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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
"Dieu nous rêve. S'il s'éveille, nous disparaissons à jamais."
"Nous trouverons un chemin... ou nous en créerons un."
"Le rêve de l'homme est semblable aux illusions de la mer."
"Il n’est pas de vent favorable, pour celui qui ne sait pas où il va…"
"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 Entre Reines... (Oanig)

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*Humain*

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MessageSujet: Entre Reines... (Oanig)   Ven 09 Juil 2010, 18:16

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― Sus à l'ennemi !

Une bataille faisait rage au beau milieu d'un ciel azuré. La voix perçante de Sir Galdaroc passait d'une octave à l'autre tandis qu'il hurlait des ordres à une armée de soldats ailés. Cramponné à un animal qui s'apparentait à une grosse tortue volante, il agitait nerveusement son épée dans tous les sens, ruisselant de sueur. L'intenable chef de la Garde Royale devait faire face à un ennemi des plus inhabituels. Il était avéré qu'il était un très mauvais militaire, et malgré son engouement pour le combat, il n'avait mené que de rares batailles contre des ennemis insignifiants.

Cette fois-ci, leur assaillant était un homme svelte à la peau très pâle. Des cheveux grisonnants tombaient sur ses yeux mi-clos, mais cela ne semblait pas le gêner pour avancer sur une des fines cordelettes qui menaient jusqu'au Palais. Les soldats l'encerclaient de toutes parts et l'attaquaient à coups de hallebardes et d'épées, mais tombaient tous comme des mouches avant de pouvoir entrer en contact avec lui. Impassible, l'étrange individu montait vers la demeure de la Reine en abattant les gardes.

Une centaine de mètres plus loin, aux portes du Palais, sur le seuil où se rejoignaient toutes les cordes, Raei observait la scène. Elle affichait une mine sombre et son regard était ferme. A ses côtés, Biblum Buck Babil s'agitait nerveusement.

― Ma Reine..?

Raei ne répondit pas.

― Cet homme... Il n'est pas le fruit de votre imagination, n'est-ce pas ?
― Tu viens d'enfreindre la première règle de la Charte, Biblum.

Sur ces mots, Raei laissa là son intendant terrorisé et emprunta la même cordelette que leur agresseur pour aller lui faire face. Tous deux marchaient lentement en se fixant du regard. Lorsqu'elle arriva au niveau de Galdaroc, Raei murmura :

― Retournez au palais.
― Hors de question !
Retournez-y !

Surpris par la violence de l'ordre, le loquace Galdaroc perdit sa langue et fit signe à ses soldats de rentrer à la forteresse, laissant seuls les deux adversaires. Ceux-ci, une fois rejoints, restèrent tous deux silencieux un instant, puis l'homme parla le premier.

― Un bien étrange songe que celui-ci.
― J'ignore comment vous avez pu venir ici, mais je vous conseille vivement de partir.
― Ah ? Merci du conseil. Mais que peut une simple humaine face à un incube tel que moi ?

Un incube ? Raei ne connaissait pas ce mot. Dans les histoires des vieux piliers de taverne, elle avait souvent entendu parler de créatures démoniaques capables de s'immiscer dans les rêves des gens. Mais elle avait toujours pensé qu'ils avaient l'apparence de femmes. Était-ce de cela qu'il s'agissait ?

― Je peux beaucoup, ici.

Cette phrase eu l'air de réjouir le démon qui se mit soudain à hurler de rire. Il releva une mèche de cheveux, découvrant un de ses yeux, puis afficha un large rictus, creusant une fossette profonde dans sa joue gauche.

― Montre moi.
― Crève.

Aussitôt, la corde lâcha. Raei resta en l'air mais l'incube, surpris, tomba sur plusieurs mètres avant de se ressaisir et de se poser sur un autre fil. Celui-ci se détacha à son tour et s'enroula autour du corps du démon, le ligotant fermement. Cette fois-ci, il chuta vers le néant en poussant un cri de rage.

― Impressionnant.
― Intéressant.
― Flippant.

Trois voix s'étaient élevées autour de Raei. La Reine d'Envers balaya le ciel du regard et découvrit trois nouveaux individus, perchés sur des cordes, dans des directions opposées. Le premier avait l'air d'un clown blanc un peu fou, le second avait l'apparence un blondinet androgyne et le troisième était un jeune homme couvert de piercings et de bijoux.

― Je parie que tu te sens puissante d'avoir si facilement maîtrisé Rayn.
― Il n'y a pas de quoi, pourtant. Nous ne sommes que des incubes de seconde zone.
― Ouais.

Le ciel s'assombrit alors brutalement, se recouvrant de nuages noirs. Une averse débuta, tout aussi subitement. Raei s'efforça de rester calme, debout dans le vide, cernée par les trois démons. Si elle s'écoutait elle se serait ruée sur eux pour les frapper, mais elle ne devait pas se laisser dompter par ses émotions. Elle n'était pas toute-puissante, et si elle voulait contrôler son rêve, il fallait rester calme...

― Une chance que nous soyons tombés sur ton beau visage endormi. Tu sais que tu es en train de sommeiller sur une plage ? La marée va finir par t'emporter.
― Allez, ça suffit ! J'en ai marre de discuter !

Les trois monstres resserrèrent leur cercle autour de Raei. Le palais avait disparu, ainsi que tous les sujets. Les cordes, également ; il apparaissait que les trois intrus n'avaient en réalité nulle besoin de cela pour rester en l'air. La jeune femme se sentit oppressée. Les incubes s'approchèrent encore, et elle finit par sentir la chaleur que dégageaient leur corps. Allait-elle réellement se laisser avoir par ces démons ? Allait-elle les laisser pénétrer dans son seul refuge, pour y subir leur loi ? Non, c'était inconcevable. Personne n'avait le droit d'entrer dans son Royaume.

L'androgyne déposa un baiser dans son cou. Aussitôt, un orage éclata. Des éclairs blancs s'abattirent dans tous les sens, frappant plusieurs fois chaque démon. La lumière était aveuglante. Raei ferma les yeux. Les hurlements des créatures lui arrachèrent les oreilles, s'ajoutant à la voix du tonnerre qui semblait crier les injures que l'humaine gardait pour elle. Les assaillants finirent par s'enflammer, se consumèrent et ne laissèrent que des cendres que le vent emporta. Le ciel se dégagea, le Palais réapparut et Biblum rejoint rapidement la Reine exténuée, mais aussi inquiète.

Son Monde n'était pas sauf.
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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Lun 12 Juil 2010, 16:07

Un bruissement de tissu emplit la salle. Rien qu’un court instant de silence. Dans un geste ample et expérimenté, le vendeur avait attrapé chaque côté du rouleau et l’avait soulevé avec vigueur dans les airs, déployant le magnifique organza mauve, aux reflets violines. Depuis son trône, la Reine n’avait encore pas bougé, faisant la moue depuis trois bobines de tissus à tout ce qui s’emmêlait en chatoyant sous ses yeux. Elle n’aimait pas le rose. Cette couleur ne la mettait pas suffisamment en valeur. Tout l’habillait, certes, mais le mauve, le pétale, le bonbon… C’était sa beauté qui les faisait resplendir et non l’inverse. Elle fit tomber son menton dans sa main, avachie sur un accoudoir, en signe d’ennui. Un frisson parcourut l’échine du marchand. Il se mit à suer de plus belle, la bruine salée recouvrant déjà son front à son entrée se changeant en gouttes rondes et bien formées. Il allait bientôt sentir mauvais avec ça ! Mais elle ne pouvait pas s’en débarrasser, c’était son meilleur fournisseur, et un des derniers à accepter d’entrer dans le royaume souterrain. Elle agita sa main libre pour le stopper.

« _Dagobert, vous ne devez plus vous en souvenir à cet instant présent, mais je suis un agneau si tendre avec vous que je dois inspirer du dégout à tout l’enfer à ne pas vous occire sur le champ pour ces pathétiques démonstrations de tisseranderie.

Elle laissa un nouveau silence passer, durant lequel il la fixa en essayant de contrôler ses tremblements. Oui, un agneau… Le symbole ironique de sa cruauté. Elle prit un gros grain de raisin sur le plateau disposé près d’elle et le savoura, les paupières mi-closes, imaginant qu’il s’agissait d’un morceau de la paume de cet incapable.

_Vous devez avoir remarqué que je ne porte jamais de rose, et je vous pardonne votre idée car j’imagine que vous vouliez vous montrer surprenant, nouveau à mes yeux… Mais brûlez-moi ces rouleaux une bonne fois et passons au véritable tissu.

Elle s’arrêta encore, réfléchissant :

_A moins que Cassandre en ait besoin… Elle m’a dit qu’elle redécorait tout le manoir, vous allez passer la voir dès que j’en aurais fini avec vous. Bien, commençons par la soie, Dagobert ! conclut-elle en frappant dans ses mains.

