaucoup moins raides de sa journée de marche, mais sa cicatrice le tirait toujours de façon très désagréable. Au moins, il faisait beau, se dit-il en s'endormant.

Raté. Ce fut l'humidité ambiante qui le réveilla. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il se rendit compte que sa tente prenait l'eau et qu'il n'allait pas tarder à être lui-même trempé.
Kaplen se redressa en grimaçant, ses muscles lui en voulaient toujours. Il se leva doucement et à gestes mesurés et décida d'aller voir comment se présentaient les choses dehors. A peine rabatit-il la toile de sa tente qu'une rafale de neige vint lui mordre le visage.
Soupirant, il referma le battant et décida de se rhabiller rapidement. Il fallait ranger les affaires le plus vite possible pour que l'eau n'ait pas le temps de s'y infiltrer de trop.
Le jeune homme jeta un regard désolé sur les restes de son feu, qui disparaissaient sous la neige et sur son garde-manger vide. Oui, il fallait qu'il chasse. Mais qu'allait-il bien pouvoir chasser par un temps pareil?

On avait beau dire, patauger dans la neige fondue n'avait rien de très agréable. Kaplen remerciait quand même ses bottes en peau de phoque: huilées et fourrées, elles étaient imperméables et le protégeaient de la morsure du froid et de l'humidité. Le jeune homme avait l'impression d'avancer à deux à l'heure. Il devait lever haut les genoux à chaque pas ou bien pousser contre les centimètres de poudreuse qui s'amoncelaient de plus en plus si bien qu'il en avait désormais jusqu'aux genoux. Limite de ses bottes, se dit-il en soupirant.
Il faisait de plus en plus froid, et la neige était dure et cristalline. Kaplen se dit que le seul point positif de ces températures, est qu'il ferait bientôt trop froid pour qu'il continue de neiger, et qu'il pourrait alors de nouveau marcher sans avoir à fermer les yeux à chaque pas. Les flocons, légers et aériens, se posaient sur son visage sans ménagement. Ils se prenaient dans ses cheveux, et fondaient sur son nez en dégouttant de façon horriblement désagréable.

Le jeune capitaine avait raison. Rapidement, les températures devinrent trop basses et la neige arrêta de tomber. Le chemin devint plus abordable, la neige était plus compacte sur le sol et il fallait parfois faire un détour autour de plaques des verglas, mais c'était beaucoup plus agréable que de devoir lutter contre cet élément humide et glacé à la seule force des mollets.
Un bruit attira l'oeil du jeune homme qui se tourna précipitamment et aperçu un groupe d'étranges chèvres en train de brouter un peu plus bas dans la vallée. Les animaux réveillèrent la faim qui le tenaillait depuis son réveil et il décida de tenter sa chance.
Kaplen sortit un petit grappin de son sac. L'objet, bien aiguisé, était terminé par une corde longue et solide qui lui permettait de garder la prise sur les animaux. C'était un outil qui servait initialement à chasser les petits mammifères marins et les gros poissons. Mais le jeune homme s'était rapidement rendu compte qu'avec un peu d'adresse, on pouvait aussi attraper des oiseaux et des petits mammifères. Il s'approcha doucement du troupeau. Les animaux n'étaient pas bien gros et la viande serait certainement dure, mais c'était de la viande. Certains étaient concentrés sur leur maigre repas tandis que d'autres, plus en périphérie, semblaient garder un oeil sur la forêt alentour.

Kaplen sortit de sa cachette. Les animaux levèrent la tête et s'enfuirent en bondissant. Ils étaient rapides et adaptés à la vie en montagne. Leurs petits sabots coupé en deux leur permettait une excellente assise et une adhérence bien meilleure que celle du jeune homme sur les roches glacées et maculées de neige. Le jeune capitaine trébucha une première fois puis finit par s'étaler sur un nid d'aiguilles de conifères qui se collèrent à son visage et à ses vêtements. Jurant, il se releva le plus vite possible et s'élança de nouveau à la suite des petits caprins.
Rapidement, il se rendit compte qu'il ne pourrait jamais les rattraper. Il ne courrait pas vite, gêné par son paquetage et par son corps qui avait perdu toute endurance et rapidement il haleta comme un chien.

Il allait abandonner lorsqu'il se rendit compte que le troupeau l'avait perdu de vue. Les animaux s'étaient arrêtés et regardaient autour d'eux. Il devait saisir sa chance. Reprenant son souffle, il s'élança de nouveau entre les arbres en faisant tourner son petit harpon. Et la chance fut avec lui. Les petites chèvres ne l'entendirent pas tout de suite, si bien qu'il était parvenu à attraper l'une d'entre elles lorsqu'elles prirent de nouveau la fuite. En sueur, haletant, il s'arrêta devant l'animal qui se débattait. Le harpon était entré dans son ventre, et la chèvre était tombée en essayant de s'enfuir.
Kaplen se laissa tomber à genoux et porta tout son poids sur la tête de l'animal pour l'immobiliser. Il sortit sa dague d'une main et égorgea froidement et rapidement la bête.
Il avait à manger!

Le jeune homme se dépêcha d'ouvrir l'animal et de le dépecer. Il enterra les parties qui ne l’intéressaient pas et découpa le reste avec une aisance due à l'habitude. Lorsqu'il leva la tête, il se rendit compte qu'il n'allait pas tarder à faire nuit et qu'il avait perdu le chemin.
-Et merde.
Comme il l'avait prévu, la chaire de l'animal était maigre et il n'y avait pas grand chose à manger à part au niveau des gigots et de la poitrine. S'il parvenait à remonter jusqu'au chemin avec toute la viande, il pourrait faire un feu et sécher le maximum de viande. Il reposa donc les morceaux dans la peau de l'animal et décida de suivre ses pas en contre-sens.
Lorsqu'il parvint à nouveau sur le chemin, il faisait grand nuit.

Trouver de quoi faire du feu et installer la tente dans le noir n'était pas des plus agréables, mais il finit par y arriver. Plantant un morceaux de viande sur un piquet, il la laissa longuement cuir tandis qu'il coupait des petits morceaux pour les sécher. Cela fait, Kaplen mangea tranquillement cette viande un peu dure et plaça les autres morceaux à sécher. Il savait qu'il devrait rester éveiller pour les surveiller s'il voulait qu'il lui reste de quoi manger au petit matin. Attisant le feu, le jeune homme passa une nuit calme mais fraîche. Si des animaux avaient sentis son butin, ils n'avaient pas osé s'approcher.

Avant l'aube, il plaça ses morceaux de viande séchée dans son paquetage et décida de marcher un peu avant de trouver un endroit assez éloigné de son dernier feu et des derniers relents de viande pour dormir. Il faisait jour lorsqu'il trouva une petite plateforme protégée des intempéries et qu'il s'y installa, las et perclus de courbatures.



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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Mer 18 Jan 2012, 18:48

Spoiler:
 

Un pas après l’autre, avancer. Un jour après l’autre, s’oublier. Des jours, des jours et des semaines que Kaleya laissait son esprit bercé par les battements réguliers de son coeur, son souffle. Le regard noyé par la lumière, les oreilles emplies du rugissement permanent de la vie, parfois imperceptibles, toujours assourdissant. L’esprit perdu dans ses propres méandres, entravé par sa propre volonté de ne plus réfléchir. Elle ne savait plus où elle en était, elle ne savait plus où elle allait.

Combien de temps ? Combien de temps avait donc passé depuis qu’elles avaient atteint la frontière, Balsa et elle ? Elle en avait perdu la notion, au fil des montagnes qui avaient défilé sous ses yeux, au fil de la terre que ses pieds foulaient, seconde après seconde. Parfois, la conscience lui revenait brutalement, la laissait égarée face à l’abîme qui s’était peu à peu creusée en elle et qu’elle ne comprenait pas. Qu’est-ce qui la laissait si désemparée, si... vide ? La solitude ? C’était ridicule, elle avait vécu seule pendant si longtemps. Et pourtant, elle réalisait que la présence de Balsa lui manquait. Elles avaient passé des semaines à vivre ensembles, et leur amitié s’était renforcée au point de lui avoir donné l’impression d’avoir... une famille ? Oui, cette impression lui manquait. Elle, la solitaire endurcie, avait peu à peu délaissé une part de son ancienne sauvagerie pour redécouvrir l’amitié, le plaisir de la discussion. Le plaisir du silence partagé, aussi. Elle aurait aimé revoir tout le monde. Ses amis, abandonnés à Reilor... Une pointe de culpabilité venait se ficher en elle à chaque fois qu’elle y réfléchissait. Elle n’avait pas eu le temps de les prévenir, avant de partir... tout s’était décidé si vite. Où étaient-ils ? Etaient-ils donc parti à l’assaut de Lan Rei Ouest comme ils l’avaient prévu ? Elle priait souvent pour qu’ils aient abandonné cette idée sans quoi... sans quoi ils ne pouvaient pas avoir survécu. Maintenant qu’elle était allée jusque là-bas, elle ne pouvait plus se permettre d’espérer. Avoir survécu à leur rencontre pour le moins étrange en Lan Rei Ouest était d’ailleurs un miracle. Même si elles avaient échoué. Ce qui avait suivi ne demeurait qu’une succession d’instants déchirés, tourbillonnant dans sa mémoire. La confusion engloutissait tout. Elles avaient fui, loin, le plus loin possible, de ça elle s’en souvenait. Elles ne savaient pas où elles allaient. Balsa s’était assombrie, et le silence chaleureux qui avaient accompagné leurs pas jusque-là s’était alourdi. Elles avaient finalement décidé de se séparer. Avec l’espoir de se revoir, avec l’espoir de survivre, aussi. Cela n’avait pas été facile. Elle se demandait souvent ce que faisait son amie, perdue au milieu de nul part.