_Oui, ma Grandeur, murmura-t-il douloureusement. »

Le tessier brassa sous ses yeux des étoffes précieuses, chatoyantes, douces, raffinées, aux teintes vives, aux mailles filtrant ou renvoyant la lumière, pendant toute la matinée. La Reine les choisissait toutes, descendue de son piédestal elle les essayait toutes sur sa peau nue, les faisait bruisser à son oreille, les passait sur ses lèvres douces. Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas fait venir Dagobert et profitait de chacune de ses créations avec ravissement, oubliant sa rancune pour sa faute de goût première.

Elle avait dû lui commander une visite à domicile urgente. Quelques jours auparavant, à force de rire devant les tentatives d’un morceau de viande à s’échapper de ses griffes, elle en avait attrapé un hoquet incendiaire. A chaque sursaut de son estomac, elle s’était enflammée, grillant sa première robe dans la salle d’audience et toutes les autres une fois arrivée dans sa chambre pour se changer. Les rideaux de son lit avaient eux aussi carbonisé, ses tapis, ses tentures… Elle avait du s’engouffrer dans un couloir désert toute la journée, recouvrant les murs de suie, consumant les torches. Depuis elle ne s’habillait que de quelques bijoux, se promenant nue et sans gêne dans son royaume, ne souhaitant revêtir les parures de ses sujets. Aujourd’hui, elle avait deux fins pendentifs en argent agrémentés de petites pierres précieuses à ses mamelons, ainsi qu’un bracelet entortillés sous l’arrondi de son épaule.

« _Bien, nous en avons assez.

Elle frappa deux fois dans ses mains, ce qui eut le pouvoir de faire apparaître un incube devant les portes de la salle et cliqueter ses pendentifs l’un contre l’autre.

_Raccompagne Dagobert chez les Moroi. Prends-en un autre avec toi. Et appelle-moi Sven, j’ai de la couture pour lui ! »

Elle sourit à par elle, imaginant déjà les superbes tenues qu’il allait lui créer avec ses doigts de fée. Mais tandis que Dagobert disparaissait, et que le temps commença à lui sembler long, Sven ne vint pas. Ce fut Nerja qui le lui apprit. Elle apportait un plateau de phalanges en tartare, expliquant qu’ils avaient retrouvé un prisonnier au fond d’une cellule.

« Ils sont partis à l’aube après leurs corvées, du côté de Rosyel. La plage, d’après Evir. Ils ne sont jamais revenus… »

Oanig fronça les sourcils, piochant distraitement un morceau de doigt et le portant à ses lèvres pour le suçoter. Elle avait besoin de son meilleur couturier, et maintenant ! Et lui il gambadait gaiement dans un rêve avec ses compagnons… A quatre, ils étaient obligés d’y aller à quatre, ces abrutis, pour espérer dévorer une rêveuse ! Quelle bande d’incompétents. Ils auraient dû l’avoir déjà mangé, c’était étrange qu’ils ne soient pas revenus.

« _Pourquoi sont-ils allés si nombreux ? Un fantasme ?

_C’est que ce sont loin d’être les plus dangereux, ma Reine… A l’aube elle devait être prête à se réveiller, reposée.

_Plus sonnée qu’au milieu de la nuit, Nerja.


Elle tapa du poing sur l’accoudoir, irritée par l’incompétence des uns et l’ignorance des autres.

_Ca leur ait souvent arrivé ?

La succube fit la moue, secouant mollement la tête.

_ Je vois. Alors ils se sont peut-être perdus dans le monde des rêves en revenant. Ou alors ils sont morts, un pauvre tas de chair humaine les ayant découverts endormis autour de la rêveuse et jetés à l’eau. Et je me retrouve sans mon couturier !

Elle se retint de lâcher un gros mot. Sa décision sembla alors lui tomber dessus comme un bloc qui se serait détaché du plafond :

_Je vais y aller moi-même, siffla-t-elle d’une voix qui ne présageait rien de bon pour ceux qui se trouveraient sur sa route. Trouve-moi un bout d’étoffe suffisamment grand pour que je m’en enveloppe !

Nerja déposa son plateau et repartit de la pièce à la limite du trot.

_Coccyx ! COCCYX !

Une chouette immergea d’un trou de la paroi, les yeux globuleux brillants de sommeil. Après deux pas maladroit en bordure de son nichoir, elle parut tomber en chute libre dans le vide, ouvrant les ailes au dernier moment pour se poser mollement sur l’avant-bras de la Reine. Celle-ci lui tendit sa phalange.

_Tu viens avec moi, boule de plume. »


* * *

« _Voilà un moment que nous ne nous sommes pas retrouvées à l’air libre, toutes les deux… »

La chouette lui répondit d’un picorement dans la chair crue qu’elle lui avait donné, et qu’elle tenait des serres d’une de ses pattes. Oanig et elle venait d’arriver sur la plage de Rosyel, complètement à découvert, en ayant emprunté le même canal que les quatre idiots qu’elle cherchait. S’ils avaient été là, elle les aurait grillés sur place. En plein après-midi, il n’y avait cependant pas un canard.

« _Coccyx.

La chouette ne quittait pas son repas du bec.

_ J’ai besoin que tu fasses un tour. Trouve-moi les corps, repère les autochtones, cherche un endroit tranquille. Et reviens vite, si tu veux récupérer ton goûter ! »

Elle lui arracha le bout de doigt des serres et lui envoya une pichenaude dans les plumes. Le rapace se renfrogna et quitta son épaule la mine boudeuse. La Reine avait l’habitude, les chouettes et le protocole ne s’entendaient pas bien. Les chouettes et la soumission non plus, d’ailleurs. Elle attrapa les pans de sa robe et entreprit d’explorer un peu les environs, en prenant garde à ne pas toucher l’eau salée qui bouillonnait sur le sable à quelques pieds d’elle. Rien que cette odeur nauséabonde de marée l’insupportait.

Du sable, de l’eau, une forêt. Un grand soleil. Coccyx revint bientôt, en cercles au dessus d’Oanig, prête à la guider. Cinq minutes plus tard, elle découvrit le corps d’une jeune fille, mince, brune, peu commune. Entouré de quatre incubes fagotés comme des pouilleux. Elle grinça des dents. L’un avait le coup tordu, les trois autres étaient striés de brûlures. Tous étaient à moitié baignés dans l’eau qui remontait sur la rive. Sven, le blond, le seul ayant un peu de prestance, avait les paupières closes tournées vers les cieux. Elle le tâta du bout du pied, appliquant sa plante nue contre sa joue : froid. Ses mâchoires se resserrèrent. A coups de pied hargneux, elle dégagea le corps de la femme qu’elle attrapa par les aisselles. Elle suivit Coccyx dans un bosquet, traînant derrière elle la dormeuse sans ménagement. Si la garce se réveillait, elle retournerait proprement et rapidement dans le monde des rêves, même si la Reine devait se casser un ongle pour ça.

Une fois assurée du camouflage, elle s’accroupit près de la victime et tendit son cou pour écouter sa respiration. Calme. Mais ses yeux sous la membrane de ses paupières étaient très agités. S’installant confortablement à côté d’elle, Oanig attrapa la chouette par les pattes et se pencha sur les lèvres de l’humaine. L’instant d’après, elles atterrissaient dans un endroit… Surprenant.

En suspens sur un câble. Entourées de plusieurs dizaines d’autres câbles, tous convergents au même endroit : un palais. La Reine libéra l’oiseau, qui vint immédiatement se réfugier sur son épaule. Evidemment, elle n’avait pas pris sa friandise avec elle. Mais Oanig ne se souciait pas des picorements teigneux dans son cou. Habituellement, c’était les succubes qui décidaient du terrain, une fois endormies. Il y avait souvent du chemin à faire, des endroits connus, d’autres à imaginer. Et cet endroit là, par-dessus tout ce qui était étrange, elle ne l’avait jamais vu. Le rêve était son domaine, elle l’avait arpenté de fond en comble, c’était sa propriété et elle en connaissait jusqu’au moindre placard. Où était-elle ?

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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Ven 16 Juil 2010, 17:19

Raei retournait vers son palais rouge en remontant lentement la cordelette par laquelle elle était descendue. La tête baissée, le regard dans le vide, elle pensait à ce qui venait de se produire. Certaines personnes étaient capable d'entrer dans ses rêves ; voilà bien une chose qui pouvait l'effrayer. Elle avait toujours traité le monde matériel avec désintérêt car elle pensait qu'Envers échappait totalement aux règles de ce qu'on appelait « la réalité ». Elle était certaine d'y être à l'abri de tout et pensait que son seul risque était de ne plus pouvoir y retourner quand elle le désirait. Et voilà que quatre démons allaient librement dans son esprit pour se rire d'elle. Rien n'était donc sauf ? Même pas ce monde qu'elle avait construit et façonné depuis plus de dix ans ?