Mais perdue au milieu de nul part, elle l’était aussi. Avec le sentiment étrange d’être revenue au point de départ, livrée à elle-même, sans repère. Elle marchait tous les jours jusqu’à ce que son corps épuisé l’oblige à s’arrêter. Elle oubliait parfois qu’il lui fallait se nourrir et lorsqu’elle s’en souvenait, la chasse n’était pas toujours fructueuse. La faim la tenaillait. Elle ne rencontrait personne. Il n’y avait rien. Rien d’autre qu’elle, face à la puissance de la nature. De temps en temps, elle avait cru voir des habitations, des villages qu’elle avait soigneusement évités. Pourquoi ? Elle l’ignorait elle-même. Puisqu’elle ignorait où aller, peut-être aurait-elle pu se chercher un but ailleurs. Se construire une nouvelle vie. Parfois, l’idée l’effleurait, fugace, presque tentante. Mais elle la balayait rapidement, préférant le néant à ce rêve qui ne lui semblait définitivement pas approprié. Alors ? Retrouver l’esprit de vengeance qui l’avait animée, longtemps ? Retrouver le sang et la violence ? Non plus. Elle ne voulait plus de cette vie-là qui ne menait qu’à la destruction. Même si souvent, une voix presque animale dans sa tête lui rappelait que le plaisir pris à dominer l’adversaire, à jouer avec lui, à décider de sa vie ou de sa mort, restait inégalable. C’était faux, elle le savait bien, oui, elle le savait bien, mais cela lui rappelait toujours le passé qui la poursuivait, la violence qui jamais ne pourrait totalement se détacher d’elle. Mais cette violence ne répondait pas à sa question. En l’absence de réponse, elle continuait donc donc plein est, en direction de Reilor sans bien même être certaine de vouloir y retourner.

Elle soupira, revint à la réalité et s’immobilisa un instant pour observer son environnement. Au moins, les arbres, les rochers, restaient-ils semblables, eux. C’était devenu ses seuls repères, avec la course du soleil et des étoiles dans le ciel. Elle n’avait pas vraiment réalisé que la nuit était tombée tant la Lune brillait, éclairant le paysage d’une lumière argentée qui découpait les cimes des montagnes pour mieux laisser dans l’ombre des parts entières du monde. Avec un sourire ironique, Kaleya constata qu’elle s’était arrêté en plein milieu d’une zone que la lumière n’atteignait pas, au couvert des arbres qui parsemaient les pentes de la montagne. Amusante coïncidence. Elle soupira encore une fois, plus profondément pour mieux détendre son corps épuisé par la longue marche qu’elle lui avait imposée. Ses épaules craquèrent, ses mâchoires se décrispèrent. Elle était fatiguée, mais elle savait que le sommeil se refuserait à elle tant qu’il lui resterait de l’énergie. Elle s’apprêtait à reprendre la route lorsqu’un bruissement attira son attention. Prudente - les animaux sauvages n’étaient pas tous pacifiques - elle tira silencieusement ses lames et se força à l’immobilité. Mais elle n’avait pas été discrète du tout jusque-là et elle songea soudain que cette précaution était inutile : elle avait été entendue, comme semblait l’indiquer la légèreté du pas de la créature qui passait non loin d’elle. Le souffle court, Kaleya attendit donc, toujours sans esquisser un geste, espérant que l’animal, si c’en était un, n’était pas un prédateur. Elle ne tenait pas à se battre, ce soir. Pourtant, lorsqu’une silhouette humaine se profila dans la pénombre, un sursaut lui échappa et l’instinct de bête traquée prit un instant le dessus sur sa raison : elle bondit en avant, prête à transpercer l’inconnu de ses lames sans plus se poser de questions. Mais sous l’influence de la pensée fulgurante qui traversa son esprit, lui rappelant qu’elle risquait bien de tuer un innocent, elle suspendit son geste et recula de quelques pas pour considérer la situation. Qui, lorsqu’elle prit le temps d’observer celle qui lui faisait face, lui apparut dans toute son étrangeté. Malgré l’obscurité, il n’était en effet pas difficile de reconnaître la jeune elfe au regard empli de détermination et d’une soif de découvertes sans borne...


« Niü...?» lâcha-t-elle d’une voix incrédule.

En était-elle arrivée à un tel degré de solitude qu’elle rêvait éveillée ? Se pouvait-il que l’elfe ne soit qu’une illusion ? Quelle autre explication s’offrait à elle pour expliquer la présence de son amie ici, au milieu de nul part, et la coïncidence extraordinaire de leur rencontre ? Et pourtant, il ne faisait aucun doute qu’elle était bien présente, et que la surprise que Kaleya percevait sur son visage n’était pas feinte.

Elle aurait voulu la prendre dans se bras, rire, lui parler, dire... n'importe quoi... mais rien ne lui venait et elle parvint juste à laisser transparaître un sourire égaré sur son visage, une étincelle interrogatrice dans le regard.

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Mar 14 Fév 2012, 02:31

Spoiler:
 

Les journées passaient à une allure folle. J'étais émerveillée devant la beauté du monde qui m'entourait. Les arbres abondaient et m'offraient un terrain de jeu privilégié. Je découvrais chaque jour de nouvelles espèces animales, et leurs particularités m'apprenaient beaucoup sur l'environnement dans lequel j'évoluais. Leurs poils longs laissaie,t présager des hiver rudes, et j'en frémissais à l'avance. La pluspart d'entre eux étaient des êtres assez fuyants, comme l'indiquait la position de leurs yeux : nettement sur les côtés. Il y avait donc un ou des prédateurs très dangereux dans les environs. Tout cela ne me disait rien qui vaille... Mais pour le moement, je jouissais de chaque instant, m'imposant uniquement de ne pas me mettre trop en danger. La solitude commençait tout de même à me peser, et les échanges que j'avais avec les différents êtres vivants de la forêt ne me suffisaient pas. Il était temps que je rencontre un peuple humanoïde...

Tout à mes pensées, je fus complètement prise au dépourvue lorsqu'une ombre humaine m'engloutit et qu'un individu se projeta en avant... Réprimant un hoquet de surprise, je me mis immédiatement en position de défense, et essayai d'analyser la situation. Ramassée au sol et prête à passer à l'attaque, une neiko se tenait devant moi. Son visage était fermé et extrêmement dur. Elle tenait fermement des lames dans ses mains, et sa garde parfaite indiquait qu'elle savait exactement s'en servir... Et qu'elle n'hésiterait pas un seul instant.

Extrêmement concentrée, je me figeais et tentais de me remmémorer les quelques techniques de combat que Kaleya m'avait apprises avant de quitter l'Opale. Faible consolation, surtout après avoir vu ce que les personnes de son espèce étaient capables d'accomplir, mais dans des moments tels que celui-ci, on se rattachait à ce que l'on pouvait...Ma seule chance résidait en le fait que mon adversaire s'attendait sans doute à rencontrer une elfe pacifiste sans aucune technique en cas de lutte raprochée... Là était ma seule chance : Si elle ne se méfiait pas, j'aurais peut-être la possibilité de porter un coup qui la ralentirait. Je ne pus m'enpécher d'adresser une suplique muette à l'amie que j'avais cotoyé durant quelques merveilleux mois. "Kal, où es-tu??!! Tu es partie bien trop tôt... Et à présent je vais me faire découper en rondelle comme un vulgaire saucisson...".

Comme je ne percevais aucun mouvement de la part de mon agresseuse, je tentais de la détailler. Elle paraissait jeune et exténuée. Son visage fortement marqué témoignait d'une vie rythmée par les sacrifices et les luttes acharnées qu'elle exigeait. Toutefois, je lui trouvais un air juste et quelque peu familier. Serait-il possible que...

"Niu...?"

Je redressais la tête, incrédule.

"Kal!!!!!!!!!"

La neiko eut un sourire égaré et je me jettai dans ses bras.

"Oh Kal! Tu m'as tant manquée!

Je la serrais de toutes mes forces. La Neiko avait été la personne de laquelle je m'étais sentie la plus proche, et son départ avait laissé un grand vide. La retrouver ici était inespéré... Son visage exténué témoignait de la difficulté de sa vie depuis qu'elle était partie...

"J'ai de la viande séchée et des baies. Comme ça, tu pourras me raconter ce qui t'es arrivé ces derniers mois tout en reprenant des forces!"

Pendant que Kaleya se restaurait, j'entrepris donc de lui narrer l'essentiel de nos aventures depuis qu'elle avait quitté l'équipage de l'Opale.

- Nous avons débarqué sur Lan Rei, et alors que tu partais, je me suis rendue à Reilor en compagnie de Kaplen, Pampelune et Keinvor. Les paysages étaient magnifiques, je n'avais jamais vu une côte aussi belle! J'appréhendais beaucoup la ville, et ça a été pire que ce à quoi je m'attendais... Les flagrances sont horribles, les habitants sont suspicieux, les bonnes manières bien loin... Kaplen m'a entrainée dans des rues étroites et sinueuses où nous avons rencontré des rustres... Mais il avait besoin de leur aide pour reconstituer un équipage. Ils nous ont donné RDV le soir dans un entrepos... Nous sommes donc retournés à l'aubergerge où nous avions laissé Pamp et Keinvor en passant par les toits afin d'éviter de se faire repérer. Mais forcément Pamp était partie faire un tour dehors et elle avait rammenée une elfe gravement blessée... Comme tu peux l'imaginer, lorsqu'il a fallu repartir par les toits avec un elle sur notre dos, cela n'a pas été facile... Et comme si cela ne suffisait pas, nous avons été victimes d'une embuscade. Impossible de fuir avec tant de poids mort...

j'eus un pauvre sourire

-J'ai donc eu l'opportunité de découvrir la prison... Kaplen était gravement blessé, Pampelune était au près de lui et de leur fils... Unded et Wilaine étaient également dans une geôle voisine et Lunielle peinait à reprendre connaissance. Bref, une belle affaire. Finalement j'ai réussi à tourner un interrogatoire à mon avantage, et nous nous sommes enfuis grâce à l'aide de quelques chevaux des écuries. Nous avons filé ventre à terre jusqu'à l'Opale et repris immédiatement la mer...

Je soupirais.

- Je te laisse imaginer la situation! L'Opale était très endommagée, l'équipage réduit à un poignée d'hommes, Kaplen alité... Difficile de faire pire. J'ai tout de même réussit à soigner Kaplen mais il reste très diminué. Mais je n'en pouvais plus d'être restreinte à l'espace d'un navire... Les arbres me manquaient, je voulais à nouveau pouvoir sentir mon corps en mouvement, découvrir de nouvelles terres, être en contact avec les animaux... J'ai donc demandé à Kaplen de me déposer à la ceinture de Bredian, et il a décidé de m'accompagner. Aprè quelques jours à l'entendre maugréer et à tenter de m'empécher de profiter de la nature, je suis partie de mon côté.

Je souriai largement.

- Mais je ne m'attendais pas du tout à tomber sur toi! Tu m'as tant manqué... tes traits sont tirés, tu as l'air épuisée. Mais je veux tout savoir dans les moindres détails!! Que t'es-t-il arrivé? Maintenant que tu t'es restaurée, plus rien ne t'empèche de répondre!
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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Lun 02 Avr 2012, 17:14

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Mer 04 Avr 2012, 13:44

Kaplen se remettait doucement de sa blessure. Il s'était réveillé dans le milieu de l'après-midi et avait reprit timidement la route. Ses jambes peinaient à le porter et sa cicatrice à la poitrine le tirait plus que jamais. La neige était devenue omniprésente, et il avait du mal à trouver des bivouacs au sec. Le froid engourdissait tous ses membres et ralentissait sa marche.
Il avait continué ainsi pendant deux jours. Au fur et à mesure du temps, ses muscles se raffermissaient et il pouvait ainsi tenir les efforts plus longuement. Le jeune homme se sentait reprendre le contrôle de son propre corps et il s'en réjouissait. Même si la maigre viande de chèvre ne le nourrissait guère, elle l'aidait quand même à tenir.
La nuit tombait. Le jeune capitaine poussa un soupir et s'arrêta pour souffler quelques instants. Il venait de gravir une pente escarpée et glissante qui lui avait demandé du fil à retordre. Apercevant une plateforme à l'abris, il avait décidé de s'y engager et d'y passer la nuit.
Kaplen retira ses bottes trempées, son manteau fourré tout aussi humide et s'enroula dans une couverture en laine qu'il gardait dans son sac. Le feu qu'il avait réussi à allumer, malgré l'humidité ambiante et l'impossibilité de trouver des végétaux secs ne le réchauffait guère. Il mâchonna quelques morceaux de viande séchée et se roula en boule sous sa tente.

Par moments, le jeune homme se demandait pourquoi il avait choisi de suivre l'elfe, et pourquoi il continuait sa route. Son périple n'avait eu aucun autre but que de lui permettre de s'éloigner un peu de l'Opale, de faire le vide, et de recouvrer un semblant de force physique afin de pouvoir de nouveau diriger correctement son navire. Il n'avait donc aucune raison de continuer et de rester ainsi dans le froid... Mais inconsciemment, ce qu'il n'osait pas s'avouer à lui-même, c'est qu'il appréciait réellement Niüna. Elle avait beau être ce qu'elle était, Kaplen se voyait mal repartir en mer sans elle. Il continuait donc son chemin dans l'espoir de la retrouver, pas de s'excuser (et puis quoi encore!), mais d'essayer de réarmer un terrain d'entente et d'effacer leur dernière dispute. Comme il se sentait mieux dans son corps, il était moins fatigué, moins grognon que ces derniers temps (où ça avait été le paroxysme quand même il faut l'avouer), plus apte à pardonner et à décider.
Kaplen s'endormit sur ces pensées et se laissa entraîner dans une série de rêves qui ne le hantaient plus depuis plusieurs mois.

Une sirène creva la surface de l'océan et lança au jeune homme un regard implorant. Se penchant au dessus du bastingage, Kaplen lui demanda ce qu'il se passait. L'atmosphère était étrange, malsaine, il y avait quelque chose qui clochait. La sirène ouvrit la bouche, essaya de parler, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Elle leva les bras dans sa direction et lui demanda de la suivre. Le jeune homme grimpa sur le bastingage et plongea dans l'eau noire et glacée qui bordait l'Opale.
Le froid se referma sur lui comme les mâchoires d'un loup. Le jeune homme ouvrit les yeux et repéra la sirène qui nageait dans un tourbillon arc-en-ciel devant lui. Il prit de la vitesse et la rattrapa, étonné de pouvoir lui même respirer sous l'eau. Soudain, une ombre apparut au loin. Une ombre gigantesque, qui s'approchait d'eux à une vitesse affolante. La sirène se retourna et commença à s'agiter. Sa bouche s'ouvrait et se fermait, mais seules des bulles en sortaient et s'élevaient jusqu'à la surface.
Soudain l'ombre fut assez près pour que le jeune capitaine puisse en distinguer les traits. C'était un dragon marin. Sa gueule seule devait avoir peu ou prou la taille de l'Opale. Ses immenses yeux jaunes dardaient leurs rayons dans l'océan sombre et fixaient Kaplen et sa compagne...
Soudain un son de cor retentit dans le lointain.

Kaplen prit une grande inspiration et se réveilla en sursaut.
-Hein... Que... Quoi?
Il tourna la tête afin de voir d'où provenait ce son étrange lorsqu'il entendit:
-Il est 6h30 du matin et tout va bien !
De fait, il faisait encore nuit. Le coeur du jeune homme battait la chamade, et il se rua à la sortie de la tente. Ses pensées étaient encore mélangées dans son esprit. Il venait de quitter un rêve dont il n'avait jamais vu la fin, il s'était endormi seul, dans les hautes montagnes, réputées pour leur faune dangereuse, et surtout, surtout... Tout le monde le savait sur l'Opale, il se réveillait TOUJOURS du pied gauche.
Le jeune capitaine sauta sur la forme sombre qui s'était penchée dans l'entrée de la tente et la plaqua au sol. Ses vieilles blessures se réveillèrent immédiatement, mais la fureur et l'instinct de survie qui le tenaient annihilaient toute forme de douleur.
La chose n'était pas très grande. Costaude, mais petite. Très poilue, elle s'agitait sous lui en hurlant et laissait dans les mains du jeune homme des grandes touffes de poils. Le jeune homme parvint à lui donner plusieurs coups de poing dans la tête avant que l'étrange animal ne parvienne à se défaire de son emprise en lui donnant un sérieux coup de quelque chose sur l'épaule. Kaplen poussa un cri avant de se jeter en avant. Bien qu'il ne voyait pas grand chose, la lune éclairait suffisamment la plateforme pour qu'il puisse distinguer ce qui bougeait, de ce qui ne bougeait pas. Et la chose poilue bougeait.
Kaplen vit qu'elle tenait un objet, surement celui qui avait servi à lui démettre l'épaule. Le jeune homme posa sa main gauche sur son épaule droite et fit jouer son bras. La chose n'y était pas allé de main morte. Il grimaça.
Soudain il entendit un chapelet de jurons qui aurait fait rougir le plus grivois des marins.
Le jeune capitaine se calma assez rapidement et leva un bras (le gauche, puisqu'il ne pouvait plus vraiment bouger le droit) en signe de reddition.
-Qui êtes-vous? Ou plutôt... Qu'est-ce que vous êtes? Demanda t-il d'un air suspicieux.
Il savait que son sabre ne se trouvait pas bien loin, mais il ne savait pas s'il aurait le temps de l'attraper si jamais l'inconnu se ruait sur lui.
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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Lun 09 Avr 2012, 23:47

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Mar 10 Avr 2012, 18:51

-Espèce de petit vermisseau, c’est pas une manière de s’adresser aux gens. Es-tu bien le capitaine de l ‘épave qui se trouve plus bas ?