Biblum Buck Babil la rejoint rapidement en agitant ses petites ailes de mouche. La sueur perlait sur son front gras qu'il essuyait avec un mouchoir blanc. Il semblait aussi inquiet que sa Reine et le montrait ouvertement en respirant fort et fébrilement. Lorsqu'il parvint à émettre un son entre deux bouffées d'oxygène, il dit en rajustant son monocle de soleil :

― Vous devriez faire attention aux endroits que vous fréquentez, de l'autre côté.

Raei ne répondit pas ; elle pensait la même chose. Elle marcha en silence tandis que son intendant voletait à côté d'elle en lui faisant un sermon.

Elle foula le seuil de marbre à l'entrée du palais ; une dizaine de personnes lui faisait face en l'acclamant. Oubliant un instant ses sombres idées, Raei se retint d'éclater de rire ; comme c'était bon, la gloire. Sir Galdaroc s'avança alors. Il avait abandonné sa monture céleste et marchait en zig-zag en faisant tinter son armure. Il était suivit de très près par Gûma, le sage colosse qui tenait auprès du chevalier surexcité le rôle de catalyseur.

― Si vous m'aviez laissé rester, je les aurais pourfendus !

Raei adressa un sourire à la petite teigne.

― Je n'en doute pas, Sir Galdaroc.

Le militaire se lança alors dans un récit mimé du carnage qu'il aurait fait ; tout le monde l'écouta en riant. Les réjouissances furent cependant de courte durée car bientôt, la voix affolée de Biblum s'éleva dans le dos de Raei.

― M-m... M-ma Reine...

Tout le monde se tourna vers l'Intendant qui pointait un doigt tremblant vers les câbles ; Raei regarda au loin et des exclamations de surprise ne tardèrent pas à se faire entendre. En équilibre sur l'une des cordes se tenait une silhouette gracieuse accompagnée d'un animal. Une femme. D'une élégance rare, pensa la Reine.

― Nom d'une barbute ! Voilà qu'on nous envoie une femelle pour mettre à bas le Royaume !
― J'y vais. Biblum, tu viens avec moi. Gûma, faites le nécessaire.
― Bien, ma Reine.

Aussitôt, le colosse chauve attrapa le petit chevalier par la taille ; celui-ci se débattit en hurlant des injures à tout va. Gûma l'emmena à l'intérieur du palais sans un mot. Puis, Raei foula une nouvelle fois, telle une funambule, la corde fine qui la mènerait jusqu'à la nouvelle intruse. Lorsqu'elle et Biblum furent assez loin de la bâtisse pour ne pas être entendus, elle murmura :

― Je t'aurais bien laissé derrière mais tu en sais bien trop sur ce monde et sur moi pour ne pas déclencher une panique. Et puis, j'ai ce sentiment étrange que cette femme est une personne importante.
― Elle a l'air hautain et prétentieux.
― Tu dis cela parce que tu la trouves belle.

Le petit homme grassouillet au nez crochu parut soudain très gêné et sont visage rosit. Ils étaient à présent assez proches pour distinguer les traits fins du visage de la femme et l'éclat de sa chevelure auburn. Comme pour détourner ses pensées, Biblum dit :

― Voilà un bien curieux animal.

Le reste du trajet se fit en silence. Lorsque Raei ne fut plus qu'à quelques mètres, elle s'arrêta et fixa la créature. Biblum s'avança en battant de ses ailes minuscules et déclara d'un ton qu'il voulut solennel :

― Qui êtes-vous pour pénétrer ainsi dans le Royaume d'Envers ?

Sa voix chevrotante trahissait sa nervosité et son intimidation. Raei ne bougea pas. Alors qu'elle observait la mystérieuse créature, deux choses se confirmèrent dans son esprit : primo, cette personne était plus redoutable que les précédents assaillants ; secundo, son Monde n'était pas sauf.
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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Lun 19 Juil 2010, 23:41

La chouette s’arrêta soudain de la mordre, ses yeux ronds levés vers le palais. Oanig ne les voyait pas encore, mais elle ne doutait pas des sens de son compagnon. Il y avait quelqu’un.

« _C’est bien, le plumeau, je vais avoir besoin de toute ton attention. »

Elle plissa les yeux dans la direction que lui indiquait sa girouette, comme si cela lui permettrait de discerner plus tôt les habitants de ce monde étrange. Des silhouettes se détachèrent enfin, au nombre de deux, dont une appartenait à la jeune femme endormie. Elle avait l’allure fière et majestueuse d’une personne de pouvoirs. Se prenait-elle pour l’impératrice de ce monde ? Oanig releva le menton, prête à lui montrer qui gouvernait, ici. Et elle attendit qu’ils arrivent à sa hauteur, immobile, car ce n’était pas à elle de se déplacer jusqu’à eux. Ses yeux ne les quittèrent jamais, comme si l’endroit autour ne l’intéressait pas. Toutes les astuces protocolaires sont bonnes pour réaffirmer son autorité suprême.

La deuxième personne était un petit homme replet ailé. Une création. Très enfantine. La Reine se passa la langue sur les lèvres, piquée de curiosité.

« ― Qui êtes-vous pour pénétrer ainsi dans le Royaume d'Envers ? »

Coccyx frétilla sur l’épaule de la Reine, gonflant toute ses plumes avec arrogance, cinglant de son regard jaune celui qui avait osé leur adresser la parole. Quant à Oanig, elle sourit mielleusement, le regard toujours fixé sur la jeune femme, étudiant son expression. Il n’y avait pas grand-chose à décrypter, en réalité, sur ce masque fade de toute émotion. Etait-elle effrayée ? Avait-elle, comme la Reine, un curieux sentiment d’indignation face à cette farce ? Ressentait-elle la piqure de la jalousie devant cette beauté légendaire et historique ? Impossible de le savoir, la succube n’aimait pas ça. Bien qu’elle soit certaine d’avoir la meilleure situation en cet instant, ce curieux recoin inexploré l’avait, pour ainsi dire, piquée au vif. Et ça la démangeait fortement. Elle voulait en savoir plus tout de suite ! Néanmoins, avec le plus grand calme qu’elle put se procurer, elle entrouvrit ses délicieuses lèvres pour prendre la parole et bien recadrer les choses :

« _Un Royaume ? Je ne vois qu’un amas de pierre bien ficelé au milieu du ciel, solitaire, dans le monde des rêves qui est le mien. Pour qu’il existe un royaume il faut un roi ou une reine, comme moi, et des sujets, comme vous. Et si je suis cette Reine, je me demande bien… Qui est Envers ? Le roi de cette misérable mascarade ?

Ses doigts dorés vinrent lisser un brin de chevelure sur son épaule, tandis que sa gorge vibrait d’un petit rire cristallin.

_Il va falloir qu’il me rencontre au plus vite, j’aurais deux ou trois détails à lui apprendre. Car je suis incontestablement la maîtresse de ces lieux, et bien que vous soyez chanceux de pouvoir vivre en chimères fantasques libres dans ma demeure, je ne vous accorderai plus désormais le privilège de converser avec vous. Filez chercher votre souverain maintenant, tss !»

Elle accompagna sa dernière phrase d’un splendide cassé de poignet pour les inciter à s’éloigner.

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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Mer 21 Juil 2010, 23:40

Raei fixait la mystérieuse arrivante. Elle était vraiment belle ; elle en avait même quelque chose de déstabilisant, un charisme purement physique qui vous prend aux tripes sans que l'on puisse dire si c'est en bien ou en mal. La Reine ne laisse cependant rien paraître. Elle l'écouta parler en fronçant légèrement les sourcils. Elle méprisa d'abord le paysage qui l'entourait, se proclama ensuite souveraine de ce monde et demanda à « rencontrer » Envers... Dès que ces mots parvinrent à ses oreilles, Raei ferma les yeux, s'attendant à entendre un éclat de rire.

Et ce fut le cas. Biblum éclata effectivement de rire, d'un rire qu'il voulut sans doute moqueur, mais dans lequel on décelait une nervosité alarmante.

― Envers n'est pas une personne !

Raei serra les dents ; il était plus que clair que rire au nez de cette femme était la chose la plus stupide à faire. Cependant, elle avait décrété être la souveraine de ce Monde. A la fois excédée par l'orgueil de la créature et exaspérée par le comportement de son intendant, elle coupa ce dernier alors qu'il s'apprêtait à tourner l'intruse en ridicule et prit la parole.

― Je suis la seule et unique souveraine de ces lieux. Ne croyez pas qu'ils se limitent à ce palais.

Raei releva légèrement les bras et tourna ses paumes vers le haut. Autour d'elle, les cordelettes se tendaient dans toutes les directions et disparaissaient dans l'inconnu.

― Nous sommes dans les Chemins Tressés. Au bout de chaque corde se trouve un lieu différent et chacun d'entre eux m'appartient. Je suis la mère de ce monde.