Petit vermisseau? Kaplen baissa la tête pour essayer de distinguer les traits de ce qui se trouvait devant lui. Le soleil commençait à se lever, et le jeune homme pouvait désormais mieux percevoir son environnement. Dieu que c'était poilu! Kaplen n'avait jamais vu un homme aussi poilu. Tous les poils, qui sortaient par tous les orifices possibles et imaginables, prenaient une lourde teinte rousse sous les premiers rayons du soleil. Kaplen fit un pas en avant et s'immobilisa.
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Il était tombé sur un nain... Ou plutôt, un nain lui était tombé dessus...
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Ne pouvait-il y avoir pire malchance? Mais que faisait un nain dans les montagnes à cette heure de la nuit? Enfin du matin.
Kaplen poussa un soupir avant de jeter un nouveau regard sur le petit être roux.
Il avait traité l'Opale d'épave... D'un certain coté il n'avait pas vraiment tort. C'était un véritable miracle s'ils avaient survécu aux dernières traversées.
Le nain s'amusait avec sa hache. Ainsi c'était ça qui avait explosé l'épaule du jeune homme. Le capitaine se tenait toujours l'épaule. Il n'avait vraiment pas besoin de ça. Déjà qu'il se remettait difficilement de ses dernières blessures... A chaque nouvelle rencontre, il perdait des petits morceaux de son corps. Si cela continuait il finirait en petits bouts avant que Keinvor ne puisse reprendre le flambeau de l'Opale.

- Bon gamin, j’ai une proposition. Et t’avise pas de dire non sinon je te découpe en rondelles et te fais cuire à la bière.

Kaplen haussa les sourcils et tenta de cacher un sourire naissant. Mais voyant que le nain reprenait une respiration, il le laissa continuer:

-Bon je t’explique quand même de quoi il s’agit. Je recherche un humain. Un beau jeun homme qui séduit toutes les filles. Il a disparu il y a peu. Je te dédommagerai du déplacement. 10 bourses de pièces d’or.

Dix bourses de pièces d'or? Kaplen commença à compter pour lui. Cela ne serait pas suffisant pour tout réparer... Mais assez bon pour faire redémarrer la machine. Les caisses étaient désespérément vides ces derniers temps... Le jeune homme passa son interlocuteur au crible.

-Vous voulez à manger? Je pense qu'il sera plus facile de négocier avec l'estomac plein. La viande est dure et pas très savoureuse... Mais elle n'a que quelques jours. Il doit me rester un peu de liqueur de prune... Mais pas assez pour me faire cuire dedans par contre...

Bien. Le prendre dans le sens des poils. Lui proposer à manger et à boire. Et le faire poser son horrible hache à coté de lui. Kaplen montra une petite pierre devant le feu et invita le nain à s’asseoir dessus. Il poussa un profond soupir avant de se retirer dans sa tente. Le jeune homme passa son manteau fourré et ses bottes qu'il avait retirés pour la nuit, et se recoiffa très rapidement. Le morceau de tissu qui servait à tenir ses cheveux relevés ne ressemblait plus à grand chose. Il se frotta le visage avec les deux mains, histoire de bien se réveiller et pensa qu'il était plus qu'urgent qu'il se rase. Kaplen ne supportait pas la barbe: la barbe représentait tous les moments les plus désagréables: maladie, blessure, prison.... Tous ces moments où il ne pouvait se raser. Il ressortit de la tente avec ses morceaux de viande et ce qu'il restait de liqueur.
Si Kaplen était connu pour son mauvais caractère et ses sauts d'humeur incessants, il était cependant capable de retourner sa veste lorsqu'il fallait négocier. Cela lui avait sauvé la vie bien des fois (malheureusement, sa dernière négociation avait un peu tournée au vinaigre, puisqu'ils s'étaient tous retrouvés en prison....

Le jeune capitaine attisa le feu qui reprit assez rapidement et s'assit aux cotés du nain qui s'était (enfin) posé. Le soleil avait désormais complètement dépassé l'horizon et il faisait jour.

-Dix bourses d'or pour vous emmener chercher quelqu'un? Vous pouvez m'expliquer pourquoi vous seriez près à payer un prix si élevé? Et pourquoi vous avez fait tout ce chemin pour me trouver?

C'est vrai il fallait l'avouer... C'était louche.
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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Mer 11 Avr 2012, 22:50

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Dernière édition par Silgrum Azgal le Lun 28 Jan 2013, 11:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Jeu 12 Avr 2012, 22:32

-La raison pour laquelle je le recherche et que je dépense autant ne te regarde nullement. Car cela ne changera pas ta paye. Ou plutôt si. Puisque je serais dans l’obligeance de te tuer si tu en savait trop… Mort qui te sera également donné si tu refuse le marcher.

Kaplen haussa un sourcil avant de finir de mâcher son morceau de viande. Cela faisait quatre jours qu'il mangeait sa vieille viande de chèvre et il commençait à se lasser. L'altitude et le froid n'aidait pas à la rencontre avec une faune qui se raréfiait. Il n'essaya même pas de récupérer la flasque de liqueur qui devait à cette heure être vide et se leva en poussant un profond soupir.
La tente n'était pas très difficile à plier, mais tant qu'il était debout il pouvait au moins s'occuper de ça. Le jeune homme lança un bref sourire au nain en repensant à ce qu'il venait de dire. S'il savait le nombre de gens qui voulaient et avaient voulu le voir mort...

Il s'occupa donc de ranger toutes ses affaires, laissant soin au nain de trouver de quoi s'occuper en attendant (au moins il pouvait finir la flasque, LUI). Lorsqu'il eut fini de tout empaqueter, il revint en direction du petit être qui appréciait visiblement la chaleur diffusée par les flammes. Réchauffé par l'effort physique, le jeune capitaine se sentait déjà mieux. Il ceint sont sabre à sa ceinture et repassa son manteau en fourrure qui lui tenait agréablement chaud.

-Si l'Opale n'est pas le meilleur des bâtiments, il est cependant bien plus rapide que toutes les frégates que pourront nous envoyer les îles. Nous avons juste eu quelques petits... accidents de parcours dernièrement qui, je veux bien l'avouer, l'ont légèrement défigurer. Mais vous pouvez vous fier au narval il traverse les océans depuis un bon bout de temps maintenant et la coque est parfaitement adaptée au gros vent et aux tempêtes.

Kaplen porta son paquetage à son dos et se leva.

-Dix pièces d'or, pour une simple traversée comme ça, ça me parait beaucoup. Mais je donne juste mon avis. Soit vous voulez vraiment que j'y reste, et vous seriez pas le premier, comme vous avez surement pu le remarquer. Il désigna la longue cicatrice qui courait sur ses joues et reprit: Enfin... Cette affaire est louche, et je ne vois pas pourquoi je vous cacherais mes soupçons. Si vous avez besoin de moi, pas de problèmes. Mais je ne fais pas habituellement dans le transport de marchandise, encore moins dans le tourisme. Cela signifie que si vous venez avec nous, vous ne dormirez pas dans la cabine du capitaine, ni dans celle du second. S'il y a beaucoup de mer, personne ne sera la pour vous maintenir au bordage, et personne ne sautera à votre suite si jamais vous passez par dessus le bastingage. Ah oui, et... J'espère que votre... "Ami" ne se trouve pas à Reilor. Je vais éviter Reilor pour quelques temps.

Il haussa les épaules avant de passer ses gants et son chapeau qui le protégeaient admirablement bien des vents glacés des hauteurs.

-Je suis parti avec un membre de mon équipage qui s'est enfui... C'est une longue histoire. Et j'aimerais la retrouver. Donc si vous voulez toujours que je vous fasse traverser les océans, il va falloir, soit que vous marchiez avec moi, soit que vous redescendiez à l'Opale, mais dans le deuxième cas je ne suis pas persuadé que vous soyez bien accueilli. Vous choisissez quoi?

Kaplen avait joué carte sur table. Il se doutait que le nain était plus finaud qu'il n'en avait l'air. Même si son histoire restait étrange, cela pouvait permettre au jeune homme de réellement reprendre ses activités.
C'était une nouvelle personne qui venait vers lui avec une requête étrange en le menaçant avec une hache. Mais qu'avait-il donc fait pour que toutes les personnes bizarres de la terre viennent à lui spontanément et... Soit le menacent, soit cherchent à le tuer...