Raei s'avança vers son interlocutrice en plongeant son regard noir au plus profond de ses pupilles. Lorsqu'elle n'en fut plus qu'à un mètre ou deux, elle prit un air de défi et ajouta :

― Vous cherchiez Envers ? C'est moi... Et moi seule.

Comme pour ponctuer cette phrase, une petite brise froide s'éleva, venue du palais de la Reine d'Envers, faisant danser les cheveux et les vêtements des deux femmes. Biblum lutta pour rester en l'air mais finit par se poser sur le câble le plus proche.

Raei n'avait pas fini de se battre, aujourd'hui. Elle appréhendait ; jamais personne n'était entré dans son rêve, c'était une chose qu'elle ne croyait pas possible. Et voilà que cinq démons venaient chacun leur tour la défier sur son propre terrain. Qu'est-ce que cela signifiait ? Ce n'était pourtant pas la première fois que la jeune femme s'endormait sur l'île de Rosyel... Elle se demanda ce qu'il se passerait en cet instant si elle se réveillait. Laisserait-elle son Royaume sans défense ? Cela n'arriverait pas, cependant : son sommeil était en partie forcé, elle allait dormir encore quelques heures. Il fallait qu'elle reste dans son rêve. Cette femme pouvait-elle l'en chasser ? Pas si Raei le faisait la première.
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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Dim 25 Juil 2010, 14:36

L’insecte émit un son déplaisant, strident. Coccyx arrondit encore plus les billes jaunes qui lui servaient d’yeux, rendant son regard surnaturel. Mais la Reine ne pouvait que sentir les réactions de son compagnon, concentrée à fixer la jeune femme. Elle devrait peut-être ciller une fois, cela apaisait souvent les mortels de croire qu’elle avait une faiblesse humaine. Inconsciemment, tout ce qu’ils voyaient de différent les effrayait. Et elle n’avait pour l’instant pas dans l’intérêt de la rendre plus méfiante. Et puis, un battement de cil la rendait si charmante…

Elle battit des paupières, doucement, mesurant son geste. Et l’humaine prit la parole, enfin, d’une voix couleur moutarde posée. Plus un pour la diplomatie, zéro pour les nerfs. Oanig l’écouta avec attention, le cou délié cette fois pour suivre le chemin de quelques cordelettes qu’elle lui montrait, curieuse. Elle ponctua son discours préliminaire d’une petite démonstration, rafraîchissant la succube et sa chouette semi-domestiquée. Bien, peut-être devrait-elle finir de se présenter à son tour ? Elle sourit et tendit une main vers son interlocutrice en signe de paix :

« _Enchantée, dans ce cas. Je suis Oanig Ain’Hoa, la Reine des Succubes. Le pire cauchemar, le seul et unique.»

Elle se mordit la lèvre, se retenant d’étirer plus ses lèvres souriantes avec ses dents. Car en réalité, elle n’était plus énervée. Certes, son couturier allait moisir au fond de la mer, mais c’était uniquement à cause de son taux de nigosité trop élevé (et de ses mauvaises fréquentations, mais pour être un incube, ne faut-il pas être un idiot ?). Cependant ce qu’elle venait de découvrir valait plus qu’une garde-robe. Elle ne saisissait pas encore tout, mais des plans machiavéliques abrités dans sa chair commençaient déjà à chercher une utilité à une telle découverte… Son El Dorado ? Elle ronronnait intérieurement…

Oanig fit un pas sur la ligne de la corde, perchée sur la pointe des pieds, à l’aise comme une mite dans de la laine, pour se rapprocher de son hôte. Elle avait gardé le même visage, le même parfum que l’authentique. Une limite ? Coccyx se redressa soudain sur ses pattes et libéra l’épaule de la souveraine en prenant son envol, pressentant ce qu’elle allait faire. La succube se laissa moins d’une seconde flotter dans les airs avant de se transformer en flamme et de tourner autour de la femme, récupérant un peu de hauteur à chaque cercle, puis de retourner se poser sur le fil gracieusement. Dans ses rêves, ses robes ne flambaient pas. Il en était de même dans ce rêve là. Et elle avait donc pleine possession de ses pouvoirs. Voilà qui était rassurant.

« _ Vous semblez très terre à terre, pour une rêveuse… Vous ne vous êtes même pas rajouté un peu de poitrine ou un bras élastique pour gratter n’importe quelle zone de votre dos…, remarqua-t-elle en gloussant pour expliquer son petit numéro.

Elle attrapa le tissu bleu qui lui couvrait les jambes et s’assit avec grâce sur la corde, les pieds pendants dans le vide créé. Diminuer de hauteur la rendrait sûrement plus à l’aise.

_J’avoue, ma chère Envers, que je serais très intéressée de rencontrer vos enfants… Mais j’aurais d’abord une question, si vous permettez cette indiscrétion. Avez-vous déjà senti une restriction dans la création de ces différents lieux ? »

Elle leva des yeux ombrés par la fronce de ses sourcils. La diplomatie, la manipulation, la stratégie… C’était bien joli, sur du papier, mais c’était fatiguant. Des détours, des petites routes, et surtout pas de panneaux, voilà ce que ça représentait alors qu’elle n’avait qu’à se téléporter où elle voulait aller. Et puis à cette heure là elle allait peut-être plus tarder à se réveiller et elle n’aurait pas répondu à ses interrogations ! Ce serait un beau gâchis d’attendre qu’elle ait de nouveau sommeil. Si jamais elle lui laissait le temps d’attendre…

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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Dim 29 Aoû 2010, 21:37

En réponse à l'attitude défensive de Raei, l'intruse se montra polie, presque aimable. Elle se présenta comme la Reine des Succubes, et accessoirement comme « le pire cauchemar » ; voilà qui augurait tout un tas de réjouissances. La jeune maîtresse d'Envers fut déconcertée par la réaction inattendue de la démone mais se contenta d'un hochement de tête absent. Au moins, si elle pouvait la chasser de son rêve, elle n'aurait plus à ce soucier de ces créatures.

Biblum respirait bruyamment ; voulant soutenir sa Reine, il balbutia quelques mots incompréhensibles. Raei leva un bras pour le couper et lui fit un geste de la main lui intimant de retourner au Palais Rouge ; un ordre auquel l'Intendant ne manqua pas d'obéir, laissant seules les deux souveraines. Oanig Ain'Hoa fit alors une chose étonnante : elle se changea en flamme et dansa un moment autour de Raei avant de reprendre sa forme humaine.

― Vous semblez très terre à terre, pour une rêveuse… Vous ne vous êtes même pas rajouté un peu de poitrine ou un bras élastique pour gratter n’importe quelle zone de votre dos…

Était-ce un affront ? Raei ne put réprimer un léger sourire en coin, qui fut sa seule réponse. De la poitrine ? Et pour plaire à qui ? Et a-t-on besoin de se gratter dans un rêve ? La jeune femme pensa que le petit tour de la Reine des Succubes ne servait qu'à l'impressionner et à lui montrer qui était le chef. Mais elle se trompait ; aussi puissante et renommée qu'elle devait être, elle n'avait aucun titre ici, et son sort ne serait pas différent de celui de ses serviteurs si elle voulait prouver le contraire.

― J’avoue, ma chère Envers, que je serais très intéressée de rencontrer vos enfants… Mais j’aurais d’abord une question, si vous permettez cette indiscrétion. Avez-vous déjà senti une restriction dans la création de ces différents lieux ?

Voilà bien une question étrange. Une restriction ? Que voulait-elle dire ? Comment pourrait-on être restreint dans son propre monde ? C'était tout l'intérêt de la chose que de n'avoir aucune limite, de pouvoir créer et habiter des lieux de pure fantaisie. Non, elle n'avait jamais ressenti ce genre de choses. Au tout début, lorsqu'elle était plus jeune, elle avait du mal à se projeter dans ses créations lorsqu'elle était éveillée et contrôler son rêve était une tâche ardue. Mais avec le temps et la pratique, elle avait acquis une force de concentration et de conscience telle que sa seule restriction était devenu celle de son imagination. Cependant, on ne peut désirer quelque chose que l'on ne peut imaginer, de ce fait Raei n'avait jamais été frustrée. A moins que... La Reine des Succubes voulait-elle faire allusion à une éventuelle attaque antérieure qui aurait affecté sa liberté de création ? Avait-elle déjà été confrontée à une succube par le passé ? Non, sûrement pas, elle s'en serait rendue compte...

Raei réfléchit encore un moment, cherchant dans sa mémoire la moindre trace de démon, mais en vain. Elle ignorait tout de ces monstres, elle ne connaissait pas leurs manières de procéder, ni leurs buts. Étaient-ils tous mauvais ? Étaient-ils dangereux, au fond ? Oubliant la raison première de sa réflexion, Raei demanda, l'air absent :

― Qu'est-ce qu'une succube ?

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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Dim 17 Oct 2010, 12:39

Woh, désolée pour le temps de réponse...

― Qu'est-ce qu'une succube ?

Le visage de la Reine passe de l’interrogation polie au froid le plus transperçant. Quel affront ! Elle refusait de répondre à sa question ! Avec son air d’huître mal réveillée qu’on a envie de citronner un bon coup ! Oanig se força à expirer calmement par le nez, mais ses narines pincées émirent un sifflement trahissant sa colère. Elle remit brusquement sa tête droite sur ses épaules et s’obligea à fixer le vide devant elle un moment. Ne pas s’enflammer. Il était normal qu’elle soit méfiante avec les inconnus, surtout qu’elle n’avait pas de porte à leur claquer au nez. Ne pas s’enflammer. Elle trouverait bien un moyen de glaner quelques informations. Ne pas s’en-fla-mmer… Elle serra les dents, sentant chaque pore de sa peau se dilater sous les assauts de ses pouvoirs mal contrôlés. Elle devait légèrement fumer, car la chouette se démêlant les plumes à quelques fils de là reprit son envol.

Toujours penser aux bénéfices. Une humaine cramée, c’est même plus bon à manger. Et elle était sûre de pouvoir l’utiliser, de gré ou de force, pour servir ses ambitions dévorantes. Alors elle s’apprêta à lui répondre gentiment, voulant commencer par se racler la gorge pour se redonner une contenance, mais ce fut comme craquer une allumette au-dessus d’une fuite de gaz. Sa chair flamboya d’un incendie magnifique, opulent, ou le rouge et le jaune s’emmêlaient d’amour. De passion. De haine… De soulagement. Ah, que ça faisait du bien… Que c’était jubilatoire, de se laisser aller à cette décharge brûlante. En toute sérénité, sa robe voletant joyeusement avec les jupons de flamme. Ses bijoux de poitrine tintinnabulèrent comme un carillon dansant avec le vent. Son enveloppe charnelle la picotait doucement, rougissant de ce plaisir criminel. Des épines de fleurs dévorant son épiderme. La chaleur de l’enfer touchée à nouveau… C’en devenait douloureux. Lassée brusquement de cette sensation, le feu s’éteignit spontanément, comme s’il n’était jamais apparut. Oanig lissa sa robe légère un moment, avant de prendre la parole, comme s’il n’y avait pas eu le moindre intermède :

_Pauvre naïve. Nous sommes le sommet de la chaîne alimentaire du rêve. Les prédatrices des songes. Ici, nous sommes celles qui tissent les ficelles et nous les faisons jouer dans nos doigts. Alors, tu peux te demander plutôt, quelle est ta place à toi ? Qui tu es dans notre domaine…

Elle lui jeta un regard sournois avant de reprendre d’une voix piquante :

_Tu n’es qu’un gibier.

Elle eut un gloussement de satisfaction de sa petite chute. Inutile de regarder la réaction physique de la jeune femme, elle comprenait bien qu’elle était plus amimique qu’un vieux dément tremblant. Cependant, elle ferma les yeux pour savourer les effluves et les sons émanant de son corps si frêle. Une véritable marinade, attendrissant la viande et lui donnant toute sa saveur. Un festin mijote autant qu’il fait mijoter. En cuisinière expérimentée, Oanig savait prendre son temps pour préparer un plat… Surtout que celui-ci méritait qu’on attende. Il ne fallait pas penser à manger maintenant ! Sortant de sa torpeur, la reine rouvrit les yeux et se remit d’un bond souple sur ses pieds.

_Bien, passons à la visite, si tu le veux bien.

Elle eut un nouveau gloussement enfantin, puis apposa sa main délicate contre ses lèvres comme pour s’excuser de l’avoir laissé s’échapper.

_Ce n’est qu’une formule de politesse, bien sûr, n’imagine pas que tu as le choix.

Elle attrapa les pans flottants de sa robe d’une main en commença à marcher sur le fil qui la portait, n'envisageant pas un seul instant de devoir suivre une humaine. Elle n'avait pas besoin d'être devant pour répondre à ses interrogations. Ça ne lui suffirait pas d'être derrière pour réussir à la tuer si l'envie lui prenait. Oanig aurait cependant apprécié de pouvoir la tenir en laisse, et la secouer par le collier quand elle ne voulait pas parler.


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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Mer 10 Nov 2010, 02:22

Avec avoir posé sa question, Raei eut la fugace sensation d'avoir versé un flacon d'absinthe sur un feu de bois. Elle le vit sur l'étirement soudain des traits du visage fin de son interlocutrice. Celle-ci, après un bref silence qui parut un peu lourd, s'éclaircit la gorge, puis explosa. De son corps s'échappèrent des gerbes de flammes d'une chaleur telle que Raei fut contrainte de reculer de quelques pas. Elle fronça légèrement les sourcils, ce qui signifiait beaucoup de choses. Le souffle ardent qui émanait de la Reine des Succubes était assez puissant pour mettre Raei en difficulté, et ce dans un endroit où toutes les règles prennent leur source dans la caboche de la jeune femme. Le bleu du ciel s'assombrit légèrement ; une peur et une colère jumelles étaient sur le point de voir le jour. Lorsque la démoniaque souveraine reprit son apparence normale, elle poursuivit la conversation comme si de rien n'était.

― Pauvre naïve. Nous sommes le sommet de la chaîne alimentaire du rêve. Les prédatrices des songes. Ici, nous sommes celles qui tissent les ficelles et nous les faisons jouer dans nos doigts. Alors, tu peux te demander plutôt, quelle est ta place à toi ? Qui tu es dans notre domaine... Tu n’es qu’un gibier.

C'était donc ça. La jeune Reine d'Envers avait plutôt bien intégré le fait que les gens qui pénétraient dans son rêve ne le faisaient pas par intérêt touristique, mais si le vandalisme onirique était la raison d'être de toute une race de démons, il avait tout de même de quoi s'inquiéter. Raei pensa qu'elle avait été chanceuse de ne pas avoir été la victime de ce genre de monstre plus tôt. C'était peut-être parce qu'elle s'était rarement aventurée aussi loin de Lan Rei. Un ricanement suave la sortit de ses pensées. Oanig Ain'Hoa reprit la parole tandis que le ciel s'assombrissait encore légèrement.

― Bien, passons à la visite, si tu le veux bien... Ce n’est qu’une formule de politesse, bien sûr, n’imagine pas que tu as le choix.

Et sur ces mots condescendants, la Reine des Succubes commença à marcher sur sa corde qui filait tout droit vers l'île volante de Godangah. Ses habitants étaient de braves hommes qui l'auraient probablement accueillie à bras ouverts. Elle n'aurait cependant pas l'occasion de voir leurs sourires débordants de joie. En effet, ses dernières paroles avaient finit par abattre une barrière blindée et le ciel tout entier vira au rouge. La voix de Raei résonna de toute part, comme si Envers lui-même parlait à sa place.

― Oh, eh bien allons-y...

Le monde sembla se remplir des émotions contenues de la jeune femme. Il s'agissait de peur et de colère, d'angoisse et de haine mélangées qui rendaient l'atmosphère douloureusement lourde. Un bruit violent retentit, comme un coup de tonnerre dans une cathédrale, et toutes les cordes se rompirent. Les deux souveraines se retrouvèrent brusquement dans le vide et le monde sembla se resserrer autour d'elles, comme si elles chutaient dans un tube écarlate de plus en plus fin et sombre. Leurs deux corps se rapprochaient également.

― Je me fiche que vous soyez une reine ou une souillon ! Ici, vous n'êtes rien ! Rien ! Le seul danger ici, c'est moi !

Raei fixait Oanig droit dans les yeux. Cela lui brûlait les rétines mais elle n'en avait cure. Elle allait lui montrer les facettes les plus sombres d'Envers. Et la succube finirait par s'enfuir.

En larmes.

[Tain je suis choqué par l'impertinence de mon propre perso...]
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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Sam 26 Fév 2011, 17:46

franchement, ça manque de consistance, mais je voulais pas attendre plus longtemps pour réussir qu'à rajouter deux phrases u.u

― Oh, eh bien allons-y...

La reine s’immobilisa, les pointes de pieds délicatement posées sur un câble tremblant. Si les cordes vocales qui avaient formulé ces mots étaient celles de Raeï, le souffle qui les avait fait retentir appartenait aux poumons du rêve tout entier. Et il semblait tout à coup si puissant, si belliqueux… Ne pouvant résister à la tentation de voir le visage de la petite à cet instant, contempler enfin le soupçon d’une émotion sur sa peau si fine, Oanig effectua un demi-tour de danseuse sur son fil, entraînant dans sa vigueur les tintements de ses bijoux précieux. C’est alors qu’elle ressentit une fissure. Dans le rêve, dans le décor, dans l’esprit de la jeune femme… Sous son poids. Contre ses tympans. Un craquement sonore, funeste. Suivi d’un changement radical d’horizon, une ablation totale d’horizon.