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Ven 13 Avr 2012, 11:47


Spoiler:
 

Kaleya nageait dans une profonde irréalité, si pure, si parfaitement en contraste avec la vie qu’elle avait menée ces dernières semaines, que dans son esprit, les notions de normalité et d’étrangeté s’inversèrent. La sensation de décalage qu’elle ressentait devint naturelle. Son incapacité à parler, son égarement, sa pensée qui ne s’organisait plus que sur des concepts, des émotions, des ressentis, au point que les mots lui semblaient presque étrangers, tout s’agença comme s’il n’y avait rien d’inhabituel à la situation. Elle broncha à peine lorsque la jeune elfe se jeta dans ses bras et ce fut avec un détachement vaguement amusée qu’elle s’efforça de maintenir les lames qu’elle serrait toujours dans ses mains loin de son amie. La chaleur de l’étreinte et la joie qui en découlait, émotion qui lui avait tant manqué, était l’unique chose qu’elle considérait comme importante. Son sourire se détendit, se renforça. Peu importait l’incongruité de la situation : Niüna était là. La neko lui rendit son étreinte comme elle put, toujours sans prononcer un mot. Lorsque l’elfe la lâcha, elle vacilla quelques instants, se raccrocha aux mots de son amie. Reprendre des forces... Idée fabuleuse. Elle réalisait à quel point elle avait faim, à quel point elle avait besoin de dormir, et surtout à quel point sa solitude lui avait pesé jusque-là. Elles s’installèrent à même le sol sur lequel la jeune femme jeta la couverture terreuse dans laquelle elle avait pris l’habitude de dormir... quand elle dormait.

Elle n’arrivait toujours pas à parler. Ou peut-être ne prenait-elle simplement pas la peine d’essayer. Son sourire et l’éclat joyeux qui dansait dans son regard noir de fatigue suffisaient selon elle à montrer le bonheur qu’elle ressentait dans ces retrouvailles. Ses yeux s’écarquillèrent devant le festin que sortit la jeune elfe de son sac - quelques lambeaux de viande séchées, des fruits écrasés - et se jeta dessus avec un léger murmure de reconnaissance. La nourriture diffusa peu à peu dans son corps une douce énergie qui intensifia encore sa perception de son propre épuisement. Mais paradoxalement, cela lui permit également de se focaliser sur ce que lui racontait son amie. Elle avait manqué le début de son histoire, semblait-il, mais elle parvint à en saisir le fil en route.


«... entrainée dans des rues étroites et sinueuses où nous avons rencontré des rustres... Mais il avait besoin de leur aide pour reconstituer un équipage. Ils nous ont donné RDV le soir dans un entrepôt...»

La réalité de la ville lui apparut comme terriblement lointaine. Les ruelles si reconnaissables de Reilor. L’équipage. Le port. Les auberges. La menace omniprésentes des gardes. Ce n’était plus son monde, et pourtant c’était dans cette direction qu’elle avançait depuis des jours et des jours.

« J'ai donc eu l'opportunité de découvrir la prison... Kaplen était gravement blessé, Pampelune était au près de lui et de leur fils... Unded et Wilaine étaient également dans une geôle voisine et Lunielle... »

Wilaine. Pampelune, Kaplen, Unded... Ces noms résonnaient dans son crâne comme les réminiscences d’un passé révolu. Ils lui avait manqué. Des mois qu’elle ne les avait plus revus. Depuis sa rencontre avec Octavia. Lorsqu’elle s’était remise de ses blessures, elle se souvenait avoir été dans l’incapacité de les retrouver. Le récit de Niüna éclaircissait la raison de cette absence. Au final, c’était elle qui était partie, sans prévenir personne... Le regret se ficha une nouvelle fois dans son coeur et un léger soupir lui échappa. Elle aurait particulièrement aimé revoir Wilaine. Après l’avoir entraînée dans une bataille improbable contre une armée d’elfes noirs dont elles avaient à peine réchappé, pour finalement l‘emmener jusqu’à Reilor, elle, une centaure qui n’avait jamais connu la ville... elle se sentait presque une responsabilité vis-à-vis d’elle. Elle n’aurait peut-être pas dû l’abandonner, comme ça, dans ce monde qui lui était totalement inconnu.

« L'Opale était très endommagée, l'équipage réduit à un poignée d'hommes, Kaplen alité... Difficile de faire pire... »

Le parcours suivi par son amie n’avait pas été de tout repos. Cela se lisait dans le regard de la jeune elfe : elle avait grandi, elle avait affronté la vie. Elle en ressortait plus confiante, plus capable. Elle n'était plus celle qu'elle avait rencontré des mois auparavant sur une plage de Rosyel. Kaleya sentait une fierté amusante percer à l'égard de la jeune femme.

Paradoxalement, c’était aussi presque rassurant de savoir ce qu'ils avaient traversé : avec ou sans elle, les choses tournaient mal. Ce n’était pas elle qui attirait systématiquement la poisse. Mais le réel soulagement, c’était que pour le moment il semblait que tout le monde était encore en vie. Les racines de l’inquiétude n’en demeuraient pas moins vivaces : la fin de l’histoire n’était pas encore arrivée.

« ...et il a décidé de m'accompagner. Après quelques jours à l'entendre maugréer et à tenter de m'empêcher de profiter de la nature, je suis partie de mon côté. »

La peur s’effaça doucement pour laisser place à un amusement moqueur. Pas de morts à déclarer mais un Kaplen de mauvaise humeur. L’image du jeune homme lui apparut avec une clarté absolue : elle le voyait sans peine en compagnie de Niüna, profondément agacée par la jeune elfe, et elle aurait riait intérieurement d'imaginer l’expression de son visage lorsque celle-ci était partie.

«...tu as l'air épuisée. Mais je veux tout savoir dans les moindres détails !! Que t'est-il arrivé ? Maintenant que tu t'es restaurée, plus rien ne t'empêche de répondre ! »

Epuisée... Le mot sonna à ses oreilles pour une fraction de seconde comme la perfection de sens la plus absolue qu’elle n’ait jamais entendu. Elle aurait pu se vautrer dans le son produit par cet assemblage fragile de lettres, en remplir sa tête jusqu’à ce que celui-ci l’assomme et lui permette enfin de dormir. Mais à peine y réfléchissait-elle que d’autres paroles bien plus appropriées jaillirent dans son esprit : elle recouvrait peu à peu sa capacité à penser avec des phrases. Elle dériva un instant sur ses délires de morte, de retour à l’état sauvage, d’inconscience permanente qui la qualifiaient tous fort bien à son avis. Puis elle reprit conscience du regard interrogateur de Niüna posée sur elle. Elle attendait... une réponse. Ah oui, la réponse. Tout ce qui lui était arrivé. Elle ferma les yeux quelques secondes pour rassembler ses idées et trouver le courage de parler. Il y avait tellement à dire. Trop à dire. Mais il fallait bien commencer par quelques part, elle ne pouvait pas se murer éternellement dans son silence...

« Je... » murmura-t-elle, songeuse, avant de se taire à nouveau.

Un léger sourire éclaira son visage, rempli d’une douce moquerie envers elle-même. Après tout, pouvoir enfin raconter les derniers mois de sa vie et les pensées qui l’avaient traversée durant tout ce temps lui permettrait peut-être enfin de mieux discerner la route qu’elle voulait emprunter.


« Je suis vraiment désolée d’avoir disparu comme ça... l’autre fois. ça n'a pas l'air d'avoir été facile, de votre côté. Ce n’était pas prévu que je ne sois pas là. Je voulais... fuir l’ambiance du navire je crois bien. Et j’ai rencontré quelqu’un dans la rue. Je ne sais pas trop pourquoi ç’a tant dégénéré. »

À mesure qu’elle tentait de poser des mots sur son histoire, elle réalisait l’invraisemblance de celle-ci et comme elle paraîtrait décousue à son amie. Courageusement, elle poursuivit néanmoins.

« Elle était étrange. Octavia. Je n’ai jamais vraiment compris, je crois, au final. Elle avait un... monstre, avec elle. Très désagréable. Surpuissant. Il n’a pas apprécié que je l’ai égratignée. Il me l’a fait payer chèrement...»

Ses mâchoires se crispèrent en songeant aux tortures subies. Elle avait eu de la chance de s’en sortir en vie... et entière. Cela lui arrivait encore quelques fois d’entendre dans son sommeil la voix glaçante de Cheh-dahn, de percevoir la douleur atroce qui l'avait déchirée, de ressentir cette impuissance totale face à un ennemi invincible... Elle secoua légèrement la tête et continua :

« J’ai eu de la chance de m’en sortir en vie. J’ai rarement mis autant de temps à me remettre. J’ai été recueillie par des gens qui m’ont... retrouvée, on va dire. Ils n’ont rien demandé en contrepartie. »

Elle passa sous silence l’intervention de Balsa dans toute cette histoire. Inutile de compliquer les choses.

« Je vous ai cherchés mais je pense que vous deviez déjà être en prison parce que je ne vous ai trouvés nul part. Alors j’errais dans les rues. Je pensais que vous réapparaîtriez un jour. J’attendais.
Et puis j’ai rencontré par hasard une... vieille amie à moi. Une chimère. Nous avons passé une journée ensemble et de fil en aiguille, il nous est devenu impossible de rester à Reilor. Alors on est parti. Sur un coup de tête, on a pris la direction de la frontière de l’ouest. »


Raconté ainsi, la folie de ce départ lui apparaissait dans toute son ampleur. Elle eut un petit rire légèrement embarrassé.

« La route était longue, mais ç’a été un beau voyage. On s’entendait bien. On oubliait presque notre destination et ce qu’on allait y trouver. Je me sentais bien plus libre, comme ça, loin de la ville. Et puis, un jour, la frontière est apparue. »

Elle demeura quelques secondes silencieuse, perdue dans ses pensées. Là-bas, tout avait basculé. Il lui semblait avoir emprunté un tournant de sa vie. Les révélations qu’on lui avait faites la troublaient encore, le besoin de réponse était pressant, sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte. D’un coup, elle réalisait à quel point ces interrogations la rongeaient.

« C’est un endroit étrange. Leur... magie... ? Non, ce n’est pas vraiment de la magie, juste une avancée technologique impressionnante, d’après la femme que nous avons rencontrée, Hybris. Elle aussi était particulière. Je crois bien qu’elle occupe une place importante là-bas. C’était surprenant de la croiser ainsi, au milieu de nul part. Elle n’est pas vraiment... aimable mais au final, sa présence nous a peut-être sauvées. Pour déranger ses supérieurs, ou je ne sais pas trop qui, elle a décidé de nous laisser filer. »

Elle fronça les sourcils. Elle arrivait aux révélations mais elle réalisait que Niüna n’avait jamais pleinement su son passé, ni la vengeance qui l’avait poussée en avant durant plusieurs années. Elle se lança alors péniblement dans l’histoire de sa vie :

« Tu sais, j’ai été recherchée pendant longtemps à Reilor. Je t’en avais vaguement expliqué la raison, mais c’est un peu plus complexe que ça. Quand j’étais qu’une gosse, mes parents ont été capturés, moi torturée. Nous étions traqués depuis ma naissance, en fait. J’en ai réchappé, je crois que j’ai un don pour trouver puis me sortir des pires situations. J’ai survécu comme j’ai pu. J’ai appris à me battre, à me cacher, à tuer. Je cherchais des réponses. Au fil de mes recherches, il m’avait semblé comprendre que les nekos avaient été créés, tout comme l’étaient les chimères. Mes poursuivants devaient être logiquement nos créateurs. Une... rencontre avec un scientifique de l’ouest m’avait confirmé cette idée... »

Elle soupira. Elle ne parvenait toujours pas à saisir l’ampleur des révélations dites par Hybris. Elle n’y trouvait pas de logique. Elle devait tout reprendre à son point de départ.

« Mais à l’ouest, j’ai appris que non seulement, les nekos n’avaient pas été directement créés par la Firme, mais qu’en plus, ils ne se souciaient pas vraiment de notre vie ou de notre mort. Ils avaient autre chose à faire que de nous traquer. Cela contredisait les dires du scientifique de l’ouest que j’avais... interrogé, mais je la crois. Ce qui signifie que j’ai fait fausse route pendant toutes ces années. Et qu’un groupe à part est responsable de tout ce qu’il s’est passé...»

Le regard perdu dans l’obscurité de plus en plus profonde qui les engloutissait, elle cherchait en elle la flamme de rage à laquelle elle s’était habituée en songeant à ceux qui avaient détruit sa vie. Elle ne la trouvait pas. Ne demeurait plus que le désir brûlant de comprendre. La vengeance était peut-être accessible, mais elle attendrait. Il y avait d’autres priorités. Soudain, le but qui lui manquait dans sa vie jusque-là se traçait comme une évidence dans son esprit, comme si les mots prononcés à voix hautes avaient libéré sa volonté.

« Il faut que je les trouve. Il faut que je comprenne ce qu’il s’est passé, les raisons qui les motivent. Je veux comprendre pourquoi ma vie a été détruite ainsi. »

Elle sourit doucement en prenant conscience de la nouvelle détermination qui naissait en elle et acheva nonchalamment, en une vérité improvisée :

« C'est pour ça que je vais à Reilor. Mais toi, tu vas où, exactement, comme ça ? »

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Ven 20 Avr 2012, 14:28

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Mar 24 Juil 2012, 00:29

J’étais bouleversée par le témoignage de Kaleya. Si seulement la prendre dans mes bras pouvait lui apporter un quelconque soulagement, je l’aurais fait sans hésiter. Mais je doutais que dans le cas présent ce soit la meilleure chose à faire…

- Merci de m’avoir confié ce pan de ta vie.

Déclaration simple mais profondément sincère. Je restais un moment silencieuse, tentant de m’imaginer ce que la jeune Neiko avait dû ressentir lorsque ses parents avaient été assassinés. L’effroi, l’inconnu, le doute, le mensonge, l’inhumanité…

- Que dirais-tu te redescendre un peu ?

Hors de question de rejoindre Reilor bien sûr, mais monter d’avantage nous exposerait à des dangers que je doutais être surmontables. Et bien que la mort soit la suite logique à tout temps de vie, à choisir, si elle pouvait attendre un peu, j’avais encore de nombreuses choses à découvrir dans ce monde !

- Bon nombre d’animaux semblent aller dans cette direction, il doit y avoir un point d’eau et peu de prédateurs. Peut-être pourrons-nous goûter à quelques instants de sérénité !

Considérant le sourire de mon amie comme un signe d’acquiescement, je récupérais mon maigre bagage et étouffais les dernières flammes avant de prendre le petit chemin qui serpentait entre les arbres. L’air était frais et pur, et je me concentrais sur chacune de mes inspirations, profitant intensément de tous les instants.

Nous restâmes silencieuses un long moment, appréciant les merveilles de la nature. La journée ensoleillée nous permettait d’admirer la nature luxuriante qui nous entourait. Les oiseaux volaient autour de nous dans un ballet infini et la végétation extrêmement variée nous offrait de multiples baies plus délicieuses les unes que les autres. Je voyais avec un immense plaisir les traits de Kal se détendre au fur et à mesure de notre marche. En cet instant précis, mon bonheur était total…

La nuit nous cueillit non loin d’une petite clairière, où nous allumâmes un feu. Le bois mort abondait et les flammes furent vite hautes. Une fois nos couvertures étendues à proximité, je m’allongeai de tout mon long, exténuée. Je sentais chacun de mes muscles et fis jouer mes orteils afin de les relaxer quelque peu. Kaleya étira consciencieusement ses muscles avant de s’allonger à côté de moi. Nous nous étions gavées sur le chemin et ni l’une ni l’autre n’avions réellement faim.

Je décidais de rompre le silence.

- Je suis vraiment heureuse de t’avoir retrouvée… Tu es la personne de qui je me sens le plus proche tu sais. J’étais désemparée quand tu as disparue…

La Neiko eut un pauvre sourire d’excuse.
Je souris largement en retour.

- Mais je ne t’en veux pas… Du moment que tu ne recommences pas !!

Nos rires s’élevèrent longtemps dans la nuit, et je ne m’endormis que bien plus tard.

- Niü !!

Je me réveillai en sursauts, plus sous l’effet de la pression de la main de Kal broyant mon bras qu’avec son chuchotement inaudible. Aux aguets, la jeune fille tendit son bras en avant puis toucha son oreille. Effectivement, malgré le crépitement du feu, des pas lourds étaient aisément reconnaissables. D’autres, plus discrets, l’accompagnaient. Me fustigeant intérieurement pour n’avoir pensé qu’au pouvoir répulsif du feu contre les animaux sauvages, et non à son statut d’aimant à bandits, je rassemblais rapidement mes effets avant de saisir mon arc aussi silencieusement que possible et de me percher sur l’arbre le plus proche.

Je distinguais rapidement deux silhouettes qui se dirigeaient droit vers le feu. L’une d’elle, pas très discrète, était assez petite et grognait allègrement. La deuxième, grande et élancée bien que se mouvant avec quelques difficultés semblait quelque peu grognonne. Peu à peu, leurs traits devinrent identifiables, et mon sursaut de surprise faillit me faire tomber de ma branche.

Je me tournais vers Kal qui me souffla, abasourdie :

- Pourquoi Kaplen est-il en compagnie d’un nain ?!
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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Lun 30 Juil 2012, 00:39

Kaplen commençait à en avoir ras les bottes. Il avait froid, il avait faim (C'était ça d'offrir toute sa viande au nain), il avait soif (malgré la neige qui les entourait de partout), et il était complètement harassé. Ses courbatures des premiers jours s'étaient largement atténuées, et il marchait avec beaucoup plus de vigueur. Mais quiconque l'aurait croisé sur la route l'aurait encore trouvé incertain. De fait, il boitillait.
Jurant en lui-même, il jeta un regard désespéré au nain qui avançait d'un bon pas devant lui. Le nain! Avec des jambes qui ne faisaient même pas la taille de ses tibias, allait plus vite que lui!
Vraiment, cette sortie et cette marche forcé lui permettraient de reprendre le contrôle de son corps et de ses muscles atrophiés par les blessures et l'alitement.