Ses sourcils s’arquèrent sous la surprise qu’elle ne put refoulée. Sa bouche suave se tordit dans un rictus engorgé de stupeur, de ravissement, et d’attente. Etait-elle pleinement masochiste, pour espérer souffrir de la fureur de son hôtesse ? Non… La chétive ne l’inquiétait pas, au contraire. Non, elle s’enivrait de l’idée qu’elle était sur le point de découvrir une force fondamentale, une illumination pouvant servir la cause des succubes et la sienne, avant tout. Et que cette renaissance, car ça serait une renaissance pour elle et ses projets les plus ambitieux, allait lui être révélée ce matin. Piquant ses lèvres de ses canines pointues, une perle de sang pointa de rouge sa bouche et vint se réfugier sur sa langue. Ce goût, en rien comparable à celui des humanoïdes, la sortit de sa torpeur admirative. Elle avait encore du boulot devant elle !

― Je me fiche que vous soyez une reine ou une souillon ! Ici, vous n'êtes rien ! Rien ! Le seul danger ici, c'est moi !

Le tunnel dans lequel elles tombaient se refermait autour d’elles. Leurs enveloppes charnelles se rapprochaient, encore séparées par les vagues de tissus de leurs robes qui chuintaient en se frôlant. Oanig souriait, en soutenant le regard de son adversaire. Il fallait qu’elle gagne du temps pour réfléchir. Il fallait qu’elle la pousse à bout, qu’elle la teste. Et qu’elle fasse une petite visite de ce royaume… Mais elle avait déjà réussie à la mettre en colère, chose qu’elle n’aurait pas imaginée cinq minutes auparavant. A partir de là, ce serait sûrement facile, et divertissant…

Ses pieds vinrent s’aplatir contre la paroi de leur tunnel vertical. C’était froid et brûlant, un peu visqueux. Membraneux, comme les cloisons viscérales qui séparent et maintiennent les organes dans un corps. De son orteil, elle y perfora un accro, qui devint vite un trou. Elle gratta, frotta, racla ce mur comme s’il descendait en même temps qu’elle et qu’elle creusait toujours au même endroit. Tandis que la lumière se faisait plus rare, une lueur baigna doucement leurs chevilles, puis leurs jambes… Un éclat grisonnant dont l’intensité invitait la reine des succubes à se laisser s’y noyer, telle la lampe éclairant le panneau de sortie. Juste avant de s’y engouffrer, Oanig se jeta en avant pour saisir les bras de l’humaine, son souffle empli d’enfer heurtant ses poumons de plein fouet. Elle avait un message à envoyer à ce royaume. Pénétrant de ses éclats dorés les pâles iris de la fille, à quelques millimètres de son visage, elle murmura dans une voix pleine de fougue contenue :

_Montres-moi le danger…

Puis elle se fit happer par le tunnel qu’elle avait creusé, tourbillonna dans un vide humide et gluant, et chuta de plusieurs mètres avant de plonger dans un liquide bouillant. Sa peau s’enflamma par réflexe, mais le décor ne lui appartenant pas, ses vêtements partirent en fumée. Ouvrant les yeux dans un monde opaque, elle soupira, frustrée. Puis elle se rappela qu’elle avait franchi une surface au-dessus de laquelle se trouvait de l’air. Donc qu’elle pouvait remonter. Et elle remonta. Les succubes craignant l’eau, mortellement, elle n’avait jamais appris à nager. Cependant, elle avait vu des gens le faire pour tenter de lui échapper. C’était grotesque, rapide, et imprécis. Il fallait simplement battre des pieds et des mains dans tous les sens, la tête braquée dans la direction qui nous inspire. Non sans blesser son orgueil, elle s’y essaya, imprimant à ses mouvements le plus d’ampleur et de noblesse qu’elle pouvait.

A la surface, c’est une lumière rouge qui l’accueillit. Celle de la lave en fusion dans laquelle elle faisait trempette. Des morceaux de roche carbonique flottaient comme des bouées de sauvetage sur la surface houleuse, dérivant jusqu’à des cascades bouillonnantes où ils se faisaient noyer, broyer ou fondre par les torrents… Des cascades, d’ailleurs, n’était-ce pas étrange ? Oanig les suivit du regard jusqu’à leurs sources, et sourit devant ce détail tordu. Des murs gigantesques l’entouraient, comme les parois intérieures d’un volcan, en haut desquels étaient perchées d’immenses gargouilles ailées. L’une d’elle décolla, vint raser la surface fumante de la lave, scrutant de ses orbites vides les profondeurs rougeoyantes. Elle parut trouver quelque chose d‘intéressant, car elle fit un tour sur elle-même avant de plonger vivement sous la surface, en piqué. Quelques secondes plus tard, elle réapparaissait, un rocher noir coincé entre les deux pans de son bec. La reine la regarda avec surprise se poser sur un ilot et pencher la tête en arrière, s’hydratant généreusement le gosier du liquide qui sua de la pierre. Puis elle le recracha sans plus de cérémonie et reprit son envol, jusqu’au sommet, où elle reprit sa pose de statue effrayante. La succube aurait juré avoir entendu un rot avant de voir une nouvelle cascade de lave jaillir de sa bouche.

Enthousiasmée, Oanig voulut tout de suite essayer. Cracher de la lave, quelle idée fantastique pour la Reine des Succubes !

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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Lun 28 Fév 2011, 13:13

― Montres-moi le danger...

De puissantes radiations semblaient émaner des yeux de Reine des Succubes. C'était comme fixer le soleil. Raei avait l'impression qu'elle allait perdre la vue mais la colère l'aidait à soutenir son regard incendiaire. Lorsque la démone lâcha quelques mots tout près d'elle, le souffle qui s'échappa de ses lèvres la tétanisa. Elle ne put s'empêcher d'abattre ses paupières pour masquer ses prunelles bouillonnantes et l'instant suivant, Oanig avait disparu, laissant derrière elle l'entrée d'un étrange tunnel.
Ce n'était pas sensé se passer comme ça !

Raei s'engouffra dans le trou béant et se sentit aspirée. La seconde suivante, ou la minute peut-être, elle chutait vers une surface lumineuse et chaude. Puis elle y plongeait. Elle s'enfonça un moment dans ce liquide opaque avant de remonter à la surface. Plus par réflexe que par réel besoin, elle reprit sa respiration. Puis elle observa le nouveau décor. Elle se posa alors une question étrange qu'elle n'avait jamais eu à se poser : où était-elle ?

Elle examina le liquide dans lequel elle se trouvait : de la lave en fusion. L'endroit ressemblait à l'intérieur d'un immense puits. En levant la tête, Raei aperçut un florilège de statues crachant des flots de lave qui se déversaient en cascade dans le bassin ardent. Elle lança un coup d'œil circulaire et repéra à travers la fumée la Reine des Succubes qui semblait amusée par la situation.

Cette femme avait creusé un passage, une porte vers un autre monde. Cet endroit, était-ce son œuvre ? Pouvait-elle créer des lieux par la simple force de l'esprit, comme Raei ? En tout cas, cette terre ne faisait pas partie du Royaume d'Envers. Quelque chose pourtant n'allait pas. Si cet endroit était le fruit de l'imagination d'Oanig Ain'Hoa, Raei n'éprouverait pas cette sensation étrange : comme une impression de déjà-vu.
Elle ne conservait aucun souvenir des rêves qu'elle avait faits enfant, avant la construction de son monde.
Se pourrait-il qu'elle soit dans un de ceux-là ? Comment pourrait-elle connaître un lieu qu'elle n'a jamais imaginé ?
Que deviennent les rêves une fois oubliés ?

Raei échappa à ses rêveries intra-oniriques et se ressaisit. Il fallait se sortir de là ; elle pensa d'abord à se faire pousser des ailes mais n'y parvint pas. Comme dans un cauchemar, où tout tend à vous nuire et où rien ne fonctionne comme il faut. En ce point les mauvais rêves présentent des similitudes avec la vie réelle qui semble elle aussi obéir à ces lois fondamentales.
La rêveuse escalada un bloc de pierre noire qui circulait à la surface et s'y tint accroupie. Elle se tourna vers la démone et lui lança une pierre de la taille d'un poing. Elle ne prit pas la peine de regarder si elle avait touché sa cible, mais un petit plouf sonore se chargea de l'en informer.
Comment venir à bout de la Reine des Succubes ? Certainement pas sur ce terrain où Raei avait du mal à utiliser ses pouvoirs et serait probablement désavantagée. Il fallait revenir en Envers. Mais comment ? Par le haut ? Ces gargouilles n'avaient pas l'air très hospitalières.

La jeune femme fit avancer son rocher jusqu'à Oanig et, pour changer, écouta son instinct. Elle plongea en avant, rejoignant la piscine de magma, et tenta d'entraîner la Reine des Succubes dans les profondeurs volcaniques.