Ils avaient marché ainsi deux jours durant, s'arrêtant quelques heures pour dormir et se levant à l'aube pour repartir. Le nain, pardon, Silgrum, était particulièrement endurant (cela devait être une capacité spéciale naine). Il semblait pouvoir se suffire de peu, mais appréciait dévorer les trois quarts des animaux que Kaplen ramenait de la chasse le soir. Même s'il était vif malgré son corps trop court, il ne semblait pas vraiment présenter un grand intérêt pour les sessions de chasse du jeune capitaine et le laissait faire tout seul.
Et c'était aussi bien, se disait-il, un personnage comme lui faisait autant de bruit qu'un troupeau de boeufs au grand galop.

Il faisait nuit lorsqu'ils pénétrèrent plus avant dans la forêt. La température était exceptionnellement froide et Kaplen grelottait dans son manteau de peau. Ses bottes avaient perdu un peu de leur imperméabilité, si bien qu'il commençait également à ressentir la morsure du froid dans ses doigts de pieds. Au moins la neige était-elle beaucoup moins abondante sous le couvert des arbres!
Silgrum s'arrêta et se tourna dans sa direction, un grand sourire aux lèvres. La lune était pleine, si bien qu'on voyait presque comme en plein jour, même au coeur des bois.

-ça sent la bouffe.

Kaplen leva la tête pour essayer d'humer le fameux fumet, mais il n'avait visiblement pas les naseaux sur-développés du nain. Il haussa les épaules puis décida de continuer à avancer. Plus ils seraient profonds dans la forêt, et mieux ils seraient protégés du mauvais temps et du vent glacial.
Soudain il aperçut entre deux branches une lueur anormale. Silgrum poussa un petit rire méprisant passa devant lui et se dirigea vers la source de la lumière. Plus circonspect, Kaplen le suivit tout doucement, et de loin. Si cela était un feu de camp, c'est qu'il appartenait à quelqu'un. S'il appartenait à quelqu'un, cela pouvait aussi bien être Niüna que n'importe lequel des assassins. Et il savait qu'il ne pouvait pas compter sur ses jambes et sur son sabre pour s'en sortir, il était encore trop faible.

Le nain quant à lui semblait assuré et dans son bon droit, pénétra au sein du cercle brillant. Le jeune capitaine tenta de distinguer des silhouettes, mais l'obscurité qui entourait le feu était trop profonde.
Il sursauta lorsqu'une voix éclata au dessus des bruits de pas du nain:

-Pourquoi Kaplen est-il en compagnie d’un nain ?!

Et manqua de pousser un cri bien sentit et très éloigné de l'idée que l'on peut se faire de la virilité. Sur les nerfs, il s'attendait à une attaque surprise ou un guet-append. Mais en aucun cas à ça: Devant lui, cachées (il ne les aurait jamais vue si elles n'avaient pas parlé) se trouvaient Niüna et Kaleya. Le jeune homme avait le souffle coupé et était bien incapable de reprendre sa respiration. Silgrum, qui semblait aussi excité qu'une vache en début d'après-midi, dévisagea un instant les deux jeunes femmes avant de se ruer sur tout ce qui ressemblait de près ou de loin à de la nourriture. Il devait se dire que puisque visiblement Kaplen les connaissait, il avait droit à sa part. Kaplen finit par pousser un soupir avant de laisser les jeunes femmes se relever. Kaleya avait l'air aussi fatiguée que lui. Elle avait maigrit, et ses traits accusaient de longues journées de privation. Ses joues étaient creusées, ses yeux enfoncés dans ses orbites... Elle semblait comme possédée, et son aura était bien plus violente que lorsqu'il l'avait rencontrée pour la première fois. Elle le dévisagea un instant et il se sentit aussi vulnérable qu'un enfant.

Il fallait dire que le jeune homme avait une autre allure lorsqu'ils s'étaient quittés. A cet instant, sous son bonnet de fourrure, sa barbe qui ne cessait de le gratter et l’embêter, et son énorme manteau détrempé, on ne voyait que ses yeux. Son regard passa sur Niüna qui le dévisageait avec beaucoup de curiosité. Ses yeux allaient du jeune capitaine dépité au nain en train de se goinfrer.
Ses lèvres s'entrouvrirent puis se fermèrent... Pour s'ouvrir à nouveau.

-C'est qui lui?

Kaplen s'éclaircit la gorge avant de hausser les épaules.

-Il m'est tombé dessus il y a quelques jours... Et... Heu... Il pourrait nous permettre de récupérer des fonds pour réparer l'Opale. Ce serait plus qu'intéressant...

Même s'il n'avait aucune explication à fournir à la jeune elfe, Kaplen se sentait comme obligé de s'excuser de la présence de cet individu mal poli, bruyant et visiblement pas du tout au gout de Niüna (encore pire qu'Unded en fait, si c'est possible).
Le jeune capitaine se tourna alors en direction de Kaleya et la dévisagea à nouveau. Il ne s'attendait absolument pas à la retrouver, et encore plus à la retrouver ici, en compagnie de Niüna. Il savait les deux jeunes femmes très proches, mais cela était une coïncidence extra-ordinaire. Quelque chose en lui voulait enlacer la femme-chat, lui dire que tout était fini, qu'elle pouvait retourner sur l'Opale quand elle le voulait, qu'elle serait protégée, qu'elle pourrait se reposer, que tout se passerait mieux, que Niüna la soignerait... Mais il y avait quelque chose en elle... Quelque chose qu'il l'en empêchait.

Il se contenta alors de lui lancer un sourire qui, il l'espérait, résumait tout ce qu'il ressentait et d'ajouter.

-Tu nous as beaucoup manqué.
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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Jeu 02 Aoû 2012, 00:10

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Jeu 16 Aoû 2012, 15:35

Lorsque ses derniers mots moururent pour laisser place à l’expectative de la réponse, pour la première fois depuis une éternité, Kaleya se sentait bien. Malgré le chemin qui s’était tracé au fil de ses propres mots, à sa grande surprise, elle ne voulait plus y réfléchir davantage. Pas tout de suite. Elle savourait ce silence partagé à deux, où la présence de son amie semblait résonner avec une puissance incroyable. Ne plus être seule. Elle réalisait seulement maintenant à quel point ces semaines de marche avaient affecté tout son être. Il lui avait manqué des repères, un regard extérieur, une pensée étrangère à la sienne, pour se sortir des sables mouvants de ses propres émotions. La lueur que représentait Niüna dans cette nuit la rassurait, lui permettait de remettre de l’ordre dans le labyrinthe de son esprit pour peu à peu lui permettre de... le cartographier. Cette image lui tira un sourire amusé et lointain.

« Merci de m’avoir confié ce pan de ta vie.»

La jeune neko sursauta et revint à la réalité. Elle n’avait pas encore totalement perdu la mauvaise habitude de rester enfermée en elle-même en de longs et vains monologues. Elle adressa un large et chaleureux sourire à son amie, ce qui métamorphosa son visage et effaça pour quelques secondes les ombres qui le marquaient. Elle était si heureuse de retrouver la jeune elfe. L’amitié qui les liait était déjà forte avant son départ mais il lui semblait que dans cette rencontre extraordinaire au milieu de nul part, celle-ci se déployait pour prendre une ampleur qui la surprenait elle-même.

Elle acquiesça distraitement à la proposition de Niüna. Elle avait passé ses journées à marcher tant qu’il lui en restait la force, aussi quelques pas de plus ou de moins lui semblaient-ils à la fois tout à fait vain et insignifiants, donc surmontables. Elle la suivit donc en un silence agréable, allégé par les bruissements de leurs pas. Elle avait oublié le bonheur simple de marcher avec quelqu’un à ses côtés. Un bonheur simple chassait progressivement l’épuisement perpétuel qui grondait dans son corps et les dernières traces d’ombres qui persistaient dans son esprit. Une joie presque enfantine inondait ses pensées, en tel contraste avait ce qu’elle avait ressenti jusque-là qu’elle en ressentit presque un vertige qui s’effaça lorsqu’elle entreprirent de s’installer pour dormir. Pour la première fois depuis son départ de la frontière, Kaleya se sentait capable de dormir malgré les quelques parcelles d’énergie qu’il lui restait, sans que cela s’apparente à une forme de perte de conscience due à ses dernières forces qui lui échapperaient.


« Je suis vraiment heureuse de t’avoir retrouvée… Tu es la personne de qui je me sens le plus proche tu sais. J’étais désemparée quand tu as disparue…»

Kaleya s’excusa d’un sourire en sentant une pointe de culpabilité l’atteindre.

« Mais je ne t’en veux pas… Du moment que tu ne recommences pas !! »

La neko tressaillit sans que son amie ne le voit. L’elfe n’avait pas répondu à sa question et elle ignorait toujours où elle espérait se rendre mais quelque chose lui disait qu’elle ne pourrait pas la suivre. Pas si elle espérait poursuivre le but qu’elle s’était récemment fixé et qui la mènerait jusqu’à Reilor. La douleur brutale qu’elle en ressentit la surprit et elle dut faire un effort pour oublier cette idée. Elle y réfléchirait plus tard.

Malgré leur fatigue, la joie de se retrouver domina pendant quelques heures durant lesquelles leurs rires et leurs voix résonnèrent semblables à ceux de deux enfants insouciants. Puis le temps se remplit peu à peu de silences, les mots s’espacèrent, et la jeune femme sombra lentement dans le sommeil le plus agréable et le plus paisible auquel elle pouvait aspirer... du moindre le croyait-elle.