Un immense poisson de pierre passa tout près d'elles sans leur accorder le moindre intérêt, suivi de près par une nuée de petites poiscailles pointues.

Pas très long, ça avance pas des masses, mais pas trop le choix sans faire de ton perso un légume x)
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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Jeu 28 Avr 2011, 00:07

Plouf !

La Reine sentit quelques gouttes de lave rebondir sur la carnation de son échine en crépitant. A moins qu’il n’y ait une fonction jacuzzi dans ce bain de basalte, la vilaine petite rêveuse venait d’oser lui lancer un projectile dans le dos ! La traitresse, se hasardait-elle à combattre la fourberie par la fourberie ? Ce ne serait pas elle qui gagnerait à ce jeu là… Oanig s’efforçait d’effectuer un demi-tour esthétique dans la matière en fusion, son irritation contenue par la résistance visqueuse qui s’opposait à chacun de ses gestes. Quel bourbier ! Elle finit par être suffisamment tournée pour apercevoir son hôte ramer avec ses paumes sur un radeau de carbone. L’image, grotesque, la détendit juste assez pour grimacer un rictus à l’idée du lancement des tests concernant sa nouvelle arme de jet. Elle s’était emparée d’un caillou rougeoyant, qu’elle porta à ses lèvres avant d’inhaler toute sa quantité de liquide. Onctueuse, la lave surgit dans sa bouche, caressant sa langue soufrée avec une tendresse familière et se lovant à l’intérieur de ses joues. Le goût autant que la sensation de puissance qui parcouru sa gorge la séduirent immédiatement. Malheureusement, la gerbe en fusion qu’elle cracha ensuite sur sa colocataire n’eut rien de la cascade gargantuesque qu’elle avait espéré ; Mais elle jaillit au moins jusqu’à un pied devant elle en ravissantes petites perles rubicondes, sculptant de dentelle la surface sous laquelle venait de disparaître Envers en un plongeon.

Sous la surface, était-elle alors à présent Endroit ?

Des mains s’ancrèrent aux pieds de la succube. Non pas que cela la surprit, ce fut plutôt les bulles de l’air que la gamine venait de relâcher, chatouillant ses jambes en les escaladant, qui la firent tressaillir. Un sourire narquois enrayant son visage cruel, elle se laissa happer sous la surface une nouvelle fois. Dans la lave, personne ne vous entend crier… Les sens plus brouillés que des œufs au petit déjeuner, elle n’avait que sa peau comme radar pour comprendre ce qu’il se tramait autour d’elle. La gamine s’agrippait hargneusement à elle, malgré le fait qu’elle ne se débattait même pas, et tentait de l’attirer vers le fond. Mais à quoi bon ?! Elle pourrait très bien y crever avec Oanig ! Faisant soigneusement tourner ses bras autour d’elle, la succube réussit à se fournir d’une mèche de cheveux soyeux. Elle tira un coup sec dessus, pour s’échauffer. Puis tenta d’envoyer son pied dans la direction où elle estimait trouver son menton. En qualité de Dealeuse de Charme, elle ne voulait pas abimer son joli museau, et donc ne visait pas le nez. Cependant elle ne fit que s’emmêler dans encore plus de cheveux. Etait-ce des algues, finalement ? Un ingénieux tour de passe-passe ? Piquée au vif, mais toujours très maladroite dans le liquide, elle se plia en deux les doigts ouverts aux moindres détails, tels deux sonars. Et ils rencontrèrent la surface lisse de la peau de l’autre. A tâtons, profitant que ses mains à elle étaient occupées, elle chercha des orifices à cette étendue blanche pour y planter ses ongles dérangeants. D’ailleurs lorsqu’elle en détecta un satisfaisant, l’effet de la cause se manifesta vivement, et la prise se relâcha juste assez pour lui permettre d’aller reprendre de l’air, avec sa danse lavomatique extravagante.

Et plus elle essayait d’être harmonieuse, plus la nage était risible.
Ses premières phalanges trouvèrent l’air, les doigts aussi écartés que s’il s’agissait de ses côtes. Mais le souffle qui se faufila dans leurs interstices ne fut saisi par aucune membrane, et aucune molécule d’oxygène ne vint remplir ses cellules. Tandis que le sommet de sa chevelure perçait à la surface, un bec de poisson graniteux intercepta sa cheville et la tira une nouvelle fois vers le fond.

_Bllee belleeuh BLEUUEH !!

Cette fois, elle paniqua. Et s’irrita. Et se débattit, fortement, les quatre membres s’agitant frénétiquement. C’était déjà dingue d’être une des quatre Démons les plus puissants, et d’avoir besoin d’oxygène pour vivre. D’autant plus aberrant qu’en enfer il n’en circulait que très peu, et que ces créatures le respiraient à peine. Et en plus, elle étouffait parce qu’elle sombrait dans l’abîme fluidifiée en personne ! DANS UN RÊVE ! Alors elle comprit qu’elle allait mourir comme n’importe laquelle de ses proies : sans gloire, de façon stupide. Ce n’était pourtant pas de l’eau. C’était son élément à elle. Le feu. La lave, la chaleur, le rouge, la passion… C’était Elle. Elle s’était conduite seule à la perdition. Sa propre substance l’asphyxiait. Bon sang, mais quelle apothéose ! Ça voulait dire que personne ne pouvait en venir à bout, elle seule pouvait se donner la mort ! Toute cette puissance… Quel gâchis !

CHBAM !

Sa course vers les tréfonds s’arrêta dans une paroi vitrée. Le nez collé contre cette surface, elle sentit la prise rocailleuse s’estomper à sa cheville alors que le poisson sombrait dans l’inconscience. Cerveau en gravier ! Mais elle n’avait pas le temps de contempler la vue derrière cette barrière, car son répit n’allait pas durer. Elle n’aurait jamais le temps de remonter avant de flancher à son tour, elle avait déjà bu la tasse en tentant de reprendre son souffle.

Un frôlement.

Elle serra faiblement les poings. Si c’était encore une bestiole, franchement, il partirait vite voir ailleurs si elle y était !

Une nouvelle caresse, râpeuse.

Ça paraissait inerte. Un signe ? N’étant plus en état de réfléchir, la reine tenta un plongeon et se saisit à pleines mains d’une chaîne. Une immense chaîne, qu’elle peinait à serrer. Dans un spasme d’agonie, elle tira dessus et se sentit immédiatement aspirée. Un tourbillon l’emporta mais elle ne le perçut que vaguement. Elle s’écoulait, s’écoulait…

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*Humain*

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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Dim 10 Juil 2011, 00:09

Les deux Reines luttèrent un moment dans la lave en fusion et Raei finit par sentir la succube lui échapper. Elle était déjà arrivée bien profond dans le bassin et décida de déployer ses efforts pour en atteindre le fond. Elle ne savait pas où se trouvait Oanig ni ce que celle-ci prévoyait de faire et cela la rendait nerveuse. Alors que la pression la poussait vers le haut, elle s'échinait à maintenir sa position. Soudain, il y eut un bruit sourd et le mouvement du magma changea. Le bassin tout entier s'était mis à tourbillonner et à se vider par la trappe vitreuse qui se trouvait en bas. Raei aperçut son adversaire emportée avec elle par le courant. Les deux reines se retrouvèrent à nouveau en chute libre dans un long tunnel qui s’éclaircissait à mesure qu'elle tombaient. Puis elles débouchèrent d'une sorte de trou formé dans un ciel gris.

Une pluie tombait dru. La lave en fusion qui tombait en cascade avec les deux rivales refroidit rapidement pour former de grandes caillasses noires. Raei termina sa chute dans un grand plouf sonore. Elle venait de traverser la surface glacée d'un océan diluvien. Le choc lui coupa la respiration ; elle but une tasse salée et sentit l'eau lui rentrer dans le nez avant de remonter à la surface. En reprenant son souffle, elle eut un imperceptible sourire de satisfaction.

Elle connaissait cet endroit.

L'Océan des peines cachées ; le déluge des larmes intérieures. Elle était de retour dans son royaume. Reprenant de la contenance, elle exerça une poussée avec ses jambes et se projeta en l'air. Elle retomba debout, marcha sur l'eau un moment avant de scruter l'horizon. Elle s'était complètement désintéressée de son adversaire.

L'Arche. Où est l'Arche ?

La mer s'étendait à perte de vue. La pluie tombait abondamment mais l'océan était plutôt calme. De nombreux objets flottaient à la surface : des jouets cassés, des fleurs fanées, des photos déchirée et des dessins ratés. Raei attrapa une poupée de chiffon sans yeux qui portait la même robe qu'elle et la regarda un moment. Cela faisait longtemps que la jeune femme était venue ici ; cet endroit était rempli de nostalgie et de déception et elle n'aimait pas ressasser.