Ce fut l’instinct de survie qui la tira du sommeil, péniblement, presque avant même que le bruit sourd des pas lui parviennent aux oreilles. Elle craignait tellement que les hommes de l’Ouest ne la retrouvent que même endormie, ses sens demeuraient aux aguets. Elle agrippa le bras de Niüna à côté d’elle en murmurant très vite :


« Debout, y a quelqu’un...»

La jeune elfe réagit avec une efficacité qui la surprit et lui confirma qu’elle avait beaucoup appris lors des derniers mois. D’une foulée souple et silencieuse, Kaleya la suivit, s’accroupissant sur une branche au-dessus de la sienne, ses deux lames tirées prêtes à entrer en action. Ainsi dissimulées dans l’ombre, elle espérait néanmoins qu’elles réussiraient à passer inaperçues. Elle faisait confiance en Niüna pour que celle-ci ne décoche pas de flèche si cela n’était pas nécessaire. Par-dessus tout, elle craignait qu’on l’ait retrouvée. Elle n’avait cessé d’avoir peur depuis sa séparation avec Balsa. Elle avait beau vouloir s’illusionner, s’ils la rattrapaient, elle ne pourrait pas lutter. Les muscles tendus à leur maximum, ce fut presque avec soulagement qu’elle les vit sortir du couvert des arbres. Elle ne supportait pas l’attente. Elle plissa les yeux pour distinguer les traits des deux nouveaux arrivants. L’un d’eux était particulièrement petit, et l’autre... Elle n’aurait peut-être pas réussi à le reconnaître tant il avait changé : son visage, sa démarche, sa silhouette... Kaplen.

« Pourquoi Kaplen est-il en compagnie d’un nain ?! » ne put-elle s’empêcher de s’exclamer, ne trouvant pas d’autres qualificatifs pour le petit personnage qui l’accompagnait.

Le jeune homme sursauta, aussi surpris qu’elle semblait-il. Décidément, c’était une nuit de coïncidences. Elle descendit de sa branche, suivie de Niüna, pour faire face au capitaine. Son compagnon de voyage ne se soucia pas le moins du monde d’elles pour se ruer sur les restes de nourritures qu’elles avaient laissés. La neko ne se préoccupa pas de lui très longtemps. Une joie sincère irradiait en elle mais comme avec Niüna quelques heures auparavant, elle ne savait pas quoi dire ni quoi faire. Alors elle demeura plantée là, à dévisager Kaplen comme lui-même le faisait. Elle voyait dans son regard à quel point elle avait changé, tout comme lui-même devait le lire dans le sien. Le fier capitaine plein de projets qu’elle avait quitté semblait s’être transformé en un jeune homme affaibli et perdu... et tout à la fois, une force et une volonté phénoménale se percevaient en lui. Il avait souffert, il souffrait encore, et il avait grandi tout en se recroquevillant. C’était une impression étrange, troublante. Ils avaient vécu tellement de choses, chacun de leur côté, que Kaleya avait l’impression que les uns et les autres se redécouvraient, réapprenaient à faire avec leurs nouvelles identités respectives.


« C'est qui lui ? »

La voix de la jeune elfe tira Kaleya de son incapacité à agir et lui fit soudain réaliser que la présence du nain malpoli qui accompagnait Kaplen n’était pas normale. L’explication du capitaine, quelque peu hésitante, sonnait presque comme une excuse. En observant le comportement grossier de son compagnon, la neko eut même la certitude que c’en était une. Elle esquissa un sourire amusé et haussa les épaules. Au final, poli ou non, s’il pouvait être d’une quelconque aide à Kaplen et son équipage, c’était sûrement une bonne chose. Dans l’immédiat, cependant, tout ce qui lui importait était le regard grave que posait le jeune homme sur elle, rempli d’une émotion qui la surprenait de sa part. Le sourire qui se dessina sur son visage était d’une sincérité désarmante, tout comme la phrase qu’il prononça ensuite. Emue par cette marque d’amitié, Kaleya sourit à son tour et murmura :

« Toi aussi. Vous aussi, vous m’avez tous manqué... Je suis désolée de ne pas avoir été là. »

Ils se turent et pour un instant, Kaleya crut être retournée en arrière, à vivre avec ses amis sur le navire. Tant de choses avaient changé depuis et pourtant, soudain, cette ancienne vie lui semblait si proche. Elle aurait aimé y revenir. Partir avec eux elle ne savait trop où. Mais elle ignorait si elle était capable de tourner le dos aux révélations qu’Hybris lui avait faites. Elle y réfléchirait plus tard, plus tard, pas maintenant.

« D’ailleurs, c’est pas que je suis pressé, mais si vous voulez vos sacs d’or, faudrait retourner à l’épave ! Eh ouais !!! la moitié à l’épave, et le reste à destination ! » intervint brusquement le nain.

Elle tourna un regard légèrement agacé vers celui qui venait interrompre ces retrouvailles et avec un sourire aiguisé et une étincelle de moquerie dans la voix, ignorant totalement sa déclaration, elle s'exclama :

« Ah, je suis enchantée de vous rencontrer, moi aussi. Je m’appelle Kaleya. Et vous ? »

Lui laisser à peine le temps de répondre, plus sérieusement, elle ajouta :

« Réparer un bateau prend du temps de toute façon, je ne crois pas qu’on est à quelques minutes, ou même à quelques heures près. Peut-être que vous appréciez de marcher la nuit mais je ne pense pas que ça soit une nécessité. »

Puis elle tourna un regard interrogateur vers Kaplen et s’enquit :

« De quelle destination il parle, au fait ? »

Elle ajouta doucement, hésitante :

« Vous avez abandonné l’idée d’aller à l’ouest, hein ? Il ne faut pas... il ne faut vraiment pas que vous y alliez. Vous vous feriez massacrer. Je... j’en reviens. C’est un miracle que j’en ai réchappé. Ils sont trop puissants, tu n’aurais même pas l’occasion de voir au-delà de leur muraille... ça ne sert à rien. »

Elle s’était emportée dans son explication et n’avait pas réussi à dissimuler l’amertume dans sa voix. Mais elle se rattrapa à temps pour ne pas dévoiler qu’elle était probablement poursuivie. Plus tard. Inutile de les inquiéter pour rien.

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MessageSujet: Re: La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter   Dim 16 Sep 2012, 13:54

Lorsque Kaleya lui répondit, Kaplen se sentit doucement fondre. Il n'y avait pas d'autre mot. Tous ses muscles se détendaient au même moment, son corps, qui le faisait toujours souffrir, se décontractait. C'était comme si il avait attendu ce moment depuis très longtemps.
Avec Kaleya ils avaient toujours eu une relation de confiance basée sur un profond respect mutuel, mais rien de fusionnel, rien de profondément émotionnel.
Et voila que rien que le fait de lui parler libérait en lui des tensions accumulées depuis plusieurs mois.

« D’ailleurs, c’est pas que je suis presser, mais si vous voulez vos sacs d’or, faudrait retourner à l’épave ! Et ouai !!! la moitié à l’épave, et le reste à destination ! »

Le jeune homme tiqua légèrement. Il aurait préféré que ce moment se déroule sans aucun élément étranger, d'autant plus un nain particulièrement caractériel. Lorsqu'il entrevit le petit sourire en coin de Kaleya, il se dit qu'elle le comprenait. Bien malgré lui, le nain lui avait sauvé la mise grâce à (malgré?) son odorat sur développé.


« Vous avez abandonné l’idée d’aller à l’ouest, hein ? Il ne faut pas... il ne faut vraiment pas que vous y alliez. Vous vous feriez massacrer. Je... j’en reviens. C’est un miracle que j’en ai réchappé. Ils sont trop puissants, tu n’aurais même pas l’occasion de voir au-delà de leur muraille... ça ne sert à rien. »

Kaplen poussa un profond soupir. Il avait abandonné toutes les idées. Plus rien de ce qu'il n'avait imaginé ne se déroulerait désormais. Ils n'étaient plus qu'un équipage miséreux, plus rien à voir avec ces grands jours de faste et de débauche. Désormais, il leur fallait se battre pour manger...

-Oui... De toute façon on a abandonné beaucoup de choses... Enfin, tu verras l'Opale... Et tu comprendras.

Celà lui brisait le coeur, mais il fallait bien se faire une raison. L'Opale et tout son équipage n'étaient pas passés loin de rejoindre l'autre coté par le fond. Même s'ils étaient parvenu à faire les principaux travaux, ce n'était que du gros oeuvre, et le navire ressemblait plus à une ébauche qu'à autre chose désormais. Il allait falloir retravailler activement encore une bonne partie du bateau. Au moins naviguait-il correctement désormais.

Esquissant un bâillement qui, il le savait, reviendrait à la charge dans peu de temps, le jeune homme s'étira lentement.

-Il est encore tard... Ou tôt. Si on se posait ici pour la nuit? Niüna, tu nous montreras un chemin rapide pour rentrer... Si tu veux bien rentrer avec nous. J'aurais à te parler demain, si cela ne te dérange pas.



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La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter

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