― Majesté ! Ouhouuuh !

Raei sursauta et leva les yeux. Un grand bateau de bois naviguait dans sa direction. De chaque côté, de grands filets étaient étendus et pêchaient les objets à leur portée. Sur le pont, un vieil homme barbu, une pipe à la bouche, lui faisait de grands signes de la main.

L'Arche !

Raei se mit à courir sur l'eau, déclenchant de grandes ondes à chaque pas. Le marin semblait encore plus ravi que sa souveraine, ce qui était normal : on voyait rarement la Reine d'Envers en ces lieux et sa compagnie lui manquait.

― Oldun ! cria Raei.

Elle se réjouissait de la venue de l'Arche. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas fouiné dans les merveilles que pêchait son vieil ami. Elle pensait déjà à la longue expédition qu'elle allait mener dans tout son bric-à-brac quand une pensée lui revint de plein fouet au vis age.

Oanig ! Elle avait complètement oublié de s'occuper de la Reine des Succubes ! Prise d'une soudaine panique, elle s'arrêta et fit de grands gestes au vieux marin.

― Oldun ! Arrête-toi ! Fais demi-tour !

Pardon pour cet affreux retard u_u Pour la peine t'as le droit de tuer mon pnj
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MessageSujet: Re: Entre Reines... (Oanig)   Jeu 11 Aoû 2011, 23:39

Une goutte de lave, plus volumineuse que les autres, traversa le ciel pluvieux dans un sifflement et disparut sous la surface aqueuse dans une luminescente gerbe d’eau et de graviers de basalte.
Le choc thermique que ressentit alors le corps brûlant de la succube l’assomma. Il fit aussi jaillir un geyser bouillonnant de la paisible étendue grise, duquel elle fut postillonnée pour rebondir en un triplé de ricochet et s’évanouir à nouveau dans les profondeurs de ce rêve.

Cette fois, la claque glacée la réveilla. Dans la panique, le chaos, l’incompréhension, ses poumons se convulsèrent à la recherche d’une bouchée d’oxygène. Quelle ne fut pas leur douleur de respirer de l’eau ! Froide. Salée. De l’eau, mais… ! Ca pique !! Elle se débattit, tentant d’échapper à la noyade. Et plus elle luttait contre le liquide, plus il l’assaillait violemment. Plus elle cherchait de l’air, plus elle se rapprochait de l’inondation. Cette sensation effroyable d’étouffer, la certitude en son esprit, de plus en plus claire, qu’elle allait succomber. L’instant d’avant, elle était menacée du même sort, mais elle le prenait relativement bien, du fait de son origine infernale. Être la cause de sa mort, un comble satisfaisant pour un égo si grand ! En revanche, à présent que l’océan s’apprêtait à lui donner le coup de grâce, elle ne se sentait plus du tout prête à en finir. Tout d’abord, elle détestait ça. L’eau, mouillée, gelée, qui pénétrait ses pores, envahissait ses organes, submergeait son âme comme un mollard craché sur la mèche d’une bougie allumée. Sa peau, flétrissant, reprenant les motifs des vagues comme un tatouage sculpté sous sa surface. La fatigue à se débattre contre des chaînes de plus en plus courtes, de plus en plus lourdes. Le désespoir, dans ce gris et ce noir, happant la lumière et la faisant prisonnière dans les replis de sa nappe gluante. Et ce manque d’air, son oxygène si précieux, qui enflammerait l’atmosphère.

Et puis ensuite :


_BLEEUH BEEL BAAA BUUUULLLIII !*

Et alors qu’elle réalisait qu’elle allait réellement partir en déconfiture de pruneau, un sursaut frénétique de vie la transcenda. Dans sa rage, elle s’enflamma comme elle n’avait jamais réussi à le faire. La violence de son incendie assécha le tunnel d’eau qui l’entourait jusqu’à la surface, carbonisant en une paroi stratifiée dure le bord du gouffre qu’elle venait de creuser à même cet océan. Même la pluie dégoulinant au-dessus de la crevasse s’était effilée… Sur les fesses, Oanig contemplait son œuvre, reprenant son souffle et savourant chaque respiration. Elle était épuisée, tremblotant par spasme, mais elle était heureuse. Et elle avait faim, aussi, du coup.

_Voyons voir ce qu’il y a à se mettre sous la dent, par ici…

La moitié du travail était fait, néanmoins pour mettre sa peau en sécurité, il fallait remonter et manger. Heureusement, les stries creusées dans l’eau lui facilitèrent l’escalade. Une fois arrivée au niveau zéro, elle se hissa sur un rocher de lave refroidie, et prit le temps de contempler à genoux le nouveau rêve d’Envers. Autour d’elle, autour du creux, les vagues ondées berçaient des… trucs. Etrange, tout ne semblait pas appartenir au songe précédent. Ce devait être des fragments demeurant ici auparavant. Elle se mit péniblement sur ses deux jambes, et entreprit d’avancer de roche en roche à la manière d’une funambule.

Un éclat attira son attention tout près d’elle. Sautant une, deux fois, elle se pencha au-dessus d’un petit flacon en verre, qu’elle ramassa prudemment. C’était une petite bouteille étanchéifiée par un bouchon de liège, sans étiquette. Le tenant entre deux doigts, elle l’agita d’une brisure du poignet, et sous son œil expert elle reconnu le sable brillant qui voleta à l’intérieur. Ca ressemblait à une « boule à neige », façon Ghurol. Effectivement, puisque c’était des grains de son royaume : des Confettis de Sommeil. Les succubes le fabriquaient et le revendaient à quelques dealers de l’archipel, en échange de mets appréciés. Cette substance alourdissait toutes les paupières. Un demi-flacon comme celui-là pouvait endormir un troll ! Alors, Envers était une junkie du dodo ?
Oanig se redressa, détaillant l’horizon humide et morne. C’était à pleurer. Comment pouvait-on avoir envie de se retrouver là ? Elle reprit sa déambulation hasardeuse, et croisa d’autres objets. Elle ne comprenait pas le lien qu’ils avaient pour l’humaine, elle concevait seulement des hypothèses vis-à-vis de chaque, et du tout. Cet univers, elle ne l’avait jamais exploré. Une poupée à l’effigie de la petite fila entre deux cailloux noirs. Il lui appartenait, elle s’était approprié une parcelle de terrain dans le monde des Songes. Elle se remémora soudain la vitre contre laquelle elle s’était cognée, avant de tomber là-dedans. Derrière… Elle avait aperçu un paysage plus familier. Plus impersonnel.

_Par Enfer !!

[i]Elle entendit des cris lointains et se retourna. Une énorme silhouette de navire se détachait dans la brume chagrine du décor. Il fallait qu’elle en ait le cœur net ! Attrapant sa robe à deux mains, elle se mit à courir de roche en roche, faisant des bonds de zovïaar lorsqu’ils étaient trop éloignés, portée par son imagination. Le contour du bâtiment se profilait, de plus en plus précis, de plus en plus impressionnant. Mais rien ne pouvait plus effrayer la Reine des Succubes en cet instant. Une idée avait non pas germée, ni fleurie ou éclose dans sa tête ; elle avait détonée, dans une explosion sacrément bruyante.

Un matelot tout ce qu’il y a de plus classique : barbu avec une pipe, faisait des signes depuis le pont. Il agitait ses mains pour la demoiselle, debout sur l’eau, aux … pieds ? du bateau, qui répondait à ses signes.


_ENVERS !

Elle prit son appel, et dans un ralenti spectaculaire et minutieusement maîtrisé, elle s’envola. Les bras ouverts en croix, les jambes repliées sous elle, dans l’étendard bleu de sa toge, elle planait jusqu’à la proue du navire. L’odeur de la création de capitaine lui assaillit les narines. Elle n’avait rien d’aphrodisiaque, mais nom d’un cauchemar, elle avait si faim ! Quand ses orteils touchèrent le plancher du pont, elle se précipita sur lui. Se faufilant dans son dos, elle figea sa tête d’une main sur sa tempe, et l’autre contre son cœur, mettant à nue le peu de peau recouvrant sa carotide. Elle découvrait déjà ses dents, prête à mordre, mais il fallait résister… Encore un peu…

_J’ai des questions.

Sa voix n’appartenait pas à la bête affamée qui luttait contre elle-même en cet instant pour ne pas arracher la tête du vieillard. Elle était claire, posée. Impérieuse.

_Si tu tiens à cet assemblage de rêve et de chair, réponds-moi.

Elle marqua une pause, jaugeant la gamine aux bas du bâtiment, debout sur l’eau. Elle voulait être sûre qu’elle comprenne bien qu’il ne s’agissait pas que du barbu.

[color=white]_[b]As-tu déjà fait le Rêve ? Qui d’autre connait ton secret ? Comment… As-tu procédé, pour créer tout ça ?



*Je veux pas mourir !

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